Aujourd'hui, c'est Indira qui paie le prix de la rumeur
La saison n’est pas bonne pour les autorités de Yaoundé et les membres de leurs familles à l’extérieur du pays. Après la première dame Chantal Biya, agressée dans son hôtel à Genève en Suisse par des militants de la Brigade Anti-Sardinards (BAS), c’est au tour de la fille du Directeur adjoint du cabinet civil de la présidence de la République d’être la cible d’activistes proches de l’opposition. Étudiante en médecine installée aux Émirats arabes unis Indira Baboke a été agressée verbalement par des compatriotes à Dubaï en raison d'accusations diffusées sur les réseaux sociaux, selon lesquelles elle serait impliquée dans l'exploitation de ressources minières au Cameroun.
Une jeune Camerounaise, étudiante en médecine aux Émirats arabes unis, brutalement prise à partie en pleine rue pour des accusations qu'aucun de ses agresseurs n'a jamais pu prouver. Lorsqu'on accuse publiquement une personne sans la moindre preuve, lorsqu'on transforme des rumeurs en prétendues vérités et qu'on livre un nom à la vindicte populaire, il ne faut malheureusement pas s'étonner que certains passent ensuite des insultes sur les réseaux sociaux aux agressions dans la vie réelle. C'est ce qui est arrivé à Indira Baboke.
Après avoir soutenu, en juin 2025, sa thèse de médecine intitulée « Devenir et qualité de vie des patients opérés pour malformations vasculaires intracrâniennes à l'Hôpital Général de Yaoundé », la jeune médecin a choisi de poursuivre sa formation aux Émirats arabes unis afin de perfectionner ses compétences.
Mais ce séjour académique a viré au cauchemar.
Alors qu'elle attendait simplement un taxi à Dubaï, elle a été reconnue, insultée et verbalement agressée par un groupe de Camerounais.
Leur seul « motif » ? Avoir cru les accusations répétées depuis des mois par certains « lanceurs d'alerte », qui l'accusent, sans la moindre preuve, sans le moindre document officiel et sans le moindre élément, d'être détentrice de permis miniers et de participer au supposé « PILLAGE DE L'OR DU CAMEROUN ». Ces accusations, relayées à plusieurs reprises par certains « lanceurs d'alerte » sur les réseaux sociaux, n'ont jamais été étayées par le moindre fait concret.
Pourtant, jusqu'à ce jour, dans tous les documents officiels publié par le Ministère des Mines, de l'Industrie et du Développement Technologique, ou encore de la Société Nationale des Mines du Cameroun, le nom d'INDIRA n'apparaît nulle part.
Voilà où mènent les campagnes de diffamation lorsqu'elles sont relayées sans esprit critique.
À force de répéter un mensonge, certains finissent par le faire passer pour une vérité. Des accusations lancées sans vérification, répétées en boucle, finissent par s'ancrer comme des « vérités » dans l'esprit de ceux qui les consomment passivement. Le résultat ? Une jeune femme, qui a consacré ses études à sauver des vies comme en témoigne sa thèse sur les malformations vasculaires intracrâniennes agressée par certains de ses propres compatriotes, intoxiqués par une désinformation qu'ils n'ont jamais pris la peine de questionner.
L'agression subie par Indira est une alerte. Aujourd'hui, une jeune médecin est prise à partie à plus de 4 000 kilomètres de son pays à cause d'accusations jamais démontrées. Demain, qui sera la prochaine cible ?
Les réseaux sociaux ne peuvent pas devenir des tribunaux populaires où une publication tient lieu d'enquête, où une vidéo remplace une décision de justice et où une accusation sans preuve devient une condamnation.
Être lanceur d'alerte est une responsabilité immense. Cela exige des faits, des preuves et de la rigueur. À défaut, ce n'est plus de l'alerte citoyenne : c'est de la diffamation, avec des conséquences bien réelles sur la vie des personnes visées.
C'est là tout le danger des réseaux sociaux lorsqu'ils sont détournés de leur vocation première.
Ce qui est arrivé à Indira n'est pas un fait isolé. C'est le symptôme d'une époque où l'accusation précède la preuve, où la rumeur voyage plus vite que la vérité, et où des « lanceurs d'alerte » jouent avec la réputation et désormais la sécurité physique de citoyens innocents, en toute impunité.
Nous appelons chacun à faire preuve de responsabilité avant de partager ou de croire des accusations non étayées. Ceux qui ont colporté ces accusations sans fondement portent une responsabilité morale dans ce qui lui est arrivé.
Aujourd'hui, c'est Indira qui paie le prix de la rumeur. Demain, cela pourrait être n'importe qui.
Shance Lion