Valère Bertrand Bessala tire la sonnette d'alarme :On est mal barré quand on est dirigé par un homme plus âgé que 98% de la population»

Bessala Libre Expression Image illustrative

Sun, 14 Jun 2026 Source: www.camerounweb.com

Il y a des vérités que peu osent dire en face dans les médias camerounais. Valère Bertrand Bessala les a dites toutes les deux, coup sur coup, sur le plateau de Canal 2 International dans l'émission Canal Presse. Des mots qui dérangent — mais qui résument avec une précision clinique deux crises fondamentales du Cameroun en 2026 : celle de la gouvernance gérontocratique, et celle de la planification aveugle.

93 ans à la tête d'un pays dont 98% de la population est plus jeune

La première déclaration de Bessala est d'une franchise qui tranche dans le conformisme ambiant. «Quand on est dirigé par un homme qui est plus âgé que 98% de la population de son pays — et je suis encore charitable — et que ce dernier travaille avec des personnes qui se rapprochent de son âge, on est mal barré», dit-il sans détour.

Le chiffre est vérifiable. Paul Biya a 93 ans. Dans un pays dont l'âge médian est estimé à environ 18 ans selon les projections démographiques actuelles — et dont 60% de la population a moins de 25 ans — le Chef de l'État est effectivement plus âgé que l'écrasante majorité de ses administrés. Et son entourage institutionnel immédiat ne démentait pas ce constat : René Claude Meka, chef d'état-major des armées, 87 ans, évacué sanitairement en France. Cavaye Yéguié Djibril, président de l'Assemblée nationale jusqu'en mars, 86 ans au décès. Marcel Niat Njifenji, président du Sénat jusqu'à son éviction, mort en avril. Une génération entière au sommet de l'État — qui s'éteint l'une après l'autre pendant que la jeunesse camerounaise attend.

La deuxième déclaration de Bessala est peut-être encore plus grave dans ses implications pratiques. «Depuis 2010, nous sommes toujours à 19 millions 400 et quelques poussières. J'ai consulté une IA qui indique que nous sommes à 30 millions d'habitants. Nous travaillons dans des projets comme la SND30 et l'horizon 2035 avec des données du dernier recensement au Cameroun de 2005. Qu'est-ce que vous allez implémenter avec des données de 2005 en 2026 ?»

La question est dévastante. Le dernier recensement général de la population au Cameroun date de 2005 — il y a 21 ans. Depuis, les données démographiques officielles n'ont pas été actualisées par un nouveau recensement. Le pays planifie sa Stratégie Nationale de Développement SND30 et son objectif Cameroun émergent à l'horizon 2035 sur des chiffres vieux d'une génération. Des infrastructures dimensionnées pour 19 millions d'habitants dans un pays qui en compte vraisemblablement 30 millions. Des hôpitaux, des écoles, des routes, des réseaux d'eau et d'électricité — tous calculés sur une réalité démographique révolue depuis deux décennies.

Mis ensemble, les deux constats de Bessala dressent le portrait d'un État qui gouverne avec les yeux dans le rétroviseur. Un chef de 93 ans entouré d'octogénaires qui dirigent un pays dont les deux tiers de la population sont nés après leur accession au pouvoir. Et des plans de développement bâtis sur des données démographiques périmées depuis 2005 — pendant que les IA et les organismes internationaux publient des projections qui donnent 30 millions de Camerounais en 2026.

«On est mal barré», dit Bessala. C'est peu dire. Et la formule dit l'essentiel — avec la franchise rare d'un homme qui a choisi de regarder la réalité en face, depuis un plateau de télévision camerounais.

Source: www.camerounweb.com