Test ADN sur Paul Biya : Baongla et ses avocats posent la question que personne n'osait formuler devant la justice

Georges Gilbert Baongla Image illustrative

Wed, 29 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

Il y a des demandes judiciaires qui font jurisprudence. Et il y a celles qui font l'histoire — ou du moins qui tentent de la forcer. La requête déposée par les avocats de Georges-Gilbert Baongla le 28 avril 2026 au Service Central des Recherches Judiciaires appartient sans conteste à la seconde catégorie. En exigeant comme préalable à tout procès que Paul Biya, Franck Emmanuel Biya et lui-même soient soumis à des tests ADN par des laboratoires internationaux indépendants, Baongla et son conseil Maître Rufin Mayang posent devant une juridiction camerounaise une question que même les opposants les plus déterminés n'avaient jamais osé formuler aussi frontalement : qui est réellement le fils de Paul Biya ?

Sur le plan strictement juridique, la demande de Maître Mayang est construite avec une logique qui mérite d'être prise au sérieux. La défense soutient que «ce litige a trait avec la filiation de Monsieur Franck Emmanuel Biya» — et que dans ce contexte, la vérité biologique est un préalable nécessaire à «tout débat tant par devant les officiers de police judiciaire qu'éventuellement les tribunaux compétents». En d'autres termes : si c'est Baongla qui dit la vérité sur sa filiation biologique avec Paul Biya, alors l'accusation de diffamation s'effondre d'elle-même. Et la seule manière de trancher cette question est la science.

La défense va même plus loin dans sa formulation : elle parle de «souci de justice équitable» — invoquant implicitement le droit fondamental à une procédure contradictoire et équilibrée. Comment un homme peut-il être accusé de diffamation pour avoir dit qu'il est le fils biologique de Paul Biya, sans que cette filiation soit d'abord scientifiquement vérifiée ? La question est piégée. Et le gouvernement camerounais, confronté à cette demande, se retrouve dans une position inconfortable : soit il accepte le test ADN — et valide ainsi l'idée que la filiation de Franck Biya est discutable — soit il le refuse — et donne l'impression d'avoir quelque chose à cacher.

Le cœur de la demande — soumettre le Président de la République en exercice à un test ADN dans le cadre d'une procédure judiciaire — est d'une audace sans précédent dans l'histoire judiciaire camerounaise. Jamais un Chef d'État camerounais n'a été impliqué, même indirectement, dans une procédure qui exigerait de lui un acte aussi intime qu'un prélèvement génétique.

Dans la quasi-totalité des démocraties, même les plus avancées, un Chef d'État bénéficie d'immunités qui le protègent de ce type de contrainte pendant l'exercice de son mandat. Mais la demande de Baongla n'est pas adressée à Paul Biya en tant que Chef d'État — elle vise Paul Biya en tant que père présumé dans un litige de filiation. La distinction juridique est subtile mais réelle, et aucun texte de la Constitution camerounaise — même révisée — ne semble y avoir répondu par avance.

Si la demande visant Paul Biya est politiquement explosive, celle visant Franck Emmanuel Biya l'est tout autant — et peut-être davantage dans le contexte actuel. Car Franck Biya est précisément l'homme dont le nom revient avec insistance pour occuper le poste de Vice-Président de la République que Paul Biya doit nommer dans les prochaines semaines. Un futur Vice-Président dont la filiation biologique avec le Chef de l'État serait publiquement contestée — et dont un test ADN révélerait ou infirmerait le lien de sang — voilà qui surplombe de son ombre toute la séquence successorale que le Cameroun est en train de vivre.

Les avocats de Baongla le savent. Et c'est peut-être précisément pour cette raison que la demande a été adressée en copies au Ministre délégué à la Défense, au Secrétaire d'État à la Gendarmerie et au Procureur de la République — pour s'assurer que personne, au sommet de l'État, ne pourra prétendre ne pas avoir été informé.

Au fond, cette affaire a depuis longtemps dépassé la personne de Georges-Gilbert Baongla — un homme dont les prétentions à la filiation présidentielle ont été publiquement démontées par des témoins de poids comme le ministre Jean de Dieu Momo et l'historien Justin Biloa Onguene. Elle est devenue le révélateur d'une question plus large que le Cameroun devra tôt ou tard affronter : dans un État de droit, les questions de filiation — même au sommet de l'État — peuvent-elles rester éternellement hors de portée de la vérité scientifique ?

La réponse judiciaire que donnera le Service Central des Recherches Judiciaires à cette demande de test ADN sera, quoi qu'il arrive, un moment historique. Un refus sera analysé. Une acceptation le sera encore plus.

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