Panique à Étoudi : L'armée infiltrée à tous les niveaux; des jeunes officiers de l’armée

ARMEE MAJORS EMIA La surveillance généralisée par des réseaux de renseignement privés liés

Mon, 13 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

L'armée camerounaise a été progressivement organisée de manière à empêcher toute autonomie politique ou militaire. La fragmentation de la chaîne de commandement, l'embourgeoisement des hauts gradés, le contrôle des armements, la marginalisation des jeunes officiers, la rotation fréquente des troupes et la surveillance interne auraient transformé l'institution en une force incapable d'intervenir de manière indépendante dans une éventuelle crise de succession. Cette architecture, présentée comme le résultat d'une stratégie délibérée du président Paul Biya, a assuré la stabilité du régime tout en privant l'État d'une armée en mesure de jouer un rôle d'arbitre en cas de vacance ou de crise du pouvoir.

L'armée régulière : anatomie d'une institution neutralisée. Posons la thèse dès le départ, sans détour. Si la crise de succession camerounaise devait atteindre son point de rupture — si aucun clan ne parvenait à imposer son candidat, si le vide institutionnel devenait ingérable — l'armée n'interviendrait pas. Non pas parce qu'elle ne voudrait pas. Non pas parce qu'elle manquerait de motivation. Mais parce qu'elle en est structurellement incapable.

Ce n'est pas un jugement de valeur sur les hommes qui composent cette institution. C'est le constat logique d'un système que Paul Biya a mis quarante-trois ans à construire avec une précision redoutable : une armée neutralisée non pas par accident, mais par design. Une institution conçue dès l'origine pour ne pas pouvoir agir de façon autonome — fragmentée, embourgeoisée, surveillée, privée de ses leviers d'action — précisément pour qu'elle ne constitue jamais un contrepouvoir.

Cette architecture a garanti la longévité du régime. Elle est devenue, au moment précis où le pays en aurait besoin, sa vulnérabilité la plus profonde.

I. Une chaîne de commandement conçue pour ne pas commander

La première chose à comprendre sur l'armée camerounaise est qu'elle n'est pas une armée au sens classique du terme. C'est une collection d'unités dont la fragmentation a été organisée méthodiquement et délibérément.

La chaîne de commandement a été découpée en segments étanches : gendarmerie, brigades, compagnies, légions, régions — chaque échelon conçu pour qu'aucun officier ne puisse revendiquer une masse critique d'hommes sous son autorité directe. Ce découpage n'est pas le fruit d'une réforme administrative maladroite. C'est une architecture politique, miroir exact de la méthode appliquée aux clans civils : empêcher toute accumulation de pouvoir autonome, maintenir chaque acteur dans une dépendance verticale au sommet.

Le résultat est qu'il n'existe pas, au Cameroun, de général capable de dire "j'ai des troupes." Chaque unité répond à une chaîne qui remonte directement au chef de l'État. Et quand le chef de l'État est à Genève, physiquement diminué, institutionnellement affaibli, cette loyauté verticale ne sait plus où se diriger. Elle s'immobilise. Elle attend. Elle calcule.

Le Cameroun n'a pas une armée neutralisée par accident. Il a une armée neutralisée par design. Et ce design fonctionne parfaitement — jusqu'au moment où il faut une institution capable d'agir.

II. Les généraux ne sont pas des stratèges : ce sont des rentiers

C'est ici que la neutralisation par design rencontre la neutralisation par corruption — et que les deux se renforcent mutuellement.

Les généraux camerounais se sont embourgeoisés. Après des décennies dans un système où l'avancement dépend de la loyauté politique plutôt que de la compétence opérationnelle, le corps des officiers supérieurs a été transformé en classe de bénéficiaires du régime. Propriétés, marchés publics, réseaux d'affaires — les généraux camerounais sont des rentiers en uniforme. Ils ont des intérêts économiques considérables à protéger. Des intérêts qui les rendent vulnérables, dépendants, et profondément peu disposés à prendre des risques politiques.

Un rentier ne prend pas les armes contre le système qui le nourrit. Il attend. Il calcule. Il se positionne discrètement auprès du clan qui lui semble le mieux placé pour gagner.

Ces généraux sont en outre compromis par leurs allégeances claniques. Chacun des trois clans qui se disputent la succession dispose de relais dans certaines unités. L'armée n'est pas au-dessus des clans civils. Elle en est la projection en uniforme. Et des rentiers ne risquent pas leur patrimoine pour une institution — ils le protègent en choisissant le bon clan au bon moment.

Un général qui ne commande pas de troupes et qui a des affaires à protéger n'est pas un acteur militaire. C'est un acteur politique en tenue militaire.

III. Les armureries hors de contrôle

La conséquence directe de l'embourgeoisement des généraux est un phénomène que peu d'analyses osent nommer clairement : les détenteurs des armureries ne répondent pas nécessairement à leurs supérieurs hiérarchiques.

Les officiers qui contrôlent physiquement les stocks d'armes et de munitions répondent à des réseaux de loyauté parallèles — claniques, régionaux, ou directement liés à des acteurs du sérail. En cas de crise, un ordre donné par un général ne garantit pas l'accès aux ressources matérielles nécessaires pour l'exécuter. Un clan disposant des bons relais aux bons endroits peut neutraliser une unité entière sans tirer un coup de feu.

C'est le scénario le plus redouté : non pas un coup d'État militaire ordonné et centralisé, mais une fragmentation armée où chaque clan active ses relais dans les unités qui lui sont loyales — produisant non pas une prise de pouvoir mais une guerre interne à l'appareil sécuritaire lui-même.

IV. Une armée sans troupes : les jeunes officiers réduits à l'administration

Si les généraux sont des rentiers sans stratégie, les jeunes officiers sont des stratèges sans troupes. Et une armée sans troupes n'est pas une armée. C'est une administration en uniforme.

Les officiers subalternes camerounais — souvent mieux formés techniquement que leurs aînés — sont systématiquement cantonnés à des rôles administratifs. Ils gèrent des dossiers. Ils produisent des rapports. Ils n'ont pas de commandement opérationnel réel. Ce cantonnement n'est pas accidentel : un jeune officier compétent avec des troupes est une menace pour les généraux rentiers. On le maintient donc à l'écart du commandement pour préserver la gérontocratie militaire.

La jonction avec les armureries est immédiate. Les jeunes officiers qui pourraient constituer le noyau d'une action cohérente n'ont ni les troupes ni l'accès aux ressources matérielles. Les généraux qui ont formellement ce pouvoir n'ont ni la volonté ni la capacité de l'exercer. L'armée est prise en étau entre une hiérarchie paralysée par ses intérêts et une nouvelle génération paralysée par son absence de commandement.

V. La rotation permanente et la surveillance totale

Pour que cette paralysie ne puisse pas être corrigée de l'intérieur, deux derniers mécanismes verrouillent le système.

La rotation systématique des troupes d'une région à l'autre empêche la constitution de loyautés durables entre soldats et officiers, entre unités et territoires. Des soldats qui ne connaissent pas leur terrain et n'ont pas de relation durable avec leur commandant ne peuvent pas développer les solidarités qui transforment un groupe armé en unité cohérente. C'est une armée conçue pour obéir à un centre — pas pour fonctionner sans lui.

La surveillance généralisée par des réseaux de renseignement privés liés aux différents clans complète le tableau. L'armée est infiltrée à tous les niveaux. Personne ne parle librement. Personne n'ose exprimer une opinion politique. Comme le formule un analyste proche du dossier : "If I dare say that I support this, this person will come." L'autocensure est totale. La méfiance est institutionnalisée. Une institution qui ne peut pas délibérer ne peut pas décider. Une institution qui ne peut pas décider ne peut pas agir.

John Lawson

Source: www.camerounweb.com