Assemblée nationale : Jeune Afrique révèle le réseau de clientélisme de l'ère Cavayé qui a infecté l'institution

Cavaye Niat Et Biya Image illustrative

Wed, 8 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Pour comprendre pourquoi la nomination de la fille de Théodore Datouo à son cabinet déclenche une telle émotion, il faut comprendre ce qu'elle évoque — l'héritage de Cavayé Yéguié Djibril, mort en mai 2026, qui avait transformé l'Assemblée nationale camerounaise en fief familial pendant 34 ans. C'est cet héritage que Jeune Afrique documente en exclusivité dans son enquête du 4 juillet — révélant les détails d'un système de clientélisme si profondément enraciné que même le réformateur censé l'éradiquer semble en reproduire les logiques.

Le courrier de Touda Kla à Paul Biya : le réseau Cavayé documenté en 2023

Jeune Afrique révèle l'existence d'un document qui, à lui seul, dit tout sur ce que Datouo avait hérité en arrivant au perchoir. En septembre 2023, l'homme politique Touda Kla avait adressé à Paul Biya un courrier dans lequel il «démontrait comment les proches de Cavayé Yéguié Djibril avaient installé un réseau de clientélisme à travers le recrutement massif de membres de sa famille et de personnes originaires de Mada, son fief».

Jeune Afrique détaille les noms cités dans ce document — une liste qui dit l'ampleur de la captation familiale de l'institution. Abdoulaye Daouda — «beau-fils» — comme ancien Secrétaire Général Adjoint. Boukar Abdourahim — «gendre et neveu» — comme ancien directeur de cabinet. Ali Bappa Yéguié — «fils» — comme ancien conseiller spécial. Et «une soixantaine d'employés originaires du village de l'ancien président de l'hémicycle». Trois membres de la famille directe aux postes les plus stratégiques de l'administration de l'Assemblée. Soixante agents du même village natal. Un système de captation institutionnelle qui, pendant 34 ans, avait transformé le Palais de Verre en annexe du fief de l'Extrême-Nord.

Datouo avait tout vu — et avait tout promis de changer

Ce que Jeune Afrique souligne avec une précision historique importante, c'est que Datouo connaissait ce système avant d'en prendre la tête. En révélant que «150 agents fictifs» avaient été identifiés dont «97 dans le cabinet de Cavayé», que des salaires avaient été versés pendant «quatre ans» à des agents dont certains ne se présentaient jamais, et que la trésorerie avait été «plombée de près de 10 milliards de FCFA», Datouo avait dressé lui-même l'acte d'accusation de son prédécesseur. Il avait vu. Il avait dit. Il avait promis de faire différemment.

«L'élu des Hauts-Plateaux, homme d'affaires dans le privé avant d'entrer en politique, a semblé vouloir mettre fin à ces mauvaises pratiques», note Jeune Afrique. Le mot «semblé» est lourd. Il dit que les apparences avaient été maintenues — jusqu'à ce que la nomination de sa fille révèle que la logique du système, plus forte que la volonté d'un homme, avait peut-être repris ses droits.

Jeune Afrique révèle enfin le contexte institutionnel dans lequel cette polémique éclate — et il est particulièrement embarrassant pour Datouo. L'Assemblée nationale «s'apprête à vivre une plénière cruciale avec l'examen du document de programmation économique et budgétaire pour la période 2027-2029». Une plénière sur le budget et la programmation économique à moyen terme — le document qui fixera les orientations financières du Cameroun pour trois ans. Un moment où la crédibilité du président de l'Assemblée est indispensable pour peser face à l'exécutif et défendre les intérêts des citoyens.

Datouo entre dans cette plénière cruciale affaibli par une polémique de sa propre fabrication. Ni lui ni sa fille n'ont «officiellement réagi» selon Jeune Afrique — un silence qui, dans ce contexte, ressemble davantage à de la prudence qu'à de l'assurance. La question que le journal laisse ouverte est celle que les parlementaires camerounais commencent à murmurer : peut-on réformer une institution tout en en reproduisant les logiques ? Et si la réponse est non, à quoi sert le réformateur ?

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