L'encre des discours papaux sur la paix et la réconciliation était à peine sèche que le Cameroun revenait à ses vieilles habitudes. Essama André Blaise et Nzepang Siakam Scotty Winner viennent d'être officiellement notifiés de leur renvoi devant le Tribunal Militaire de Douala statuant en matière criminelle, par ordonnance signée du Lieutenant-Colonel Effangono Martin Paul, juge d'instruction militaire, en date du 6 avril 2026. Les charges retenues : apologie d'atteinte à la sûreté de l'État, rébellion et troubles dans le fonctionnement du service public.
Les faits reprochés remontent au 5 novembre 2025 — veille de l'investiture du Président de la République. Ce jour-là, selon l'ordonnance de renvoi, Essama André Blaise aurait filmé une vidéo à caractère hostile contre les institutions au quartier Bonakouamouang à Douala, brandissant une banderole estampillée de la photo du candidat autoproclamé vainqueur Issa Tchiroma Bakary, avant de la diffuser sur Facebook et via des comptes d'activistes — dont, selon le document, Boris Bertolt et Nzui Mento. Nzepang Siakam Scotty Winner, lui, est accusé d'avoir tenté d'empêcher par la force l'interpellation d'Essama André Blaise par les forces de l'ordre.
Mais c'est le fond de cette affaire qui soulève une indignation profonde dans les milieux juridiques et des droits humains : Essama André Blaise et Nzepang Siakam Scotty Winner sont des civils. Or les traités et conventions internationaux régulièrement ratifiés par le Cameroun — dont la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques et la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples — posent clairement le principe selon lequel des civils ne sauraient être justiciables de juridictions militaires. Traduire deux civils devant un tribunal militaire pour des faits d'opinion et d'expression, aussi contestables soient-ils dans leur forme, constitue une violation flagrante de ces engagements internationaux.
Le timing de cette notification — juste après le départ du Pape Léon XIV, dont la visite avait placé le Cameroun sous le regard bienveillant du monde entier — n'a pas échappé aux observateurs. Comme si les autorités avaient attendu que les caméras internationales se détournent pour régler leurs comptes avec ceux qui avaient osé contester la légitimité du pouvoir en place.
Le vrai combat commence aujourd'hui — celui de défendre le droit fondamental de deux citoyens camerounais à être jugés par leurs pairs civils, et non par une juridiction militaire dont la compétence sur des civils est, en droit international, indéfendable.