Trente jours après la promulgation de la loi constitutionnelle créant le poste de Vice-Président. Toujours pas de nomination. Et une liste de candidats qui, loin de se réduire, ne cesse de s'allonger — comme si Paul Biya tirait une satisfaction particulière à laisser les clans s'épuiser dans leurs manœuvres. «Paul Biya semble prendre plaisir à laisser s'élargir le champ des possibles et la liste des vice-présidents putatifs», observe Jeune Afrique dans son enquête exclusive du 13 mai 2026. Un portrait de la politique camerounaise dans ce qu'elle a de plus fondamental : le Sphinx qui attend, pendant que les courtisans s'agitent.
Parmi les révélations les plus significatives de Jeune Afrique, celle concernant Philémon Yang sort du lot. Le récent retour à Yaoundé de l'ancien Premier Ministre — qui venait de quitter en 2025 la présidence de l'Assemblée Générale des Nations Unies — intrigue selon le journal «plusieurs barons du RDPC», certains y voyant «l'indice que Paul Biya a discrètement porté son choix sur cet anglophone au profil consensuel». Plus révélateur encore : Jeune Afrique rapporte que depuis son retour, Yang «a multiplié les consultations discrètes auprès d'acteurs politiques et d'organisations de jeunesse». Des consultations qui ressemblent à une campagne — menée en silence, sans annonce, mais avec une méthode qui dit la conviction d'un homme qui sait quelque chose que les autres ignorent.
Son profil est objectivement fort : anglophone du Sud-Ouest, ancien Premier Ministre au bilan solide, diplomate reconnu internationalement, sans ennemi déclaré dans les grands cercles du pouvoir. Un Vice-Président Yang serait un geste fort vers les régions anglophones meurtries par dix ans de conflit — et un choix que la communauté internationale saluerait.
Jeune Afrique révèle un nom que peu d'analystes avaient jusqu'ici placé en tête de liste : Oswald Baboké, «proche de Chantal Biya et directeur adjoint du cabinet civil de Paul Biya». Un proche du journal le décrit en des termes qui sonnent comme un plaidoyer politique soigneusement préparé : «C'est un homme discret, un modèle de réussite qui maîtrise les rouages du pouvoir et a toujours su rester à distance des guerres de clans.»
La clé de ce profil réside précisément dans cette discrétion. Dans un Cameroun où la Vice-Présidence est devenue le point de convergence de toutes les jalousies et de toutes les rivalités, un homme «à distance des guerres de clans» présente un avantage décisif : il ne concentre pas les haines. Ses partisans interprètent d'ailleurs les «attaques dont il a fait récemment l'objet» comme «une tentative de fragilisation préventive» — signal que ses adversaires le prennent au sérieux. Et une source diplomatique basée à Paris confie à Jeune Afrique cette phrase qui dit tout : «Le futur Vice-Président ne viendra pas de l'extérieur du palais.»
Ngoh Ngoh : trop d'ennemis pour franchir la ligne d'arrivée
Jeune Afrique confirme ce que beaucoup pressentaient : le scénario Ferdinand Ngoh Ngoh à la Vice-Présidence «perd en crédibilité». Le SGPR, qui avait «un temps tenu la corde» et que plusieurs sources présentaient comme l'architecte du projet de vice-présidence dans la perspective d'en devenir le titulaire, se heurterait selon le journal à un obstacle rédhibitoire : «L'intéressé aurait accumulé trop d'ennemis ces dernières années.»
Jeune Afrique cite nominalement deux de ces ennemis puissants : Laurent Esso, ministre de la Justice — celui-là même que Paul Biya avait choisi pour défendre le projet devant le Congrès, dans un choix que le journal avait qualifié à l'époque de signal délibéré — et René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication. Deux poids lourds du régime, ouvertement hostiles à Ngoh Ngoh, que Paul Biya a sciemment laissés exprimer leur opposition sans les désavouer. Un signal en creux que Jeune Afrique décrypte avec précision.
Jeune Afrique note avec une attention particulière la lettre du jeune leader du Noun Njikam Abdu Bacil Ramos, adressée directement à Paul Biya le 26 avril, proposant Paul Atanga Nji en tête, suivi de Franck Biya et de Louis Paul Motaze. Cette initiative citoyenne — insolite mais documentée par le journal — traduit selon Jeune Afrique l'extension du débat sur la Vice-Présidence «au-delà des seuls cercles du pouvoir». Les milieux de jeunesse, le patronat, la société civile, les analystes, les réseaux sociaux — tout le Cameroun a désormais son candidat. Et Paul Biya, lui, attend.
«Paul Biya semble prendre plaisir à laisser s'élargir le champ des possibles», répète Jeune Afrique. Dans cette phrase se cache peut-être la vérité profonde du Sphinx d'Etoudi : il n'a pas encore décidé — ou il a décidé mais garde le secret — et dans les deux cas, il gagne. Chaque jour de silence est un jour de plus où tous les camps restent mobilisés, attentifs, dépendants. Le pouvoir ultime, dans ce système, est peut-être simplement de faire attendre.