Guerre entre la franc-maçonnerie et la Rose-Croix : Le cri de détresse d’un prêtre Camerounais

Franc Maçonnerie Cameroun Le Cameroun de Biya noyauté par les sociétés secrètes

Fri, 10 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Les sociétés secrètes exercent une influence importante sur les nominations et les décisions au sein de l'État camerounais. L'appartenance à des cercles initiatiques primerait souvent sur le mérite dans l'accès aux hautes fonctions.

Au cœur de l'appareil étatique camerounais, un réseau invisible mais puissant tire les ficelles du pouvoir. Selon le professeur de sciences politiques Magellan Omballa, « que ce soit dans l'administration, la haute fonction publique, la politique, l'Université, 95 % des nominations se font en tenant compte de l'appartenance à une secte ». Cette affirmation dévoile une réalité qui dépasse largement les simples rumeurs : l'influence prégnante des sociétés secrètes dans la gestion du pays.

Un exemple frappant est celui du professeur lui-même, qui s'est vu proposer l'entrée dans un ordre ésotérique par un ministre, son ancien conseiller. Refusant cette offre, il raconte : « Il m'a dit : « Tu n'es pas des nôtres, il faut nous rejoindre ». J'ai refusé. Le ministre m'a alors déclaré clairement que ma promotion serait bloquée. » Ce témoignage illustre comment ces sociétés secrètes imposent leur loi, créant un système d'exclusion fondé sur l'appartenance plutôt que sur le mérite ou la compétence.

Parmi ces ordres, certaines vénus d'Europe occupent une place de choix. L'« Ancien et mystique ordre de la Rose-Croix », par exemple, revendique des origines millénaires remontant aux écoles de Mystères de l'Ancienne Égypte et se présente comme dépositaire d'un savoir ésotérique exceptionnel. Les plus hautes sphères du pouvoir au Cameroun seraient souvent liées à cet ordre : ministres, généraux, directeurs de sociétés parapubliques. « La Rose-Croix a été très puissante au Cameroun, puis a connu une éclipse au profit de la franc-maçonnerie, mais elle semble revenir en force », confirme Magellan Omballa.

La franc-maçonnerie quant à elle, qui a longtemps dominé la scène, connaît aujourd'hui des tensions internes majeures. À l'approche de l'élection présidentielle, le projet de création d'une obédience nationale, le Grand Orient du Cameroun, porté par des personnalités politiques et économiques influentes, cristallise rivalités et fractures. Cette initiative vise à redynamiser la franc-maçonnerie locale, en offrant un espace de dialogue transcendant les clivages politiques. Cependant, cette volonté de renouveau divise : certains dénoncent une dissidence déguisée, tandis que d'autres se battent pour préserver leurs positions acquises.

L'allumage récent de la loge « Lumière du Cameroun » à Douala, présenté comme un événement historique marquant la renaissance d'une tradition initiatique oubliée, illustre cette dynamique. Ce geste symbolique convoque des figures historiques telles que Félix Eboué ou Blaise Diagne, faisant de cette renaissance à la fois un acte de mémoire et un levier stratégique. Derrière cet élan, des acteurs influents comme Olivier Behle, ancien président du Gicam, ainsi que Hervé Emmanuel Nkom, banquier, et Théodore Elessa, avocat, affirment vouloir ouvrir une nouvelle ère. Mais la controverse persiste, alimentée notamment par des exclusions et des rivalités doctrinales, comme celle liée à la création en 2017 de la Grande Loge du Cameroun, perçue comme une rupture féminine inacceptable dans un univers traditionnellement masculin.

Dans ce contexte, l'Église catholique ne reste pas silencieuse. Le père Sébastien Mongo, porte-parole de l'archevêché, témoigne de la souffrance des fidèles confrontés à ces pressions : « Les prêtres reçoivent souvent des fidèles qui leur confient leur douleur de devoir entrer dans une secte pour obtenir un travail. Certains demandent à l'Église une sorte d'autorisation. » Face à cette demande, l'Église rappelle fermement son rejet de ces pratiques occultes. Elle dénonce la tentation de la richesse et de l'influence promise par ces sociétés secrètes, qui deviennent un passage obligé dans un système où le mérite est souvent occulté.

Le goût africain pour le mystère et la magie ne suffit pas à expliquer cette prolifération. Comme le souligne Fanny Pigeaud dans Au Cameroun de Paul Biya, « l'impossibilité de se fier à son mérite et à ses compétences pour avoir un poste de responsabilité, ou tout simplement pour « réussir » socialement, obliger à imaginer d'autres voies et logiques ». Ces logiques parallèles, convergentes vers les sociétés secrètes, façonnent un paysage politique et social opaque où se mêlent enjeux de pouvoir, croyances ésotériques et luttes intestinales.

Ainsi, le Cameroun de Paul Biya semble être un État où le visible ne reflète qu'en partie la réalité du pouvoir, dominé dans l'ombre par des cercles hermétiques. Ce système verrouille l'accès aux responsabilités et détourne les règles classiques de gouvernance, suscitant méfiance, fragmentation et une perpétuation de l'injustice sociale. Ces révélations invitent à une réflexion profonde sur la nature du pouvoir camerounais, et sur les moyens de restaurer la transparence et l'équité dans la gestion du pays.

Daniel ESSISSIMA

Source: www.camerounweb.com