Dans son discours de bienvenue, le président a loué la tolérance religieuse camerounaise et le rôle de l'Église catholique dans la santé et l'éducation. Une reconnaissance officielle qui scelle le partenariat historique entre l'État et le Vatican.
Ce n'était pas un discours géopolitique. C'était, avant tout, un acte de foi républicain. Ce 15 avril à Yaoundé, en accueillant le pape Léon XIV, Paul Biya a offert au souverain pontife ce que le Cameroun a de plus précieux : la promesse d'un peuple croyant, tolérant et fervent.
« La ferveur religieuse des populations que vous aurez l'occasion de rencontrer à Bamenda, Douala et Yaoundé vous permettra de mesurer l'attachement du peuple camerounais tout entier à ces valeurs », a assuré le président, en préambule des trois journées de visite pontificale.
Un message destiné autant au pape qu'aux Camerounais eux-mêmes, invités à se reconnaître dans ce portrait d'une nation unie par-delà ses différences. « Le Cameroun est bien connu pour sa tolérance religieuse. Plusieurs religions coexistent pacifiquement dans notre pays, ce dont nous sommes légitimement fiers », a insisté le chef de l'État.
Une Église au cœur de la société
Sur le fond, le président a également tenu à saluer le travail concret de l'Église catholique sur le terrain camerounais. « Nous nous félicitons de la contribution précieuse de l'Église catholique au développement de secteurs importants de l'activité sociale de notre pays, tels que la santé et l'éducation », a-t-il déclaré.
Une reconnaissance officielle qui intervient à point nommé, alors que l'Église camerounaise est régulièrement sollicitée pour pallier les failles de l'État dans certaines zones reculées ou touchées par le conflit anglophone. Hôpitaux, écoles, orphelinats : dans de nombreuses régions, le réseau catholique supplée les carences publiques.
« Nous sommes disposés à œuvrer au renforcement de ces relations », a ajouté Paul Biya, laissant entrevoir des perspectives de coopération renforcées à l'issue de cette visite.
Un appel implicite à la bénédiction pontificale
Mais au-delà des remerciements officiels, c'est aussi une forme d'onction morale que le président camerounais semble solliciter. En rappelant que son pays s'est « inspiré avec bonheur des valeurs prônées par l'Église dans la recherche des solutions aux crises », Paul Biya légitime sa propre gouvernance par le prisme religieux.
Un geste fin, à l'heure où le régime traverse des turbulences politiques : réforme constitutionnelle controversée, succession en préparation, tensions internes au RDPC. Recevoir le pape, c'est aussi recevoir un brevet de respectabilité internationale.
L'attente des foules
Reste maintenant à voir si les Camerounais répondront présents aux messes géantes annoncées. Près de 100 000 fidèles sont attendus au stade de Japoma à Douala le 17 avril, et autant à Yaoundé le lendemain. À Bamenda, ville martyre du conflit anglophone, la messe à l'aéroport s'annonce comme un moment d'émotion intense, quelques jours après l'obtention d'une trêve par le Vatican.
Léon XIV, qui n'a pas encore prononcé une parole publique depuis son arrivée, devrait répondre à Paul Biya lors d'un discours officiel ce soir. Les Camerounais retiendront leur souffle