C'est fait, officiellement et définitivement. Ce mardi 14 avril 2026, le Président de la République Paul Biya a apposé sa signature sur la Loi N° 2026/002, promulguant ainsi la révision constitutionnelle adoptée par le Congrès du Parlement le 4 avril. Le Cameroun dispose désormais, dans sa loi fondamentale, d'un poste de Vice-Président de la République — quarante-deux ans après sa suppression en 1984. Un acte solennel, certifié conforme par le Service du Fichier Législatif et Réglementaire de la Présidence de la République, qui referme définitivement le débat sur la légalité de la réforme et ouvre celui, désormais brûlant, de la nomination.
Ce que dit exactement la loi sur la Vice-Présidence
Le texte promulgué est précis, et ses dispositions méritent d'être lues attentivement tant elles redessinent l'architecture du pouvoir exécutif camerounais. Le nouvel Article 5, alinéa 3 est lapidaire dans sa formulation : «Il peut être assisté d'un Vice-Président.» Un «peut» qui dit tout — Paul Biya n'est pas obligé de nommer immédiatement, ni jamais. Mais la suite du texte organise avec soin les modalités de cette fonction.
L'Article 6, alinéa 4 fixe la durée des fonctions : elle «ne peut excéder celle du mandat du Président». L'Article 6, alinéa 5 consacre le mécanisme de succession le plus attendu : «En cas de vacance de la Présidence de la République pour cause de décès ou de démission, ou en cas d'empêchement définitif dûment constaté par le Conseil Constitutionnel, le Vice-Président achève le mandat du Président de la République.»
L'Article 10 précise quant à lui les modalités de nomination : «Le Président de la République nomme le Vice-Président» — sans condition de profil, de région, d'expérience ni d'approbation parlementaire. Et il peut «déléguer certains de ses pouvoirs au Vice-Président», tout en conservant la faculté de «mettre fin à ses fonctions» à tout moment.
Le filet de sécurité : l'élection reste possible
La loi a toutefois prévu un garde-fou important. L'Article 6, alinéa 6 dispose que si le Vice-Président est lui-même empêché ou si le poste n'est pas pourvu, un scrutin électoral est organisé pour élire un nouveau Président de la République dans un délai de 20 à 120 jours après l'ouverture de la vacance. Dans ce cas d'urgence, c'est le Président du Sénat — actuellement Aboubakary Abdoulaye — qui assure l'intérim.
L'Article 6, alinéa 8 encadre strictement les pouvoirs du président par intérim : il ne peut ni modifier la Constitution, ni changer la composition du gouvernement, ni recourir au référendum, ni se porter candidat à la présidentielle organisée pour sa propre succession. Des limitations qui visent à prévenir tout détournement de l'intérim à des fins de conservation du pouvoir.
35 ans minimum pour être candidat : la porte entrouverte pour Franck Biya
Un détail de l'Article 6, alinéa 9 a retenu l'attention des observateurs : les candidats à la présidence doivent être «des citoyens camerounais d'origine, jouir de leurs droits civiques et politiques et avoir trente-cinq (35) ans révolus à la date de l'élection». Une disposition qui, combinée à la création du poste de Vice-Président nommé — sans condition d'âge minimale explicite —, laisse théoriquement la voie ouverte à des profils plus jeunes dans l'exécutif. Dont, selon les spéculations qui ont envahi la presse camerounaise ces derniers jours, Franck Emmanuel Biya lui-même.
La loi sera publiée en urgence au Journal Officiel
L'Article 2 de la loi précise qu'elle «sera enregistrée, publiée suivant la procédure d'urgence, puis insérée au Journal Officiel en français et en anglais». Un signe supplémentaire de la volonté de Paul Biya d'accélérer la mise en œuvre de cette réforme — dont la nomination du Vice-Président pourrait intervenir dans les prochains jours.