Maxime Eko Eko, la chute d'un baron : le prédateur devient prisonnier

Maxime Eko Eko Leopold Dgre Image illustrative

Mon, 13 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Au Cameroun, deux réalités coexistent sur le même territoire. D'un côté, les hauts commis de l'État, proches du pouvoir, soupçonnés de détourner la fortune publique, roulent en Brabus, construisent des châteaux et attendent des promotions. De l'autre, des citoyens paient de leur liberté pour avoir simplement exprimé leurs opinions politiques, croupissant dans des prisons infectes sans soins ni justice. Un contraste saisissant qui interroge sur l'état de droit au Cameroun.

Selon des informations concordantes, certains hauts responsables de l'État, proches du président Paul Biya, sont fortement soupçonnés de ponctionner la fortune publique. Des accusations d'exportation illicite d'or pèsent sur eux, et des enquêtes judiciaires sont ouvertes. Pourtant, aucun d'eux n'a été suspendu ou relevé de ses fonctions. Au contraire, ils continuent de rouler en Brabus, d'arborer une arrogance provocante et de construire des châteaux, dans l'attente d'une éventuelle promotion au prochain gouvernement.

L'affaire Baboke, révélée par Jeune Afrique, illustre cette impunité. Directeur adjoint du Cabinet civil, Oswald Baboke est au cœur d'une enquête pour trafic d'or vers Dubaï, avec un écart spectaculaire entre les exportations déclarées (22 kilogrammes) et les volumes réellement vendus (15 tonnes) . Pourtant, il reste en fonction. Son épouse Crescence, inspectrice principale des Impôts, et sa fille Indira sont également visées, mais aucune suspension n'a été prononcée.

En face, une tout autre réalité. Des citoyens paient de leur liberté pour avoir exprimé leurs opinions politiques. Les Essama, les Mbvoum et d'autres ont été interpellés pour avoir soutenu un candidat à la dernière présidentielle. Ils sont détenus depuis des mois, voire des années, dans des prisons infectes, sans soins ni suivi médical.

Essama, activiste intrépide, se bat contre un diabète qui le malmène, sans soins, sans suivi, dans une prison où rien n'émeut ses geôliers. On avait laissé mourir Anicet Ekane de la même manière. Une quarantaine de détenus seront devant le tribunal militaire ce matin à Douala pour des accusations tirées par les cheveux, une continuité des absurdités vécues pendant la dernière période électorale.

Initialement réservé aux soldats, le tribunal militaire est devenu la guillotine des opposants politiques. Des civils y sont traduits pour des motifs politiques, tandis que les vrais criminels économiques continuent de jouir de leur liberté.

Maxime Eko Eko, ex-tout-puissant patron de la DGRE, régnait en maître. Avec son épouse, juge au tribunal militaire, il faisait transférer des détenus chez elle, où ils étaient ensuite condamnés. Aujourd'hui, c'est lui qui se retrouve devant ce même tribunal militaire, et c'est lui qui séjourne en prison. Un retournement de situation qui montre que la vie peut rattraper les plus puissants.

Ce contraste saisissant révèle une justice à deux vitesses. Pendant que les croqueurs d'or, les milliardaires, les prévaricateurs professionnels vous narguent en Brabus depuis le continent où ils mangent sans partage, les innocents sont embastillés. Mais tout cela n'est que pour un temps. Le monde peut changer à tout moment, comme l'histoire de Maxime Eko Eko le rappelle.

Source: www.camerounweb.com