Jeune Afrique révèle comment Datouo a sapé en un seul acte six mois de réformes saluées — la fille au cabinet et l'image brisée

Datouo Theodore Pan Image illustrative

Wed, 8 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Il avait tout pour réussir. Arrivé à la tête de l'Assemblée nationale en mars 2026 dans des circonstances que Jeune Afrique avait qualifiées de surprenantes — inconnu du grand public, propulsé au perchoir avec le soutien de Chantal Biya —, Théodore Datouo avait immédiatement défié toutes les attentes. En quelques semaines, il avait viré 300 agents fictifs, ramené les voitures disparues du parc automobile, fait remonter en flèche le taux d'assiduité des employés et lancé un audit qui avait révélé des années de dérives sous l'ère Cavayé Yéguié Djibril. Une réputation de réformateur construite en cent jours. Et détruite — ou du moins sérieusement fissurée — par une seule décision : nommer sa propre fille dans son cabinet. Jeune Afrique, dans son enquête exclusive du 4 juillet 2026, documente l'ampleur des dégâts.

Jeune Afrique rappelle méticuleusement le bilan que Datouo avait construit depuis mars — et dont le journal lui-même s'était fait l'écho dans une précédente enquête. «Près de 300 agents qui ne disposaient d'aucun statut ont été congédiés afin de réduire la masse salariale de l'Assemblée». «Le taux d'assiduité des employés est remonté en flèche». «Les voitures du parc automobile devenues introuvables ont été ramenées à bon port». Un triptyque de réformes concrètes, visibles, mesurables — qui avaient donné à l'opinion camerounaise l'espoir rare de voir une institution publique véritablement assainie.

Et puis Marlène Audrey Datouo Leussi, 29 ans, fille du président de l'Assemblée nationale, nommée chargée de mission au sein de son cabinet. L'acte le plus simple du nepotisme institutionnel — placer sa propre fille dans sa propre structure —, commis par l'homme qui avait précisément fondé sa légitimité sur la lutte contre ce type de pratique. «Une même question agite désormais la plupart des observateurs», note Jeune Afrique avec sobriété : «Les pratiques de l'ère Cavayé Yéguié Djibril sont-elles de retour au sein de l'hémicycle ?»

La défense de l'entourage : diplômée de l'ENAM et déjà en poste sous Cavayé

L'entourage de Datouo a tenté une défense que Jeune Afrique rapporte sans en cacher les limites. «Marlène Audrey Datouo Leussi, 29 ans, est une administratrice d'assemblée diplômée de l'École Nationale d'Administration et de Magistrature (ENAM) et elle avait été initialement recrutée à la chambre basse du Parlement sous Cavayé Yéguié Djibril». Deux arguments : la compétence académique — une diplômée de l'ENAM — et la continuité — elle était déjà là avant son père. Des arguments techniquement valables. Mais politiquement insuffisants.

Car dans l'Assemblée nationale camerounaise où Jeune Afrique avait documenté l'existence de «150 agents fictifs» et de fonctionnaires recrutés sur faux diplômes, être diplômée de l'ENAM est une condition nécessaire mais pas suffisante pour justifier une promotion dans le cabinet du président qui est votre père. La question n'est pas de savoir si Marlène Datouo est compétente. C'est de savoir si son père était la bonne personne pour signer son arrêté de nomination au cabinet présidentiel de l'Assemblée.

Jeune Afrique pose enfin la question structurelle que cette affaire soulève : pourquoi cette polémique enfle-t-elle, si «ce type de conflit d'intérêts est rarement sanctionné au Cameroun» ? La réponse est dans la biographie politique de Datouo. Il n'est pas un héritier du système qui aurait toujours pratiqué le nepotisme — il s'est présenté comme son fossoyeur. Et c'est précisément cette posture réformatrice qui rend cette nomination insupportable. On ne reproche pas à un système corrompu de l'être. On reproche à un réformateur de se corrompre.

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