Pendant que Yaoundé se concentre sur la nomination de son Vice-Président et la recomposition institutionnelle en cours, une autre crise — moins visible mais tout aussi grave — ronge en silence l'appareil diplomatique camerounais. Jeune Afrique, dans une enquête exclusive publiée ce 4 mai 2026, lève le voile sur une réalité que les communiqués officiels s'efforcent de masquer : plusieurs ambassades et chancelleries camerounaises à travers le monde sont au bord de l'asphyxie financière, incapables d'assurer leurs missions élémentaires.
L'anecdote révélée par Jeune Afrique résume à elle seule l'ampleur de la déroute. Le 11 mars 2026, plusieurs chefs de missions diplomatiques camerounaises avaient été rappelés à Yaoundé pour participer aux travaux préparatoires de la 14ème conférence ministérielle de l'OMC. Normal jusqu'ici. Ce qui l'est moins : «Plusieurs d'entre eux ont ensuite tardé à regagner leur poste, voire n'ont toujours pas quitté la capitale. Les uns n'avaient pas les ressources suffisantes pour financer leur retour.» Des ambassadeurs — représentants officiels de l'État camerounais auprès de pays étrangers — bloqués au Cameroun faute de billets d'avion. Une image d'une humiliation diplomatique rare.
D'autres avaient prolongé leur séjour yaoundéen non par paresse mais par nécessité : «Tenter d'obtenir de leur hiérarchie les moyens de rétablir le fonctionnement normal de leur représentation.» Des ambassadeurs en attente de fonds — comme des fonctionnaires ordinaires attendant leur salaire en retard.
Jeune Afrique dresse une cartographie du désastre qui s'étend de manière inquiétante. «Du Maghreb à l'Asie, en passant par des capitales africaines, les mêmes fragilités apparaissent : difficulté à payer les loyers, retards dans le versement des rémunérations du personnel local.» À l'ambassade du Cameroun en Tunisie, le tableau est particulièrement sombre : «Les crédits disponibles ne permettent plus d'assurer l'entretien des locaux, les communications administratives ou encore les dépenses protocolaires.» Une ambassade qui ne peut plus communiquer administrativement ni honorer ses obligations protocolaires — c'est une ambassade qui n'existe plus que de nom.
Et dans ce panorama désolant, Jeune Afrique pointe une exception qui dit tout sur les vraies priorités du système : certaines représentations bénéficieraient encore d'une «attention particulière», comme Paris ou Berne — «en raison des séjours qu'effectue régulièrement Paul Biya en Suisse». La diplomatie camerounaise fonctionnerait donc selon une logique aussi simple que choquante : les ambassades qui reçoivent le Chef de l'État sont financées. Les autres survivent comme elles peuvent.
Jeune Afrique rappelle que cette situation n'est pas née d'hier. En 2009, à l'ambassade du Cameroun aux États-Unis, des ressortissants camerounais manifestaient devant les locaux consulaires pour dénoncer les lenteurs administratives. En 2012, en Suisse, des plaintes pour mauvais accueil et coûts excessifs des passeports avaient conduit à une saisine de la CONAC. En 2014, à Washington, des images de l'ancien bâtiment diplomatique «dans un état de dégradation avancée» avaient fait le tour des réseaux sociaux. En 2021, des voix de la diaspora dénonçaient des personnels d'appui «supposément en situation irrégulière».
Des crises récurrentes, des scandales répétés, des promesses de réforme jamais tenues — et une situation qui, selon Jeune Afrique, n'a fait que s'aggraver avec le temps. La diplomatie camerounaise décrite par le journal n'est plus une diplomatie d'influence ou de développement. C'est une diplomatie de survie.