Coup d’État manqué : Une puissante lettre tombe sur la table de l’épouse d’Oswald Baboke

Crescence Baboké Lettre 'Le débat public attend des réponses sur des faits précis, pas sur votre capacité de travail'

Wed, 1 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

À la suite de sa récente prise de parole dénonçant les attaques répétées visant sa famille, la prêtresse Crescence Baboké, épouse du directeur adjoint du Cabinet civil de la Présidence de la République, fait l'objet d'une lettre ouverte particulièrement critique. Dans ce courrier, l'auteur estime que sa réponse repose davantage sur des références bibliques, des appels à la foi et une dénonciation de ses détracteurs que sur des éléments de preuve susceptibles de répondre aux accusations portées contre sa famille.

Bonjour madame Prêtesse Crescence Baboké, épouse de M. Oswald Baboke et mère d’Indira Baboke

Nous avons lu, hier, votre longue sortie publiée sur votre page Facebook officielle. Nous l'avons relue une seconde fois, tant elle est riche en références bibliques, en émotions, en indignation et en appels à la foi. Votre texte se présente comme une réponse à ceux qui vous accusent, votre epoux et votre famille depuis plusieurs mois. Vous affirmez être victime d'une campagne de diffamation. Vous invoquez la justice divine. Vous appelez vos proches à aimer leurs ennemis et à laisser Dieu combattre à leur place.

Votre message est bien construit. Il est capable de convaincre ceux qui vous soutiennent déjà. Mais convaincra-t-il ceux qui doutent encore ? C'est là que commencent les interrogations.

Dès les premières lignes, vous opposez les lois des hommes aux lois de Dieu. Cette opposition est séduisante sur le plan spirituel, mais elle pose un problème de fond. Car les accusations dont vous faites l'objet ne relèvent pas uniquement du domaine de la foi. Elles relèvent aussi du droit, de la transparence et de la responsabilité publique. En démocratie, la justice divine ne remplace pas la justice des hommes. Elle ne remplace pas davantage l'obligation d'apporter des preuves lorsque des accusations deviennent publiques.

Votre texte laisse d'ailleurs une impression étrange. Vous consacrez plusieurs paragraphes à dénoncer les auteurs des publications, mais très peu à démontrer, documents à l'appui, pourquoi chacune des accusations serait fausse. Vous affirmez que le décret est faux. Très bien. Où est l'expertise qui le démontre ? Vous affirmez que les immeubles de Dubaï sont imaginaires. Pourquoi ne pas produire simplement un document officiel attestant que vous ne détenez aucun bien dans cet État ? Vous affirmez que les terrains du restaurant Le Continent ou des stations-service ne vous appartiennent pas. Pourquoi ne pas publier les titres fonciers, les contrats de location ou les décisions administratives qui mettraient définitivement fin à la polémique ?

Vous demandez à vos accusateurs de produire des preuves. Cette exigence est légitime. Mais cette même exigence devrait également s'appliquer à votre défense. Dans une affaire publique, chacun porte la charge de convaincre.

Une autre contradiction saute aux yeux.

Vous affirmez que vos ennemis portent la tunique de Judas. Vous les comparez aux pharisiens. Vous évoquez des hiboux. Vous expliquez que des démons les manipulent. Puis, quelques lignes plus loin, vous invitez vos lecteurs à appliquer Matthieu 5, versets 43 et 44, qui commandent d'aimer ses ennemis et de prier pour ceux qui persécutent.

Comment demander aux fidèles de vivre l'amour du prochain tout en présentant les contradicteurs sous les traits de Judas, symbole universel de la trahison ? Comment appeler au pardon après avoir diabolisé ceux qui pensent autrement ? Le lecteur peine à concilier ces deux discours.

Autre point qui suscite l'incompréhension

Vous affirmez travailler énormément. Vous dites employer des centaines de Camerounais. Vous payez des impôts. Vous remboursez d'importants crédits bancaires. Personne ne contestera qu'il s'agit là d'éléments qui témoignent d'une réussite entrepreneuriale. Mais depuis quand la réussite économique devient-elle une preuve d'innocence ? L'histoire économique mondiale est remplie de grands chefs d'entreprise honnêtes, comme de grands chefs d'entreprise condamnés. La réussite ne blanchit pas automatiquement. L'échec ne condamne pas automatiquement non plus.

Votre argumentation glisse ainsi d'une question juridique vers une question morale. Pourtant, le débat public attend des réponses sur des faits précis, pas sur votre capacité de travail.

Votre texte contient également une formule qui mérite réflexion. Vous écrivez que, demain, on dira peut-être que vous vendez des places pour le paradis. Cette phrase cherche à ridiculiser vos accusateurs. Mais elle comporte un risque. Lorsqu'une personne répond à des accusations graves par l'ironie, elle donne parfois le sentiment de vouloir déplacer le débat plutôt que de l'affronter.

Votre discours semble aussi enfermer toute critique dans une logique de persécution. Celui qui vous critique devient automatiquement un haineux, un pharisien, un Judas ou un instrument du diable. Pourtant, toute critique n'est pas forcément de la haine. Toute enquête n'est pas forcément un complot. Toute interrogation n'est pas une persécution.

Dans une République, le doute est permis. La contradiction est légitime. Le journalisme consiste précisément à poser des questions, même lorsqu'elles dérangent.

Une autre incongruité mérite d'être relevée.

Vous affirmez que les véritables propriétaires de certains biens ont présenté leurs titres fonciers et leurs contrats de location. Si tel est effectivement le cas, pourquoi ces documents ne figurent-ils pas dans votre communication ? Pourquoi demander au public de croire sur parole ce qui pourrait être démontré en quelques pages ? À l'ère du numérique, la transparence est souvent plus efficace que les longues professions de foi.

Votre texte repose finalement sur une stratégie bien connue. Il oppose deux camps. D'un côté, les croyants, les travailleurs, les personnes honnêtes. De l'autre, les haineux, les jaloux, les démons et les manipulateurs. Cette stratégie renforce les convictions de vos soutiens. En revanche, elle convainc beaucoup moins ceux qui recherchent simplement des réponses précises.

Le Cameroun traverse une période où les réseaux sociaux fabriquent parfois des coupables sans jugement. C'est un danger réel. Mais l'excès inverse existe aussi. Il consiste à répondre aux interrogations légitimes uniquement par des versets bibliques, des témoignages de foi ou des appels à la justice divine.

La foi est une affaire personnelle. Les accusations publiques sont une affaire de faits.

Vous concluez que Dieu protégera toujours ses acteurs. Personne ne contestera la force de cette espérance. Mais l'histoire nous enseigne également que Dieu n'a jamais interdit aux hommes de produire des preuves, d'éclairer les zones d'ombre et de répondre avec précision aux interrogations qui agitent la cité.

Votre message est puissant sur le plan spirituel. Il est beaucoup moins solide sur le terrain de la démonstration.

Entre la foi et les faits, le citoyen attend autre chose qu'un acte de croyance. Il attend des réponses. Des réponses documentées. Des réponses vérifiables. Des réponses qui résistent au temps.

Car, en définitive, ce n'est ni la ferveur d'un discours ni la beauté d'une citation biblique qui feront taire les soupçons. Seule la force des faits y parviendra.

BBlaise Etongtek

Source: www.camerounweb.com