Jeune Afrique révèle le scandale de l'or : 44 tonnes produites en 5 ans, 148 kg déclarés — le Cameroun se vide de son or vers Dubaï

Oswald Baboke Chantal Biya Image illustrative

Wed, 1 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Il y a des chiffres qui résument à eux seuls l'état d'un pays. Ceux que Jeune Afrique révèle en exclusivité ce 30 juin 2026 sur l'or camerounais appartiennent à cette catégorie — et ils sont stupéfiants. Entre 2021 et 2025, le Cameroun a produit 44 tonnes d'or. Sur ces 44 tonnes, les exportations officiellement déclarées représentent 148 kilogrammes. L'écart entre ce qui sort du sol camerounais et ce qui entre dans les statistiques officielles : 43 852 kilogrammes d'or — soit 99,7% de la production totale — partis sans laisser de trace dans les registres officiels. Partis vers Dubaï, selon les données de l'ITIE que Jeune Afrique cite comme source de cette révélation explosive.

Jeune Afrique documente l'ampleur du phénomène année par année. Pour la seule année 2023, le Cameroun n'a officiellement déclaré que 22 kilogrammes d'or exportés. Pendant ce temps, «près de 15 tonnes d'or d'origine camerounaise auraient été enregistrées la même année sur le marché de Dubaï». Quinze mille kilogrammes à Dubaï. Vingt-deux kilogrammes dans les registres camerounais. La dissimulation est presque totale — à 99,85%.

Cette réalité dit plusieurs choses. D'abord, que l'or camerounais — extrait principalement dans l'Est du pays, où Jeune Afrique avait documenté la présence de la Chinoise Wang Xiaoping et de Meng Cheng Mining dans le réseau de Ferdinand Ngoh Ngoh — ne transite pas par les circuits officiels d'exportation. Il sort du pays par des voies informelles ou clandestines, arrive à Dubaï où le marché de l'or non tracé est l'un des plus actifs du monde, et disparaît dans les circuits de l'économie mondiale sans que l'État camerounais n'en perçoive un centime de taxe ou de redevance.

Face à ces écarts documentés par l'ITIE, Paul Biya — depuis sa clinique genevoise — a ordonné l'ouverture d'investigations. Selon Jeune Afrique, cette enquête «doit déterminer s'il existe bien une exploitation aurifère illégale, et examiner les conditions d'attribution des permis miniers ainsi que les réseaux d'exportation». Deux axes : les permis (qui a autorisé qui à exploiter quoi, et dans quelles conditions ?) et les réseaux (par où l'or sort-il du pays, et qui en bénéficie ?).

L'enquête sur les permis miniers est politiquement sensible. Jeune Afrique avait précédemment révélé, dans son enquête sur le réseau Ngoh Ngoh, que le Secrétaire Général de la Présidence entretenait des liens avec Wang Xiaoping — «richissime et controversée femme d'affaires chinoise dont l'entreprise Meng Cheng Mining est spécialisée dans l'exploitation de l'or dans l'Est». Si les enquêteurs du TCS suivent le fil de ces permis jusqu'à leurs bénéficiaires réels — en passant par les sociétés écrans et les intermédiaires de Dubaï —, ils risquent de remonter à des niveaux de l'appareil d'État que personne ne souhaitait voir exposés publiquement.

Jeune Afrique révèle que la convocation d'Oswald Baboké et de sa fille Indira Baboké au TCS dans le cadre de cette enquête aurifère ne sera pas la dernière. «D'autres personnalités, y compris des proches de la famille présidentielle, seront aussi entendues», confirme une source citée par le journal. L'enquête sur l'or camerounais remonte donc jusqu'au cercle le plus intime du pouvoir. Et dans un pays où 43 852 kg d'or ont disparu des statistiques officielles en cinq ans pendant que ses dirigeants négociaient la création d'une Vice-Présidence à Genève — cette enquête arrive peut-être trop tard pour réparer les dommages. Mais elle arrive.

Source: www.camerounweb.com