De 2018 à 2025, de Maroua à Genève : un an de présidence Biya sous le signe du déclin annoncé

Paul Biya Revient Mort Image illustrative

Mon, 13 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Paul Biya a brigué un nouveau mandat à 92 ans, survécu à une élection contestée, lancé une réforme constitutionnelle historique — et fini hospitalisé en Suisse. Jeune Afrique dresse la chronique saisissante d'une année politique camerounaise hors normes, entre résistance du vieux système et effondrement progressif de ses certitudes.

Il y a un an exactement, le 13 juillet 2025, une phrase publiée sur X résumait à elle seule quarante-trois ans de pouvoir : « Je réponds, une fois de plus, à l'appel du peuple camerounais. Je suis candidat à ma propre succession. » Paul Biya, 92 ans, président depuis 1982 — un quart de siècle avant l'invention du réseau social par lequel il annonçait sa candidature —, entrait dans une nouvelle campagne électorale. Jeune Afrique, qui a couvert de l'intérieur chaque séquence de cette année extraordinaire, en livre aujourd'hui la chronique complète. Un récit qui ressemble moins à un triomphe qu'à un testament politique.

Juillet – octobre 2025 : la campagne de l'invraisemblable

Jeune Afrique révèle que la stratégie de campagne de Paul Biya a reproduit à l'identique celle de 2018 : concentration des efforts sur Maroua, capitale de l'Extrême-Nord, ancien bastion de son prédécesseur Ahmadou Ahidjo. Le septentrion reste, dans la logique électorale du RDPC, la région qu'il faut « verrouiller » pour neutraliser l'opposition. Mais cette fois, l'opposition s'est trouvé un nouveau visage.

En l'absence de Maurice Kamto, écarté par des blocages politico-administratifs, c'est l'ancien ministre Issa Tchiroma Bakary qui mobilise les foules sur une vague orange inattendue. Face à un Paul Biya lançant depuis Maroua un improbable « Le meilleur reste à venir », son adversaire surfe sur l'espoir du changement. Le RDPC, malgré sa toute-puissance financière et administrative, s'inquiète — une inquiétude que Jeune Afrique documente avec précision dans ses sources internes au parti.

Octobre – décembre 2025 : l'élection volée, le Cameroun fracturé

Le 12 octobre, jour du scrutin, quelque chose se passe que le pouvoir n'avait pas prévu. Dans les zones urbaines et les régions favorables à l'opposition, Issa Tchiroma Bakary réalise des scores qui surclassent localement le président sortant. Les procès-verbaux de bureaux de vote photographiés et diffusés sur les réseaux sociaux déclenchent des jours de comparaison minutieuse entre chiffres officiels et chiffres de l'opposition.

Le 27 octobre, le Conseil constitutionnel valide la victoire de Paul Biya avec 53,66 % des suffrages, selon les révélations de Jeune Afrique. Tchiroma Bakary refuse le verdict, se déclare vainqueur, refuse la primature que lui propose le RDPC dans une tentative de négociation, et choisit l'exil — au Nigeria d'abord, puis en Gambie. Plusieurs de ses soutiens sont incarcérés. Anicet Ekane mourra en détention. Une page se tourne, dans le sang et l'amertume.

Janvier – avril 2026 : la réforme qui change tout sans rien régler

Le 31 décembre 2025, Paul Biya prononce un discours sans surprise et replonge dans le silence. Puis, le 11 février 2026, deux jours avant son 93e anniversaire, il annonce devant la jeunesse camerounaise un mouvement gouvernemental « en préparation » et le report des élections locales. Dans les semaines qui suivent, Jeune Afrique révèle qu'une réforme constitutionnelle historique est en cours d'élaboration dans le secret des conseils présidentiels : la création d'un poste de vice-président, dont le titulaire deviendrait automatiquement chef de l'État en cas de vacance du pouvoir.

La réforme est officialisée fin mars, votée par le Parlement début avril. Mais aussitôt le texte adopté, Paul Biya disparaît à nouveau. La nomination du vice-président, que tout le monde attend, ne vient pas. Et le vide ainsi créé déchaîne des rivalités que quarante-trois ans de règne avaient maintenues sous contrôle.

Mai – juillet 2026 : le malaise, le faux décret et Genève

Le 20 mai 2026, lors de la fête nationale, Paul Biya apparaît visiblement affaibli devant les caméras. Jeune Afrique révèle qu'il est victime d'un malaise lors de la réception au palais de l'Unité, pris en charge médicalement sur place. Des conseillers américains lui déconseillent alors de quitter le Cameroun pour la Suisse, invoquant un contexte « quasi insurrectionnel ». Il résistera jusqu'au 7 juin avant de prendre le chemin de Genève.

Cinq jours plus tard, le 12 juin, un individu s'introduit à la CRTV et tente de faire lire un faux décret portant nomination d'un vice-président. La tentative échoue, mais les enquêtes ouvertes par le SED et la DSP évoquent — selon un rapport des renseignements camerounais cité par Jeune Afrique — une possible « tentative de coup d'État institutionnel ».

Le bilan d'une année : un système qui survit à lui-même

Un an après le tweet du 13 juillet 2025, le bilan de cette année folle est celui d'un système qui a survécu sans se renouveler. Paul Biya a remporté l'élection. Il a lancé une réforme constitutionnelle. Il a résisté à la contestation post-électorale. Mais comme le constate Jeune Afrique avec une lucidité implacable, la nouvelle ère tant attendue n'est toujours pas advenue. Le vice-président n'est pas nommé. L'opposition est en exil ou en prison. Et le président, depuis Genève, garde le silence — un silence qui, après quarante-trois ans de règne, ressemble de plus en plus à un testament.

Source: www.camerounweb.com