ALERTE – Maurice Kamto dit NON à la révision constitutionnelle

Kamto Analyse Image illustrative

Sat, 4 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

Le président national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), le professeur Maurice Kamto, a pris la parole ce 3 avril 2026 pour dénoncer ce qu'il qualifie de « coup d'État constitutionnel et institutionnel » orchestré par le régime RDPC. Dans une déclaration vidéo, l'opposant camerounais s'oppose fermement au projet de loi instaurant un poste de Vice-Président, qu'il juge être une manœuvre pour confisquer le pouvoir et perpétuer le système Biya. À quelques heures du Congrès parlementaire, Maurice Kamto appelle le peuple camerounais à la vigilance et à la mobilisation contre cette « réforme autoritaire ».



<
AU SUJET DU COUP D’ETAT CONSTITUTIONNEL ET INSTITUTIONNEL EN COURS DU REGIME RDPC.

Yaoundé, le 03 avril 2026

Mes chers compatriotes,

Depuis près d’un an le champ politique était tout entier livré à ceux qui ont fait croire pendant des années que j’étais l’obstacle à la formation d’une coalition des partis politiques et candidats de l’opposition, seule capable de remporter une victoire électorale sur le régime dictatorial en place. Par une décision sauvage et sans précédent de ce régime je n’ai pas été candidat à l’élection présidentielle de 2025. Mais les Camerounais n’ont vu aucune coalition : ni celle des partis politiques et des candidats de l’opposition, ni même parmi ces derniers ceux qui avaient passé le temps à vendre leur jeunesse aux Camerounais. D’autres acteurs politiques nationaux prétendaient avoir une autre voie que les élections pour venir à bout du régime et apporter aux Camerounais le changement radical auquel ils aspirent depuis si longtemps. Les Camerounais ont attendu et n’ont pas vu cette voie. L’élection présidentielle du 12 octobre 2025 a le mérite d’avoir créé un électrochoc sur la scène politique nationale. En tant que dirigeant d’un parti politique et non pas d’une milice quelconque, je crois que la voie électorale permet de créer les conditions d’un changement alternatif dans une société politique qui se pique de faire le jeu des élections, quand bien même ses dirigeants n’y croient pas.

Je m’adresse à vous aujourd’hui parce que notre pays est entré dans une nouvelle phase politique critique et plus dangereuse que jamais, dans le prolongement de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Je le fais au nom du triple devoir de vigilance, de vérité et de responsabilité.

Le devoir de vigilance et d’alerte, qui en est le corolaire, m’impose d’attirer l’attention des Camerounais sur les manipulations périlleuses du calendrier électoral par le régime-RDPC qui a commencé, du moins au cours de la période récente, par la prorogation des mandats des députés et des conseillers municipaux et en conséquence le report des élections législatives et municipales de 2025 à 2026, pour des motifs fallacieux. Au départ, le report desdites élections était dans le seul but de punir le MRC de n’être pas tombé dans le piège des élections couplées, législatives et municipales, de 2020. J’ai attiré l’attention de nos compatriotes à ce sujet et mis en garde le Gouvernement contre cette violation de la Constitution, Loi fondamentale du pays, en son article 15 alinéa 4. Nos contempteurs ont répondu que nous n’avions qu’à ne pas boycotter les élections de 2020, et que nous ne pouvions nous prévaloir de nos propres turpitudes, comme si le boycott des élections par un parti politique pouvait justifier une violation de la Constitution par le Gouvernement. Le seul but poursuivi par le régime-RDPC demeure la conservation du pouvoir à vie et à tous les prix.

A preuve, aujourd’hui en 2026, ce régime récidive et piétine à nouveau la Constitution en prorogeant une fois de plus le mandat des députés et en manipulant la loi électorale pour faire sauter le verrou de la limitation de la prorogation du mandat des conseillers municipaux.

On se retrouve ainsi dans une situation où le pouvoir actuel est dépourvu de toute légitimité et, normalement ne peut plus gouverner le pays. En effet, l’ensemble des institutions nationales et locales désignées par voie d’élections sont illégitimes. Plus aucune d’entre elle ne peut revendiquer une assise populaire parmi la majorité des électeurs camerounais : l’élection du Président de la République est gravement contestée ; les députés à l’Assemblée nationale ne sont plus issus du suffrage populaire ; les conseillers municipaux non plus, et ils ont transmis leur illégitimité aux conseillers régionaux prétendument « élus » par eux en fin 2025.

En somme, aujourd’hui dans notre pays, ni le Président de la République, ni les députés, ni les conseillers municipaux, ni les conseillers régionaux ne sont légitimes. Sous des dehors de tranquillité et de stabilité, et malgré le triomphalisme habituel de ceux qui foulent aux pieds l’Etat de droit au Cameroun, notre pays connaît une crise politique et institutionnelle sans précédent. Dans le passé, on veillait à sauver les apparences. Aujourd’hui le roi est nu.

Comme si ce n’était pas assez, interrompant précipitamment le cours des travaux parlementaires, le Président de la République en fonction introduit un projet de loi portant révision de la Constitution, qui prévoit la création d’un poste de Vice-Président de la République. Celui-ci ne sera pas élu, mais nommé par lui, quand il le voudra bien. Il pourra le remplacer quand cela lui plaira.

Lors de la prestation de son serment d’investiture, le 6 novembre 2025, le Président de la République reconduit, grâce au Conseil constitutionnel et aux forces de défense et de sécurité comme en 2018, a juré de protéger la Constitution. Moins de six mois après, il piétine cette même Constitution de façon brutale, manifestant ainsi une fois de plus son mépris pour le peuple camerounais qu’il n’a jamais regardé que comme un ensemble de sujets soumis au monarque qu’il est. Aucun débat n’a été organisé par le Gouvernement pour éclairer l’opinion sur les bouleversements en cours. Il n’y a eu aucune explication, ni la moindre concertation ou implication des forces politiques du pays, même pas celles représentées au Parlement. Il aurait pu indiquer ses intentions lors de la campagne pour l’élection présidentielle d’octobre 2025. Il n’en a rien été.

Deux vérités profondes se cachent derrière les manœuvres en cours auxquelles on tente de donner un habillage juridique.

La première est que le RDPC a toujours eu une peur viscérale des élections parce qu’il a dans ses gênes, de par son héritage politique et le contexte de son avènement l’ADN du parti unique dont il est l’héritier. Il a fanfaronné pendant des décennies en s’autoproclamant « rouleau compresseur ». Le travail politique acharné de l’opposition, en particulier depuis une décennie, a montré qu’il ne tenait que grâce à une ingénierie de la fraude électorale affinée au cours des ans, et la complicité des autorités administratives et des forces de sécurité, à tous les niveaux. S’y ajoutent désormais la destruction des lois de la République ainsi qu’une brutalité politique et judiciaire digne des régimes fascistes. C’est cette peur panique des élections qui fait naître l’idée de transmission du pouvoir de gré à gré.

Lorsque nous avons dénoncé cette tentation qui a commencé à se manifester après l’élection présidentielle de 2018, on nous a traité de tout et jeté en prison. Mais l’idée a commencé à se concrétiser sur le plan administratif par le décret du 5 février 2019 portant délégation permanente de signature du Président de la République prétendument « élu » seulement deux mois plus tôt, au Secrétaire général de la Présidence de la République (SGPR) nommément désigné. Cette transmission du pouvoir à bas bruit est contenue dans l’article 2 dudit décret qui dispose que le SGPR « discriminera lui-même les affaires qu’il estime opportun de réserver à la signature du Président de la République. »

Donc, dès 2018, le Président de la République en fonction savait qu’il n’était plus apte à diriger le pays. Pourtant il a volé la victoire à l’élection présidentielle de cette année-là. D’aucuns l’ont toléré, sans doute pour des raisons diverses, parmi lesquelles l’espoir naïf qu’il serait raisonnable et qu’il ne se présenterait pas à l’élection présidentielle de 2025. En attendant, les Camerounais ont eu droit à un septennat 2018-2025 presque blanc, ou, pire, au cours duquel la situation économique, politique et sociale générale du pays s’est gravement détériorée. Non seulement il s’est présenté à nouveau comme candidat à l’élection présidentielle de 2025, mais il s’est octroyé à nouveau la victoire au moyen d’institutions qu’il a mises en place pour servir son dessein de s’éterniser au pouvoir.

Et voici qu’avec la complicité de ces divers soutiens, il fait passer la transmission du pouvoir de gré à gré du plan administratif au plan politique et institutionnel. D’aucuns parlent de coup d’Etat constitutionnel et ils n’ont pas tort. Car ce qui est en cours est bien une prise de pouvoir anticonstitutionnelle, condamnée par les instruments juridiques de l’Union africaine, dont on a hâte d’entendre la réaction. Ce d’autant plus que l’article 64 de la Constitution en vigueur dispose qu’« [a]ucune révision constitutionnelle ne peut être retenue si elle porte atteinte [entre autres] aux principes démocratiques.»

Le Président de la République en fonction n’a pas cherché loin. Il a remis en place le même mécanisme constitutionnel que celui par lequel la révision constitutionnelle faite en 1979 par le Président Ahmadou Ahidjo lui avait permis, en tant que Premier Ministre à l’époque, de devenir Président de la République. Cette fois-ci il s’agira d’un Vice-Président nommé et non pas d’un Premier Ministre. Mais la logique et les résultats sont les mêmes. Il s’agit d’une passerelle constitutionnelle qui permettra, même à un individu n’ayant jamais exercé une fonction dans l’administration ou n’ayant jamais exercé un mandat électif, de devenir Président de la République, Chef de l’Etat et chef des Armées sans être passé par une élection. On aurait pu dire que l’histoire se répète. Mais c’est donc en pire, car le Vice-Président devenu Président non élu pourra lui-même nommé un Vice-Président (non élu) ! C’est le sens du projet de révision constitutionnelle du 02 avril 2026. Ce n’est pas une régression, c’est un naufrage constitutionnel et politique.

En effet, cette pseudo-révision constitutionnelle qui ne porte à première vue que sur quelques dispositions de la Constitution concernant la fonction de Président de la République entraîne un bouleversement majeur des institutions de la République. A travers la transmission du pouvoir de gré à gré, le Président en fonction installe une monarchie républicaine d’assise constitutionnelle, à la dynastie héréditaire ou népotiste.

Chers compatriotes,

En toute responsabilité, nous dénonçons avec la dernière énergie cette capture institutionnelle du pouvoir qui veut s’habiller d’une apparence de légalité. Mesdames et messieurs les Membres du Parlement, vous ne pouvez pas voter une loi qui détruit les fondements constitutionnels de notre République. Les conséquences de cette révision constitutionnelle d’apparence légère sont telles qu’on aurait dû consulter le peuple camerounais par voie de référendum. Le régime RDPC croit s’être enraciné pour toujours, mais il se trompe. Il comprendra que dans une république le pouvoir vient du peuple. Et les Camerounais le savent désormais. Chers citoyens de mon pays, notez dans un coin de votre mémoire et de vos cœurs le mépris permanent dont vous êtes l’objet, et mettez un terme au coup d’Etat constitutionnel permanent à l’occasion de toute élection à venir. Car le travail que nous avons abattu ensemble depuis une quinzaine d’années porte ses fruits. Nous avons défait électoralement le RDPC. C’est historique.

Généralement, un pouvoir qui vient de gagner une élection présidentielle profite de la dynamique de sa victoire pour organiser dans la foulée les élections législatives et même locales. C’est ce qu’on observe partout dans le monde. C’est parce que le RDPC est sûr de sa défaite qu’il évite à tout prix les élections, alors qu’il prétend avoir gagné l’élection présidentielle cinq mois plus tôt.

Nous devons empêcher le malheur politique qui frappe notre pays de prospérer. Nous devons tous ensemble, exprimer clairement, haut et fort, notre rejet du coup d’Etat constitutionnel et institutionnel en cours. A ce sujet, nous allons lancer une campagne de pétition en ligne afin que les Camerounais, sans considération de bord politique, puissent s’exprimer.

Le Peuple souverain doit rester confiant et fort, et décider en définitive qui est le vrai Président de la République du Cameroun, qui sont les vrais députés de la nation, les vrais conseillers municipaux et maires de nos villes, les vrais conseillers régionaux, investis de sa confiance et donc de sa légitimité.

Le jour se lèvera sur notre pays.

Vive le Cameroun !>>



Source: www.camerounweb.com