Kribi : une famille pauvre refuse 80 millions FCFA et fait parler d'elle

Kribi Plage Beach L'argent ne vaut pas l'homme

Wed, 24 Jun 2026 Source: www.camerounweb.com

Ouverture du couvercle sur ce sujet qui alimente les débats. La multinationale Perenco propose une somme suite au décès d’un Camerounais sur ses plateformes pétrolières. La famille de la victime, qui n’a pas de grands moyens financiers, n’en est pas d’accord, les dissensions naissent ainsi, dévoile Boris Bertolt.

La mort tragique d’un employé de Perenco Cameroun sur une plateforme pétrolière au large de Kribi continue de susciter de vives interrogations sur le respect des normes de sécurité au sein du groupe pétrolier franco-britannique. Pascal N., agent de maîtrise employé par l’entreprise depuis une dizaine d’années, a trouvé la mort le 23 août 2025 après une chute dans une cuve de pétrole brut sur la plateforme de la Lobe.

Alors qu’il participait à une opération de maintenance dans une citerne d’environ 20 mètres de profondeur, la victime aurait perdu connaissance avant de tomber dans le réservoir rempli d’hydrocarbures. Son corps a été récupéré puis transporté à Douala, où son décès a été officiellement constaté.

Si l’employeur a initialement évoqué un malaise suivi d’un arrêt cardiorespiratoire, les conclusions des expertises médico-légales semblent privilégier une autre hypothèse. L’autopsie réalisée quelques jours après le drame a établi que la mort résultait des conséquences de la chute et de l’inhalation d’hydrocarbures. Une expertise ordonnée dans le cadre de l’enquête judiciaire estime quant à elle que l’agent aurait perdu connaissance après avoir inhalé des gaz toxiques présents dans la cuve.

Les investigations mettent en cause plusieurs défaillances présumées dans le dispositif de sécurité. Les experts évoquent notamment l’absence d’appareil respiratoire adapté, des insuffisances dans la détection des gaz ainsi que des manquements dans la surveillance des conditions atmosphériques à l’intérieur de la citerne. Les rapports consultés concluent à de graves insuffisances dans la gestion des risques liés aux interventions en espaces confinés.

Un expert technique mandaté dans le cadre de l’enquête relève également des anomalies dans la préparation des travaux. Selon ses conclusions, les opérations de vidange, de dégazage et de ventilation de la cuve n’auraient pas respecté les délais habituellement requis avant toute intervention humaine. Il évoque une possible précipitation dans l’exécution des travaux ainsi que des défaillances de supervision.

L’enquête a également été marquée par des tensions entre les experts et l’entreprise. La médecin légiste affirme ne pas avoir obtenu certains documents nécessaires à ses investigations et indique qu’il lui aurait été interdit de photographier les installations lors de sa visite sur le site. De son côté, l’expert technique affirme n’avoir pas eu accès à plusieurs témoignages clés.

Sur le plan judiciaire, Perenco a sollicité une contre-expertise des conclusions médico-légales et techniques. Une demande qui intervient alors qu’un bras de fer oppose désormais l’entreprise à la famille de la victime. Le groupe pétrolier aurait proposé une indemnisation d’environ 120 000 euros (près de 80 millions de francs CFA) en échange d’un abandon de toute poursuite liée au décès. Une offre jugée insuffisante par plusieurs proches du défunt.

Cette affaire ravive les préoccupations concernant la sécurité des opérations offshore du groupe en Afrique centrale. Ces dernières années, Perenco a déjà été confronté à plusieurs accidents graves, notamment l’incendie de la plateforme de Becuna au Gabon en mars 2024, qui avait causé la mort de six employés, ainsi qu’un accident mortel sur la plateforme de Tiko au Cameroun en 2020.

Alors que les enquêtes se poursuivent, les circonstances exactes du décès de Pascal N. restent au cœur d’un dossier qui pourrait relancer le débat sur les conditions de travail et la prévention des risques dans l’industrie pétrolière offshore au Cameroun.

S’agissant de plus de détails sur les conclusions des expertises qui mettent directement en cause Perenco, le lanceur d’alerte susmentionné a promis de revenir là-dessus prochainement.

Source: www.camerounweb.com