Dieudonné Essomba s'empare du message papal pour fustiger la gouvernance africaine

Mini Dieudonne Essomba Image illustrative

Sun, 19 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

Sur le plateau de Vision4 dans l'émission Club d'Élites, l'économiste et essayiste Dieudonné Essomba a choisi la visite du Pape Léon XIV comme point de départ d'une réflexion aussi profonde que dérangeante sur deux maux structurels du Cameroun et de l'Afrique : la gestion de la diversité et la conception du pouvoir. Deux interventions coup sur coup, deux coups de scalpel dans les certitudes du système.

Le premier message d'Essomba s'attaque à la question de la diversité — que le Pape avait évoquée dans son discours, appelant les Camerounais à savoir la gérer. Mais pour l'économiste, gérer la diversité ne se fait pas à n'importe quel prix. «La diversité se gère dans l'écoute et la tolérance, et non dans la brutalité ou dans une paix imposée par la violence», tranche-t-il avec une clarté désarmante. Sa métaphore est d'une puissance rare : «C'est comme si on a un bâton, et que l'on dit aux enfants : «Personne ne bouge.» Même si l'un d'eux souffre, il se taira par peur. Vu de loin, tout semble calme, tout semble en paix. Mais au fond, y a-t-il vraiment la paix des cœurs ?»

Une image qui résonne avec une acuité particulière dans un Cameroun où la crise anglophone du Nord-Ouest et du Sud-Ouest — dix ans de conflit armé, des milliers de morts, des centaines de milliers de déplacés — illustre précisément ce que peut produire une «paix imposée par la violence». Le Pape est venu prêcher la réconciliation à Bamenda. Essomba, lui, rappelle depuis Yaoundé que la réconciliation sans justice et sans écoute n'est qu'une façade — un silence de soumission que l'on confond avec la paix, jusqu'au jour où le bâton se brise.

Sa deuxième intervention s'attaque à une conception du pouvoir qui, selon lui, gangrène l'Afrique depuis des décennies. «Lorsqu'une personne occupe un poste, il existe un principe fondamental : elle est au service de la communauté nationale qui la rémunère. Elle ne peut donc pas considérer ses avantages comme une forme de tribut», pose-t-il d'entrée. Et d'expliquer : un tribut, c'est ce que le vainqueur arrache au vaincu après une guerre. C'est le butin du conquérant, la rançon de la défaite.

Or, dit Essomba avec une lucidité qui fait mal, «ceux qui détiennent le pouvoir dans nos pays perçoivent souvent ces avantages comme un tribut, et non comme la contrepartie des services qu'ils sont censés rendre à la population». En d'autres termes : trop de dirigeants africains se comportent comme des conquérants qui ont gagné une guerre contre leur propre peuple — et qui encaissent leurs salaires, leurs privilèges, leurs véhicules de fonction et leurs frais de mission comme autant de butins légitimes, plutôt que comme des ressources publiques placées temporairement à leur service.

La portée de ces deux interventions de Dieudonné Essomba dépasse largement les frontières camerounaises. Elles posent, dans un langage accessible et imagé, les deux questions fondamentales de la gouvernance africaine contemporaine : peut-on construire une paix durable sur la peur ? Et peut-on gouverner dignement en se comportant en prédateur plutôt qu'en serviteur ?

Le Pape Léon XIV a apporté ses réponses depuis la papamobile. Dieudonné Essomba, lui, depuis le plateau de Vision4, oblige chaque téléspectateur à poser les siennes — à commencer par ceux qui, en ce moment même à Yaoundé, s'apprêtent à nommer un Vice-Président, à former un nouveau gouvernement et à redessiner les équilibres d'un État dont les fondations méritent, peut-être, un sérieux examen de conscience

Source: www.camerounweb.com