Vice-présidence : Eyebe Ayissi se voit déjà en costume d'heritier. L'actuel ministre des Domaines, convaincu d'avoir reçu la confidence de Paul Biya lui-même, croit dur comme fer que le poste de vice-président lui est promis. Entre scandales fonciers, rancunes politiques et activisme effréné, le natif de la Lékié attend son heure de gloire. Mais à 71 ans, l'homme qui refuse les réseaux sociaux va-t-il enfin toucher le jackpot ? Décryptage.
Opinion… EYEBE AYISSI: L’HOMME QUI VEUT ÊTRE VICE-PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE : L’ACTUEL MINISTRE DES DOMAINES CROIT ENFIN LE MOMENT VENU D’ENGRANGER LES FRUITS DE SON ENGAGEMENT… Par Olivier MBELLE
« L’actuel Mindcaf, Henri Eyebe Ayissi ne veut plus être un marginal, un homme politique du rang, dans son pays natal. Il croit son temps enfin venu d’être ce qu’il aurait dû être depuis des lustres : un homme de tête, connu et reconnu comme tel. Le natif de Mbele II, dans le département de la Lékié (Centre) arrondissement d’Obala, sera selon ses propres convictions, le vice-président du Cameroun après la révision constitutionnelle à l’Assemblée nationale, appelée à exhumer ce poste.
L’actuel ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf) le confie depuis des mois à ses proches : c’est à lui, en inaugural, que Paul Biya réserve ce poste, croit-il fermement. Et il semble tenir la confidence du chef de l’Etat lui-même, selon des confidences captées en petit comité dans son entourage restreint. Et lui, qui se présente comme un des hauts dignitaires du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (Rdpc, au pouvoir), et surtout le patron politique du parti dans la Lekié en tant que Chef de la Délégation Départementale Permanente du Comité Central du Rdpc, est prêt à servir, à se sacrifier pour la patrie. En dépit des multiples scandales fonciers de sa gouvernance au Mindcaf, qui vont jusqu’à émouvoir la Cour suprême , malgré le refus de dernière minute du candidat du parti au pouvoir le Rdpc de se rendre en campagne électorale dans le cadre de l’élection présidentielle 2025 à Monatélé, M. Eyebe Ayissi n’est point rancunier. Et il a de quoi croire en Paul Biya, l’homme qui l’a révélé au monde, lui a permis de sortir de cet anonymat dans lequel le premier président de la République, Ahmadou Ahidjo, l’avait reclus.
Major de sa promotion à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (Enam) à Yaoundé en 1981, comme Administrateur Civil, le jeune premier se croyait promis à un brillant avenir. Mais il sera un modeste chef de service des affaires juridiques, avant d’être un obscur Directeur Adjoint des Affaires Législatives et Règlementaires dans les Services du Premier ministre, puis Chef de la Division des Etudes et de la Réglementation au Ministère de la Fonction publique et de la Réforme Administrative, avant d’être nommé simple Chargé d’Etudes N°1 à la Division des Affaires Juridiques au ministère du Plan et de l’Aménagement du Territoire. Un sans-grade, donc.
Appel au «consensus» pour Paul Biya
C’est Paul Biya, le nouveau président de la République du Cameroun, aime-t-il à rappeler, qui reconnaîtra enfin son génie. Parvenu au pouvoir le 06 novembre 1982, il nommera Henri Eyebe Ayissi secrétaire des conseils ministériels au secrétariat général de la présidence de la République. Et c’est le décollage d’une carrière fulgurante. Il aura, au sein du gouvernement, été tour à tour ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat (1990-1992), à seulement 35 ans. Puis ministre des Relations extérieures (2007-2011), ministre délégué à la présidence en charge du Contrôle supérieur de l’Etat (2012-2015), ministre de l’Agriculture et du Développement rural (2015-2019) avant son poste actuel de ministre des Domaines du Cadastre et des Affaires Foncières qu’il occupe depuis le 4 janvier 2019.
A la veille de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, c‘est lui, le Chef de la Délégation Départementale Permanente du Comité Central du Rdpc pour la Lékié, qui le premier, a appelé pour «un consensus national» pour la candidature du président Paul Biya, considéré comme «une légende vivante et contemporaine». Un tel engagement, jamais démenti depuis des décennies en faveur d’un homme, mérite sans doute qu’il caresse l’espoir d’être le second de M. Paul Biya à la tête du Cameroun, tel que l’affaire a été adoptée par le Parlement à l’Assemblée nationale.
L’actuel Mindcaf, bientôt 71 ans le 24 septembre prochain et qui au passage refuse catégoriquement d’intégrer les TIC et autres réseaux sociaux dans ses habitudes, attend son heure de gloire. Qui semble enfin lui tendre les bras. Mais, pour qui connaît le Chef de l’Etat Paul Biya, un tel activisme effréné pourrait néanmoins jouer un sale tour à Eyebe Ayissi. Le juriste de formation et l’Administrateur Civil Principal ambitieux attend sereinement… l’heure de gloire avec la signature d’un décret présidentiel le propulsant à la Vice Présidence de la République.»
Ainsi va la République