Redhac : comment Yaoundé a tenté d'étouffer la plus influente organisation de défense des droits en Afrique centrale

Alice Nkom Amnesty Image illustrative

Thu, 9 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Financement illicite, scellés, fermeture forcée : Jeune Afrique reconstitue la mécanique d'une mise à mort institutionnelle qui a échoué — et ses conséquences pour toute la société civile camerounaise.

Douala — Décembre 2024. Des agents mandatés par le ministère de l'Administration territoriale se présentent aux bureaux du Redhac à Douala et posent des scellés sur les portes. La mesure, ordonnée par Paul Atanga Nji, ministre en charge du dossier, intervient après une suspension des activités de l'association au motif d'un supposé « financement illicite » — accusation que le Redhac a constamment niée. Pour Jeune Afrique, qui a enquêté en profondeur sur cette affaire, c'est le début d'une séquence révélatrice des méthodes employées par l'État camerounais contre une société civile jugée trop encombrante.

L'accusation de financement illicite : un classique du répertoire répressif

L'argument du « financement illicite » n'est pas nouveau dans le répertoire des gouvernements africains confrontés à des organisations de défense des droits humains actives et visibles. Il présente un avantage décisif : il n'exige pas de prouver que l'organisation a commis un acte répréhensible sur le fond, mais seulement d'insinuer une irrégularité formelle dans ses flux financiers — souvent liés à des bailleurs internationaux, ONG étrangères ou agences onusiennes. Le Redhac, qui travaille depuis des années sur les droits des populations vulnérables en Afrique centrale, reçoit effectivement des financements extérieurs. Mais ses responsables maintiennent, preuves à l'appui selon eux, que ces financements sont parfaitement légaux et déclarés.

Selon les informations recueillies par Jeune Afrique, aucune procédure contentieuse régulière n'avait été ouverte avant la fermeture des bureaux. Aucune autorisation judiciaire n'avait été accordée pour apposer des scellés. C'est précisément ce vide procédural qu'Alice Nkom a choisi de mettre en lumière de la manière la plus spectaculaire qui soit : en brisant elle-même les scellés, publiquement, en assumant l'acte devant les caméras.

« Un acte sans base légale n'est pas un acte d'autorité : c'est une voie de fait », avait déclaré Alice Nkom sur les réseaux sociaux après le bris de scellés, selon les révélations de Jeune Afrique. La formule est celle d'une juriste rompue au droit administratif, pas d'une activiste en colère. Elle pose la vraie question : peut-on sceller les bureaux d'une organisation sans mandat judiciaire ? La réponse du droit camerounais est non — et c'est sur ce terrain-là qu'Alice Nkom entend mener le combat.

Ce choix tactique est lourd de sens. En se constituant elle-même en accusée, l'avocate a contraint l'État à entrer dans un prétoire et à y défendre la légalité de ses propres actes. Onze audiences plus tard, le ministère public n'a toujours pas présenté ses réquisitions. Le report au 7 septembre 2026 — révélé par Jeune Afrique — illustre l'inconfort d'une accusation qui peine à construire un argumentaire juridiquement solide face à une défense expérimentée.

Au-delà du cas Redhac, c'est l'ensemble de la société civile camerounaise qui observe ce procès avec anxiété. Si une organisation aussi établie, aussi visible, aussi connectée internationalement que le Redhac peut être fermée par décret administratif sans procédure judiciaire préalable, quelle organisation peut se considérer à l'abri ? C'est la question que posent, en privé, de nombreux acteurs du secteur associatif camerounais interrogés dans le cadre de l'enquête de Jeune Afrique.

L'affaire envoie un signal clair aux bailleurs internationaux également. Financer la société civile camerounaise, c'est désormais s'exposer à voir ses partenaires locaux accusés de « financement illicite ». Plusieurs diplomates en poste à Yaoundé suivent le dossier de près, conscients que le verdict — quel qu'il soit — créera un précédent.

La prochaine audience, fixée au 7 septembre 2026 pour les réquisitions du parquet, sera décisive. Soit le ministère public durcit le ton et s'engage dans une voie de condamnation aux risques diplomatiques élevés. Soit il choisit le retrait ou la relaxe, au prix d'un aveu implicite de la fragilité juridique du dossier. Dans les deux cas, comme le souligne Jeune Afrique, Yaoundé aura du mal à sortir indemne de cette affaire.

Le Redhac, lui, continue d'exister. Ses responsables n'ont pas renoncé. Et Alice Nkom, octogénaire infatigable, continue de plaider — devant les juges comme devant l'opinion publique internationale.

Source: www.camerounweb.com