Quinze ans. C'est la durée du règne de Jean Nkuete à la tête du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) — «un record», souligne Jeune Afrique dans son enquête exclusive du 28 mai 2026. Un record qui, dans la politique camerounaise, est à double tranchant : il dit la longévité d'un survivant institutionnel exceptionnel — et il dit aussi l'immobilisme d'un appareil partisan que la présidentielle de 2025 a mis à nu. Et depuis le discours de Paul Biya du 10 février 2026 annonçant l'imminence d'un «renouvellement» politique, la question que les cercles du RDPC se posent à voix basse est devenue inévitable : Nkuete sera-t-il sacrifié sur l'autel de ce renouvellement ?
Le portrait que Jeune Afrique dresse de Jean Nkuete est celui d'un homme d'une autre époque — non pas par l'âge, mais par la méthode. «Absent des réseaux sociaux, cet économiste ne s'exprime qu'à travers de longs textes qui n'enrichissent que chichement le débat public», écrit le journal sans ambages. Dans un Cameroun où Issa Tchiroma Bakary fait des lives sur TikTok depuis son exil gambien, où Samuel Eto'o mobilise des millions d'abonnés, où Jean de Dieu Momo lance des polémiques nationales depuis sa page Facebook — le Secrétaire Général du parti au pouvoir n'a pas de compte sur les principaux réseaux sociaux.
«Ce manque de dynamisme a d'ailleurs eu des répercussions dans son propre fief», note Jeune Afrique — avant de livrer les chiffres dévastateurs de la Menoua. Un apparatchik de l'ombre, «évoluant dans l'ombre de Paul Biya depuis des décennies», symbole «d'un conservatisme qui semble de plus en plus en décalage avec les nouvelles pratiques politiques». C'est le diagnostic du journal — et il est sans appel.
Face à la fronde, Jean Nkuete n'est pas resté passif. Jeune Afrique révèle la manœuvre politique par laquelle il a tenté de reprendre le contrôle. Fragilisé par une «fronde des conseillers régionaux du Sud — qui contestaient les choix du siège du parti et souhaitaient imposer leurs propres prétendants» pour les élections locales, il a «répliqué en proposant l'organisation de primaires pour désigner les prochains candidats du RDPC aux élections locales». Une réponse institutionnelle élégante : en proposant des primaires, il se pose en défenseur de la démocratie interne — tout en gardant la maîtrise du processus.
Car Jean Nkuete «sait pouvoir compter sur le soutien sans faille d'une cour de fidèles dont il a favorisé l'ascension, dans le cercle fermé du comité central du RDPC et des délégations permanentes du parti», selon Jeune Afrique. Quinze ans à la tête du parti, c'est quinze ans de placements stratégiques de loyaux — une armée invisible qui peut bloquer toute tentative de le démettre de l'intérieur. Renverser Nkuete, c'est renverser des dizaines de cadres qui lui doivent tout.
Jeune Afrique identifie le moment précis où l'avenir de Nkuete a basculé dans l'incertitude. Dans son discours du 10 février 2026, Paul Biya a annoncé l'imminence d'un «renouvellement» politique. Un mot — renouvellement — qui dans le vocabulaire présidentiel camerounais ne peut avoir qu'une signification : des changements de personnes. Et dans un contexte où la Vice-Présidence est en cours de création et où un remaniement gouvernemental est attendu depuis novembre 2025, ce renouvellement concerne potentiellement aussi bien le gouvernement que la tête du RDPC.
Jeune Afrique pose la question que tout le monde évite : «Jean Nkuete, patron de la formation présidentielle depuis quinze ans, en fera-t-il les frais ?» Et apporte un élément de réponse indirect mais lourd de sens : «Le Chef de l'État semble avoir pris acte de la perte d'influence du RDPC en instaurant un poste de Vice-Présidence, dont le titulaire sera nommé sans que ce choix relève d'un congrès du parti.» Autrement dit : Paul Biya a décidé de régler la question de la succession en contournant le RDPC et son Secrétaire Général. Une décision qui réduit structurellement le rôle du parti — et de son patron — dans l'architecture du pouvoir à venir.