Diplomatie : Jeune Afrique révèle comment le système Impact Palmarès centralise les recettes et accroît les risques de détournement

LEON XIV PAUL BIYA ETOUDI Image illustrative

Mon, 4 May 2026 Source: www.camerounweb.com

Derrière la crise financière qui étouffe les ambassades camerounaises à travers le monde, Jeune Afrique a identifié dans son enquête exclusive du 4 mai 2026 un mécanisme précis, récent, et au cœur de toutes les critiques : le système mis en place par la société Impact Palmarès pour la modernisation des prestations consulaires. Un système qui, loin de résoudre les problèmes, les aurait considérablement aggravés — et dont les ramifications remontent, selon le journal, jusqu'au Secrétariat Général de la Présidence de la République.

En janvier 2026, une mission conjointe des ministères des Relations Extérieures et des Finances, supervisée par la société Impact Palmarès, a procédé à l'installation de nouveaux équipements dans les représentations camerounaises à l'étranger — destinés à la délivrance de cartes consulaires, de laissez-passer et de documents numérisés. L'objectif affiché était louable : centraliser les procédures, accélérer les démarches, moderniser les services consulaires.

Mais selon les révélations de Jeune Afrique, la réalité du terrain est tout autre. «Sur le terrain, les critiques persistent. Des usagers continuent de dénoncer la lenteur des démarches et la hausse continuelle des coûts.» Plus grave encore : le cœur du problème réside dans la logique de centralisation financière imposée par ce nouveau système. «Les recettes doivent désormais être centralisées à Yaoundé, avant d'être redistribuées aux différents postes diplomatiques.» Un circuit qui prive les ambassades les plus actives de leur trésorerie opérationnelle — celle dont elles avaient besoin au quotidien pour fonctionner.

Giresse Tella, proche de Ngoh Ngoh : la révélation qui fait tout basculer

C'est ici que l'enquête de Jeune Afrique prend une dimension politiquement explosive. Le journal révèle en exclusivité l'identité du patron d'Impact Palmarès : Giresse Tella, un ressortissant béninois, décrit par plusieurs sources comme «un proche de Ferdinand Ngoh Ngoh, le Secrétaire Général de la Présidence». Un opérateur étranger, lié au homme le plus puissant d'Etoudi après Paul Biya, qui se retrouve à la tête d'un système gérant les recettes consulaires de toutes les ambassades camerounaises à travers le monde. La question que pose implicitement Jeune Afrique est immédiate : comment un Béninois proche du SGPR s'est-il retrouvé à ce poste stratégique ? Quels contrats, quelles commissions, quels accords encadrent cette relation ?

Contacté par Jeune Afrique, Giresse Tella n'a pas souhaité répondre aux sollicitations du journal. Un silence qui, dans ce contexte, parle de lui-même.

Centralisation des recettes : une autoroute pour les détournements

Plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique soulèvent un risque que la logique même du système rend difficile à écarter : «Des risques accrus de détournement, dès lors que les recettes sont centralisées à Yaoundé.» Avant Impact Palmarès, les ambassades les plus fréquentées conservaient d'importantes sommes dans leurs locaux — une pratique certes imparfaite, mais qui garantissait une trésorerie opérationnelle immédiate. Désormais, tout transite par Yaoundé avant redistribution. Ce faisant, le système crée un point de concentration unique où des flux financiers considérables — les recettes consulaires de dizaines d'ambassades à travers le monde — convergent avant d'être théoriquement redistribués.

Dans un pays où la corruption dans la gestion des fonds publics est documentée à tous les niveaux, concentrer ainsi les recettes consulaires entre les mains d'un opérateur privé lié au SGPR est une décision dont Jeune Afrique souligne l'extrême fragilité éthique et institutionnelle. «Loin d'avoir résolu les problèmes, les nouveaux dispositifs compliqueraient encore le fonctionnement quotidien des chancelleries, avec des effets négatifs sur les effectifs, sur les paiements et sur le rythme de délivrance des documents», confirment plusieurs sources au journal.

Ce que révèle Jeune Afrique en définitive, c'est qu'au Cameroun, même la diplomatie — cet outil souverain par excellence — n'échappe pas à la logique des réseaux et des intérêts privés. Pendant que des ambassadeurs sont bloqués à Yaoundé faute d'argent pour rentrer à leur poste, pendant que des chancelleries ne peuvent plus payer leurs loyers ni leurs personnels locaux, un système opaque de centralisation des recettes consulaires fonctionne — au profit de qui, exactement, et sous quelles garanties de contrôle — sans que personne dans l'administration camerounaise ne semble avoir jugé utile de s'en expliquer publiquement.

Jeune Afrique a posé les questions. Giresse Tella n'a pas répondu. Et les diplomates camerounais, eux, continuent de survivre.

Source: www.camerounweb.com