Dans la guerre des clans pour la Vice-Présidence camerounaise, chaque candidat a son arme. Franck Biya a le nom. Chantal Biya a le palais. Oswald Baboké a la discrétion. Et Louis Paul Motaze — révèle Jeune Afrique en exclusivité dans son édition du 19 juin 2026 — a quelque chose que son principal rival Ferdinand Ngoh Ngoh n'aura jamais : une carte du RDPC.
Ngoh Ngoh, «vice-président de facto» sans jamais avoir intégré le RDPC
La révélation de Jeune Afrique sur ce point est d'une précision politique redoutable. «Ferdinand Ngoh Ngoh, malgré son influence politique, n'a encore jamais intégré le comité central du RDPC, y compris à l'approche de la dernière élection présidentielle en octobre 2025, alors même qu'il se posait en directeur officieux de la campagne de Paul Biya.» Un homme qui dirige officieusement la campagne présidentielle d'un parti dont il n'est même pas membre. Un homme qui est décrit comme «vice-président de facto» du Cameroun — et qui ne détient aucun mandat au sein de la formation politique qui gouverne le pays depuis quarante ans.
Cette anomalie institutionnelle — que les barons du RDPC ont toujours regardée avec une hostilité non dissimulée — est précisément le levier que les soutiens de Motaze actionnent. «Les amis de Motaze ne se privent pas de rappeler que le ministre des Finances occupe une fonction au sein du comité central du RDPC», révèle Jeune Afrique. Un membre du parti contre un homme qui n'en fait pas partie. Dans un système politique où le RDPC est le colonne vertébrale du régime, cette distinction n'est pas anecdotique. Elle est fondamentale.
Les partisans de Motaze poussent l'argument jusqu'à sa conclusion logique : un Vice-Président Ngoh Ngoh serait «mal accepté» par les militants et barons du RDPC — parce qu'il serait un outsider institutionnel propulsé au sommet de l'État sans jamais avoir payé sa dette envers le parti. À l'inverse, Motaze — qui a gravi les échelons du gouvernement en parallèle d'une présence régulière dans les structures partisanes — serait «dès lors mieux accepté, en cas de nomination à la vice-présidence, par les militants et barons du parti», selon Jeune Afrique.
Cet argument dit quelque chose de profond sur la nature du pouvoir au Cameroun : même dans un système presidentialisé à l'extrême, le parti reste une ressource de légitimité que les outsiders — aussi puissants soient-ils — ne peuvent pas improviser. Ngoh Ngoh peut contrôler l'information présidentielle, gérer les marchés publics, placer ses pions dans les entreprises d'État — mais il ne peut pas, du jour au lendemain, invoquer quarante ans de militantisme RDPC qu'il n'a pas.
Jeune Afrique rappelle que la guerre entre Motaze et Ngoh Ngoh n'est pas nouvelle — elle a été rendue visible par une série de confrontations documentées par le journal. La cession de la Société Générale Cameroun : Motaze a ignoré la note de Ngoh Ngoh portant le choix présidentiel pour le repreneur, et a activé sa propre voie avec BGFI. Le Port Autonome de Douala : des divergences documentées entre les deux hommes sur les attributions de marchés. Et «plusieurs dossiers majeurs ont mis en lumière les divergences entre les deux hommes ces derniers mois et années», confirme sobrement Jeune Afrique.
Trois dossiers, trois confrontations, un seul verdict : Motaze ne reconnaît plus la tutelle informelle de Ngoh Ngoh sur les dossiers économiques. Et en activant l'argument du RDPC contre le SGPR, il ouvre un front supplémentaire dans une guerre dont l'arbitrage final appartient à un homme hospitalisé à Genève.