Une perte fiscale potentielle de 165 milliards de FCFA : c'est le chiffre vertigineux contenu dans une correspondance officielle du Ministère des Mines adressée au ministre des Finances le 9 avril 2026, révélée en exclusivité. Le document met en lumière un écart spectaculaire entre les statistiques camerounaises et internationales : alors que la Direction générale des Douanes du Cameroun n'a déclaré que 22,3 kilogrammes d'or exportés en 2023, les statistiques internationales font état de 15,2 tonnes d'or exportées vers les Émirats arabes unis. Un différentiel qui laisse supposer qu'une quantité considérable d'or a quitté le territoire sans être déclarée aux autorités fiscales. Le ministère demande une coopération avec les autorités douanières émiraties pour identifier les responsables de ces exportations présumées non déclarées. Un dossier qui ravive les interrogations sur la gouvernance du secteur aurifère camerounais, alors que les autorités multiplient les mesures d'assainissement – y compris le retrait de plusieurs permis de recherche d'or.
Exclusif… VOICI LA LETTRE DU GOUVERNEMENT QUI A DÉCLENCHÉ L’ENQUÊTE SUR LE TRAFIC D’OR QUI A ENTRAINÉ UNE PERTE FISCALE DE 165 MILLIARDS FCFA
C’est document officiel émanant du Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (MINMIDT) relance le débat sur la gouvernance du secteur aurifère camerounais. Dans une correspondance datée du 9 avril 2026 et adressée au ministre des Finances, le département ministériel évoque une perte fiscale potentielle de 165 milliards de FCFA, liée à des exportations présumées d’or en contrebande.
Cette révélation intervient dans un contexte où les autorités multiplient les mesures visant à assainir le secteur minier. Ces derniers jours, plusieurs permis de recherche d’or ont d’ailleurs été retirés pour non-respect des dispositions du Code minier, illustrant la volonté affichée du gouvernement de mieux encadrer l’exploitation des ressources minières.
Un écart spectaculaire entre les statistiques camerounaises et internationales
Au cœur du document figure une divergence particulièrement importante entre les chiffres officiels camerounais et les données internationales.
Selon le courrier, le rapport ITIE 2023 fait apparaître que la Direction générale des Douanes du Cameroun n’aurait déclaré que 22,3 kilogrammes d’or exportés, alors que les statistiques internationales feraient état de 15,2 tonnes d’or exportées vers les Émirats arabes unis.
Un tel différentiel laisserait supposer qu’une quantité considérable d’or produite au Cameroun aurait quitté le territoire sans être correctement déclarée aux autorités fiscales nationales.
Le ministère estime que cette situation pourrait représenter une perte fiscale potentielle évaluée à environ 165 milliards de FCFA.
Une étude de l’Union européenne évoquée
Le document précise également qu’une étude commandée par l’Union européenne en 2023, dans le cadre de l’évaluation de l’Accord de partenariat économique (APE), confirmerait l’existence de cette problématique.
Cette référence tend à montrer que les interrogations sur les circuits d’exportation de l’or camerounais ne reposeraient pas uniquement sur des données administratives nationales, mais également sur des analyses externes.
Le poids de l’exploitation artisanale
Le courrier apporte par ailleurs plusieurs précisions sur la production nationale.
Selon le ministère, la production déclarée de l’exploitation artisanale semi-mécanisée s’élèverait à 960 kilogrammes d’or, dont :
* 276 kg prélevés en nature ;
* 240 kg au titre de l’impôt synthétique minier libératoire ;
* 36 kg au titre des droits de sortie ;
* 684 kg effectivement exportés.
Au total, les exportations officiellement retracées atteindraient 706,3 kilogrammes, un chiffre très éloigné des 15,2 tonnes mentionnées dans les statistiques internationales.
Les Émirats arabes unis au cœur des investigations
Face à cette situation, le ministère des Mines demande au ministre des Finances d’engager une coopération avec les autorités douanières des Émirats arabes unis.
L’objectif serait d’obtenir, dans le cadre des mécanismes internationaux d’échange de renseignements, la liste des personnes ayant déclaré des exportations d’or du Cameroun vers les Émirats arabes unis.
Une telle démarche viserait à identifier les éventuelles responsabilités dans les exportations présumées non déclarées.
Un dossier qui ravive les interrogations sur la gouvernance du secteur aurifère
Depuis plusieurs années, le secteur de l’or fait régulièrement l’objet de critiques concernant :
* les exportations clandestines ;
* l’exploitation illégale de certains sites miniers ;
* l’utilisation contestée de permis de recherche pour mener des activités d’exploitation ;
* les pertes importantes de recettes fiscales pour l’État.
La publication récente des retraits de plusieurs permis de recherche s’inscrit dans cette dynamique d’assainissement. Toutefois, le document ministériel suggère que les défis dépassent la seule délivrance des titres miniers et concernent également la traçabilité des exportations.