Dans l'enquête exclusive de Jeune Afrique sur le séjour médical de Paul Biya à Genève, il y a une révélation que la présidence a tout fait pour éteindre — mais que le journal publie malgré les démentis. «Plusieurs sources de Jeune Afrique, proches de la présidence, ont évoqué un étrange aller-retour du président en Russie et des examens médicaux complémentaires». Un voyage en Russie — «rapidement écourté» selon ces mêmes sources. Le cabinet civil de Paul Biya a «démenti cette information et assuré que Paul Biya ne faisait l'objet «d'aucune prise en charge particulière»». Jeune Afrique publie les deux — la révélation et le démenti — laissant au lecteur le soin de peser les sources.
La Russie dans l'équation médicale : pourquoi ce voyage serait significatif
Si cet aller-retour en Russie a bien eu lieu — même brièvement —, il dit quelque chose d'important sur l'architecture médicale qui entoure Paul Biya. La Suisse pour les soins traditionnels, l'InterContinental de Genève pour les habitudes — mais la Russie pour des «examens complémentaires». Dans un contexte où Jeune Afrique a documenté la montée en puissance des conseillers américains dans le dispositif sécuritaire et politique de Paul Biya — au point qu'ils ont déconseillé certains déplacements «pour des raisons d'image politique» —, un voyage en Russie par un président camerounais dont la protection est assurée par des spécialistes liés à la CIA et à l'Africom serait une information de première importance.
Moscou — qui a renforcé sa présence au Sahel via Wagner/Africa Corps après les coups d'État au Mali, au Burkina et au Niger — cherche à étendre son influence en Afrique centrale. Un contact médical russe avec Paul Biya serait un signal géopolitique que Washington ne pourrait pas ignorer. Ce qui expliquerait peut-être pourquoi le «voyage aurait été rapidement écourté» — et pourquoi le cabinet civil dément avec autant d'empressement.
«Aucune prise en charge particulière» : le démenti qui confirme les inquiétudes
La formule du démenti du cabinet civil, révélée par Jeune Afrique, mérite une lecture attentive. «Paul Biya ne fait l'objet «d'aucune prise en charge particulière»» — alors même que le journal avait révélé dans une précédente enquête qu'il est hospitalisé dans une «clinique privée de Genève», que «les médecins recommandaient une hospitalisation depuis plusieurs semaines», et qu'un «espace sécurisé par les services spécialisés de la présidence lui a été consacré» dans cette clinique.
Nier «toute prise en charge particulière» quand les propres sources de Jeune Afrique à la présidence documentent une hospitalisation, une opération du genou et un avion médicalisé qui a attendu cinq jours sur le tarmac de Nsimalen — c'est un démenti qui dit son propre contraire. Et Jeune Afrique, en publiant les deux versions, fait exactement ce que le journalisme d'investigation doit faire : révéler l'écart entre la communication officielle et la réalité documentée.
Paul Biya est en Suisse. Il est soigné. Et le Cameroun attend — le Vice-Président, le remaniement, le retour du président. Depuis Genève, où les décisions se prennent loin des yeux et des oreilles de ceux qu'elles concernent le plus.