REVELATIONS: Le procès et l’exécution des putschistes du 6 avril 1984

Biya 1984 6Image illustrative

Mon, 6 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

Le 6 avril 1984, le Cameroun tremblait. Un putsch manqué contre le jeune président Paul Biya, arrivé au pouvoir deux ans plus tôt, allait plonger le pays dans une répression sans précédent. Dans son ouvrage « Les années Biya », l'écrivain Haman Mana lève le voile sur les coulisses de ce procès expéditif : plus de 200 prévenus, des audiences sans public, une quarantaine de condamnations à mort et des exécutions à l'aube du 1er mai. Le capitaine Abalélé Abaya, leader putschiste présumé, y affirmait vouloir « débarrasser le Cameroun du tribalisme que Paul Biya avait installé ».



Le procès et l’exécution des putschistes du 6 avril 1984

« L’audience inaugurale des procès du putsch, du 27 au 30 avril 1984, s’est déroulée dans des conditions rocambolesques.

Le vendredi 27 avril, cinq bus de la Société des transports urbains du Cameroun (Sotuc) ont embarqué plus de 200 détenus. Tous avaient les poignets menottés, à l’exception du magistrat Abdoulaye Mazou, qui, à l’époque des événements, était le secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale et pour qui les militaires ont eu certains égards lors de ce procès.

Avant le convoi chargé de prisonniers, une forte escorte militaire s’est dirigée vers l’entrée sud de Yaoundé.

Au moment où ils traversaient la périphérie de la ville, on raconte que les prisonniers pensaient qu’ils seraient exécutés. Leurs geôliers, murés dans un silence menaçant, ne leur avaient pas dit où ils les emmenaient.

Le convoi, après un long moment, est entré dans la ville de Mbalmayo. Il était près de 7 h.

Les bus se sont arrêtés devant la prison, au grand soulagement des détenus.

La panique les a toutefois repris de plus belle lorsqu’ils ont découvert que le pénitencier avait été vidé de ses pensionnaires.

On les a fait descendre des bus, puis répartis dans des cellules avant de les ré-embarquer pour le centre-ville.

Vers 8 h, nouvel arrêt au Palais de justice.

Le bâtiment réquisitionné par l’armée avait été vidé de son personnel.

Le Tribunal militaire avait investi les lieux.

Il était présidé par le colonel Émile Manga, assisté de deux autres colonels dont le colonel Mboussi Onana.

Le commandant Roger Valdez était le commissaire du gouvernement.

Quatre avocats avaient été mis à la disposition des détenus : Maîtres Foulletier, Icare, Bell et Onana.

Inutile de dire que cette audience se déroulait sans public.

Seuls les militaires étaient admis dans la salle.

Le général Pierre Semengué, leur principal chef, et le colonel René Claude Meka, ancien directeur de la Sécurité présidentielle (limogé le lendemain du putsch), occupaient les premières places.

Le premier accusé appelé à comparaître devant le tribunal fut le capitaine Abalélé Abaya.

Il a été interrogé sur les motivations des insurgés.

Le capitaine a répondu que, au mois d’août 1983, le malaise profond qui régnait dans le pays après l’avènement de Paul Biya avait affecté l’armée.

La situation s’y est dégradée, après les arrestations de son camarade de promotion à l’EMIAC, le capitaine Salatou Adamou, et du commandant Ibrahim Oumarou, au début août 1983, accusés de vouloir faire un coup d’État.

Abalélé a révélé que, au lendemain de ces arrestations, le capitaine Bouba Oumarou avait constitué un commando pour aller les libérer.

Ils se sont ouverts de leur projet au ministre d’État, ministre des Forces armées, Abdoulaye Maikano, qui leur a demandé de rester tranquilles, affirmant que le président Biya était au courant :

« Nous sommes en train de faire en sorte qu’on libère ces deux-là. Le président m’a dit que tout ce qui se passe ce sont les intrigues du général Semengué, qu’il est au courant de ces manigances et qu’il va y remédier. »

Mais pendant qu’ils attendaient les libérations promises, le président Biya a fait "sa déclaration honteuse" du 22 août 1983, confirmant le coup que le général Semengué aurait monté.

Il a ensuite limogé le Premier ministre Bello Bouba Maigari et le ministre Maikano.

C’est depuis ce jour, a dit Abalélé, qu’ils se sont sentis trahis et qu’ils ont compris que :

« Le président Paul Biya est un faible. »

Abalélé a aussi été interrogé sur la responsabilité :

de l’ancien chef de l’État Ahmadou Ahidjo,

et de Issa Adoum, ex-directeur général du Fonader.

Une opinion présentait Issa Adoum comme le vrai chef de l’insurrection, parce que les réunions du groupe « JOSE » se tenaient chez lui, et qu’il critiquait publiquement la gouvernance de Paul Biya.

Abalélé a affirmé sans détour que c’était lui et lui seul le leader du comité :

« Je voulais débarrasser le Cameroun du tribalisme que Paul Biya avait installé. »

Il a déclaré :

« Depuis la condamnation à mort d’Ahidjo, nos femmes se font conspuer quand elles vont au marché. On leur dit : “Nordistes assassins, rentrez chez vous.” Le chez nous, c’est où ? »

Selon un témoin :

« JOSE » n’avait pas préparé de gouvernement. Il a dit que pour le poste de président de la République, il pourrait reconduire Paul Biya — quand nous l’aurions débarrassé de son entourage — ou alors Ahmadou Ahidjo, qui avait déjà fait ses preuves à cette fonction.

Les juges ont alors prononcé des peines, dont une quarantaine de condamnations à mort avec exécution sur la place publique, qui vont faire débat.

Les exécutions ont eu lieu le lendemain matin, 1er mai, à l’aube.

Le peloton d’exécution était commandé par le colonel René Claude Meka, reconnaissable à sa chevelure blanche. [….] »

La suite en lisant Les années Biya », Haman Mana dresse une liste inédite des codamnés à morts et prisonniers du putsh d’avril 1984.

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