Pour comprendre pourquoi Louis Paul Motaze est une candidature sérieuse à la Vice-Présidence — et pas seulement une ambition personnelle affichée à Sangmelima —, il faut comprendre le réseau qu'il a patiemment tissé depuis des années. Jeune Afrique, dans son enquête exclusive du 19 juin 2026, en révèle les composantes — et certaines sont surprenantes, d'autres inquiétantes, toutes révélatrices de la manière dont le pouvoir se construit au Cameroun.
La révélation la plus politiquement significative de Jeune Afrique sur le réseau de Motaze concerne ses connexions au sein de la famille présidentielle élargie. Le ministre entretient des liens «privilégiés avec Bonaventure Mvondo Assam, le neveu du Chef de l'État» — personnalité influente dans les équilibres politiques du Sud — et «Cathy Meba, la fille du frère cadet de Paul Biya». Deux membres de la galaxie familiale de Paul Biya — qui ne sont pas Chantal Biya, pas Franck Biya, mais qui appartiennent au cercle élargi dont les opinions comptent.
Ces connexions familiales présidentielles sont particulièrement stratégiques dans le contexte actuel. Elles permettent à Motaze de se présenter comme un homme «du clan» sans être prisonnier des guerres de succession entre Franck Biya et Chantal Biya. Il joue dans les deux camps sans appartenir à aucun.
Jeune Afrique révèle un aspect du réseau de Motaze qui soulève des questions sérieuses. «Son compagnonnage passé avec l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga — aujourd'hui fragilisé par de lourdes procédures judiciaires, notamment dans le dossier Martinez Zogo — a contribué à étendre son influence dans certains milieux», note le journal. L'homme d'affaires dont les avocats viennent de voir la demande de liberté provisoire renvoyée au 16 juillet. Celui dont Jeune Afrique avait révélé que Motaze avait réduit de 80% sa dette fiscale via un moratoire de complaisance. Et celui dont les connexions avec Justin Danwe — chef du commando — posent des questions sur les ramifications réelles de l'affaire Martinez Zogo.
«Ce compagnonnage a contribué à étendre son influence dans certains milieux» — la formule de Jeune Afrique est délibérément elliptique. Quels milieux ? Avec quelles implications pour sa candidature si le procès Martinez Zogo apporte de nouvelles révélations sur le rôle de Motaze dans la protection fiscale du groupe l'Anecdote ? Une question que le journal laisse ouverte — et que ses adversaires dans la course à la Vice-Présidence ne manqueront pas d'exploiter.
La stratégie septentrionale de Motaze révélée par Jeune Afrique mérite une attention particulière. Le ministre «s'efforce de s'appuyer sur les origines septentrionales de son épouse pour s'y présenter comme un «fils adoptif»» — avec des démarches auprès des chefferies «dans des zones où l'influence des lamidos demeure structurante». À Ngaoundéré, le soutien du lamido Mohamadou Hayatou lui est acquis. Dans le Nord, l'appui d'Aboubakary Abdoulaye — président du Sénat — est un atout de poids.
Cette stratégie nordiste dit quelque chose d'important : Motaze anticipe la question de l'équilibre régional dans la nomination du Vice-Président. Dans un pays où le précédent Vice-Président officiel date de 1984, et où Cavaye Yéguié Djibril venait de l'Extrême-Nord, la candidature d'un homme ayant des attaches septentrionales — même par alliance matrimoniale — répond à une logique d'équilibre que Paul Biya, maître des équilibres régionaux depuis quarante ans, ne peut pas ignorer.
«Plusieurs caciques rivalisent», note sobrement Jeune Afrique. Motaze en est un. Son réseau est réel, ses ambitions sont claires, et sa campagne discrète avance. Il reste à voir si Paul Biya, depuis sa clinique genevoise, en a entendu parler. Et s'il en pense ce que Motaze espère qu'il en pense.