Le président de la République a signé un décret historique le 4 mai 2026, transformant la société « Energy Of Cameroon » (ENEO Cameroon S.A.) en une société à capital public, désormais dénommée Société Camerounaise d'Électricité (SOCADEL). L'État devient l'actionnaire unique de l'entreprise, mettant fin à des années de gestion privée du secteur électrique. Une décision qui marque un tournant majeur dans la politique énergétique du Cameroun.
L'information : Un décret présidentiel n° 2026/163 du 4 mai 2026, dont Camerounweb.com a eu connaissance, acte la transformation d'ENEO Cameroon S.A. en une société à capital public. L'Etat devient l'actionnaire unique de l'entreprise, qui prend le nom de « Société Camerounaise d'Électricité », abrégée « SOCADEL ».
La fin d'une ère : Créée en 2014 après la cession des actifs d'AES-Sonel au fonds d'investissement britannique Actis, ENEO était jusqu'alors une entreprise privée à capitaux majoritairement étrangers, avec l'État camerounais comme actionnaire minoritaire. La transformation en société à capital public marque la fin de ce modèle et un retour de l'État dans la gestion directe du secteur électrique.
L'objet social de la SOCADEL : Selon l'article 4 du décret, la nouvelle entreprise a pour mission « toutes activités ayant trait, directement ou indirectement, à la production, à la distribution, à l'importation et à l'exportation, à l'achat, à la vente et à l'utilisation de l'énergie électrique ». La convention de concession qui liait ENEO à l'État est transférée à la SOCADEL.
Une gouvernance sous tutelle : La SOCADEL est placée sous la tutelle technique du ministère en charge de l'électricité et sous la tutelle financière du ministère des Finances. Son Assemblée Générale est présidée par un représentant du ministère des Finances et comprend des représentants de la Présidence, des services du Premier ministre, du ministère de l'Électricité et du ministère de l'Économie.
Un conseil d'administration élargi : Le Conseil d'Administration sera composé de plusieurs personnalités, dont une désignée directement par le président de la République, des représentants des différents ministères concernés, les directeurs généraux de la SONATREL et de l'EDC, ainsi qu'un représentant élu du personnel.
Le personnel maintenu : La SOCADEL est constituée « prioritairement du personnel de l'ex-ENEO Cameroon ». L'article 13 précise que ces agents doivent toutefois « présenter un profil adéquat aux postes qu'ils occupent », laissant présager une éventuelle évaluation des compétences.
Des ressources d'origine publique : Le décret précise que les ressources de la SOCADEL sont « des deniers publics, soumis au contrôle des organes compétents de l'État », bien que gérées selon les règles de la comptabilité privée. Un statut hybride qui renforce le contrôle public sur l'entreprise.
Un régime de marchés spécifique : La SOCADEL n'est pas assujettie au Code des Marchés publics, mais aux « dispositions communes applicables aux marchés des entreprises publiques ». Une commission interne de passation des marchés sera créée.
Les raisons de ce changement : Ce décret historique intervient dans un contexte de critiques récurrentes contre ENEO, accusée de fournir un service de mauvaise qualité (coupures intempestives, facturation contestée) tout en pratiquant des tarifs élevés. L'État, qui subventionnait l'entreprise à travers le mécanisme de la « contribution au service public de l'électricité », a longtemps menacé de reprendre la main. C'est désormais chose faite.
À suivre : Un décret complémentaire, à venir, approuvera les statuts de la SOCADEL. Reste à savoir comment cette transition sera gérée sur le plan opérationnel et financier, notamment le sort des contrats en cours et des dettes éventuelles d'ENEO. La réaction des anciens actionnaires privés – principalement le fonds Actis – n'a pas encore été communiquée.