37 milliards de pertes en deux ans : les chiffres accablants qui expliquent la vente de Sosucam

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Wed, 24 Jun 2026 Source: www.camerounweb.com

Jeune Afrique révèle les dessous financiers de la cession de la Société sucrière du Cameroun. En deux ans, l'entreprise a accumulé 37 milliards de FCFA de pertes, une saignée qui a contraint ses actionnaires à une recapitalisation d'urgence. Pendant que les pertes s'accumulent, la production nationale ne couvre qu'un quart des besoins du pays, laissant le champ libre à une contrebande que ni l'État ni Castel n'ont réussi à éradiquer.

L'enquête exclusive de Jeune Afrique documente avec précision la dégradation des comptes de Sosucam . En 2023, l'entreprise a essuyé des pertes de 15 milliards de FCFA. En 2024, elles ont bondi à 22 milliards. Soit un total de 37 milliards de pertes en deux ans .

Ces chiffres accablants, révélés par Jeune Afrique, expliquent pourquoi Castel-Somdia a perdu confiance dans sa capacité à redresser l'entreprise. Une recapitalisation d'urgence de 34 milliards de FCFA (51,8 millions d'euros) a été injectée, de l'argent frais pour combler des pertes — sans garantie que le cycle ne se reproduise, souligne le magazine .

Pourtant, les chiffres de production ne sont pas catastrophiques en eux-mêmes : 86 000 tonnes de sucre produites en 2024 pour un chiffre d'affaires de 56,4 milliards de FCFA, note Jeune Afrique . Le problème est ailleurs : le marché camerounais consomme 400 000 tonnes par an. Sosucam n'en produit que 86 000 .

Le déficit de 314 000 tonnes est comblé par des importations, que Jeune Afrique qualifie de « encadrées par l'État mais donnant lieu à des flux illégaux ». Le magazine révèle que la contrebande du sucre est un cancer qui ronge la rentabilité de Sosucam depuis des années — et que ni l'État ni Castel n'ont réussi à éradiquer .

Un analyste cité par Jeune Afrique pose un diagnostic sans appel sur les causes profondes de cette débâcle : « C'est la conséquence d'un retard pris depuis près de deux décennies sur les investissements, tant dans l'extension des plantations que dans le renouvellement de l'outil de production, alors que la croissance de la population était visible » .

Le pays est passé de 15 millions à 30 millions d'habitants pendant que les plantations de canne à sucre stagnaient. Sosucam a bien investi 93 milliards de FCFA en 2019 dans un plan industriel, et un plan de relance a été adopté « il y a trois ans » avec l'objectif de 130 000 tonnes de production en 2027. Mais « les résultats ne sont pas au rendez-vous », constate sobrement Jeune Afrique .

Une nouvelle unité de production de sucre en morceaux a été mise en service en avril à Nkoteng pour 2,5 milliards de FCFA, rapporte Jeune Afrique. Mais trop peu, trop tard, face à un marché quatre fois supérieur à la capacité productive nationale .

Le magazine souligne l'obstacle que représente le rachat éventuel par l'État : « Sans que la solution de financement soit identifiée. » L'État qui vient de débourser 129 milliards pour racheter la Société Générale Cameroun, qui finance une Socadel renationalisée avec une dette de 500 milliards, et qui prépare un vice-président et un remaniement gouvernemental coûteux — a-t-il les moyens de nationaliser aussi Sosucam ? La réponse de Jeune Afrique est implicite : non. Mais l'appétit de contrôle, lui, est réel .

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