Affaire Martinez Zogo : Les grandes vacances de tous les dangers pour Amougou Belinga

Amougou Belinga Jp 'La libération de Jean Pierre Amougou Belinga serait un acte de courage institutionnel'

Fri, 3 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Le maintien en détention de Jean Pierre Amougou Belinga, malgré un affaiblissement des accusations à son encontre, risque d'accentuer les tensions politiques et de fragiliser la confiance dans la justice camerounaise.

Il existe des moments où les nations entrent dans une zone de densité telle que le réel semble se plier sous son propre poids. Le Cameroun aborde l’une de ces saisons : une période où les grandes vacances ne sont plus un temps de repos, mais un temps de vulnérabilité, un moment où l’histoire hésite, vacille, se trouble. Beaucoup me demanderont le parallèle que je fais entre une saison et une période, le lien réside dans les ponts que nous construisons.

Voilà au centre de cette tension se trouve un homme : Jean Pierre Amougou Belinga, toujours incarcéré à la prison centrale de Kondengui, en pleine terre Mvog Belinga, alors même que les témoignages qui s’accumulent semblent l’éloigner des charges initiales.

Ce maintien en détention, malgré l’affaiblissement apparent du dossier, évoque pour beaucoup le long procès de Laurent Gbagbo à La Haye : une procédure qui, à force de durer, devient elle même un paysage politique. Engelberg Mveng aurait parlé ici d’un « nœud de turbulences », un point où se croisent les flux de la peur, du pouvoir, de la rumeur et de la justice.

Arendt y verrait une crise de l’autorité, ce moment où les institutions ne parviennent plus à produire de la confiance.

Jean Marc Ela étranger à ce type de comédie judiciaire analyserait la situation comme un « dispositif » : un ensemble de pratiques, de discours, de décisions qui, mis bout à bout, produisent un effet de pouvoir.

Sartre rappellerait que le silence, lorsqu’il dure, devient une forme de choix — et que l’inaction peut être une action. Dans cette atmosphère, les signaux politiques troublent davantage encore la sérénité nécessaire à la justice : entre vrai faux vice président muni de vrais cachets, et faux vrai vice président muni de faux cachets, entre décisions annoncées puis rétractées, entre gestes qui semblent dire tout et leur contraire. Le meurtre de Martinez Zogo — enlèvement, torture, exécution — s’inscrit dans une longue litanie de violences qui ont marqué notre histoire récente : le Professeur Joseph Ngoué, le Professeur Bernard Nnanga, Maître Toussaint Ngongo Ottou, Dikoum Minyem, le Père Engelbert Mveng, la famille Mpondo, les Abbés Materne Bikoa, Jean Kounou, Joseph Mbassi, Mgr Yves Plumey,

Mgr Jean Marie Benoît Bala…

La liste est longue comme la Sanaga, le plus long fleuve qui traverse le pays, et beaucoup oublient qu'il l'arrose aussi et que chaque nom prononcé ici est une blessure ouverte. La machine à assassiner n’a jamais épargné : ni femme, ni homme, ni enfant.

Les 256 ethnies du Cameroun ont toutes, à un moment ou à un autre, payé tribut à cette mécanique de l’ombre.

Dans ce contexte, maintenir Jean Pierre Amougou Belinga en prison malgré l’affaiblissement des charges, c’est prendre le risque d’ajouter une tension supplémentaire à un pays qui n’en a plus la capacité.

C’est laisser s’installer l’idée que la justice pourrait devenir un instrument de gestion politique.

C’est préparer, peut être malgré soi, ce que beaucoup redoutent.

Les philosophes nous offrent ici des repères. Platon nous rappelle que « ἡ δίκη ἐστὶν ἀρετή » — la justice est une vertu.

Et la vertu, dit il, n’est jamais compatible avec la peur. Plotin enseigne que « Omne verum a Deo est » — toute vérité vient de Dieu.

Si la vérité se dégage des témoignages, elle doit être suivie, même lorsque le contexte politique tremble. Averroès, dans son commentaire d’Aristote, affirme : « Veritas non timet investigationem » — la vérité ne craint pas l’enquête. Et si l’enquête ne confirme pas les charges, la vérité exige la libération. Enfin, la sagesse latine nous avertit :

« Fiat iustitia, ruat caelum » — que justice soit faite, même si le ciel doit tomber.

Car la justice n’est jamais aussi fragile que lorsqu’elle hésite. Arendt nous rappelle que la justice doit être visible pour être crédible.

Foucault nous enseigne que le pouvoir devient dangereux lorsqu’il se déguise en procédure.

Basile-Juléat Fouda nous avertit que la liberté est menacée lorsque l’on s’habitue à l’inacceptable. Michel Serres murmure que les sociétés, comme les fleuves, changent de cours si l’on déplace un seul rocher.

Il est temps de le dire haut, avec la force de ceux qui ont vu trop d’atrocités pour se taire : la justice doit libérer ce qu’elle ne peut plus retenir. Non par faveur, non par pression, mais par fidélité à elle même. Le Cameroun ne sera pas sauvé par la peur, ni par la ruse, ni par la dissimulation.

Il sera sauvé — comme Sodome et Gomorrhe — s’il s’y trouve un seul juste.

Et ce juste, aujourd’hui, pourrait être une institution qui décide de se tenir debout. Il est temps pour les Camerounais d’entrer dans un aggiornamento, une mise à jour morale, une révision intérieure. Il est temps de léguer à la postérité un pays, et non un champ de ruines.

Il est temps de rompre avec la logique de la peur pour renouer avec la logique de la justice. La libération de Jean Pierre Amougou Belinga serait un acte de courage institutionnel.

Un acte de vérité.

Un acte de paix. Et peut être, un acte fondateur.

Prince FOUDA MENYU M’EWONDO

Source: www.camerounweb.com