Grève des enseignants
Une grève est attendue dans les universités. Le Syndicat des enseignants refuse une réunion convoquée par le ministre Jacques Fame Ndongo. Il propose à son tour des négociations. Explication détaillée de Boris Bertolt.
Le bras de fer entre le ministère de l’Enseignement supérieur et le Syndicat national des enseignants du supérieur (SYNES) entre dans une nouvelle phase. Alors qu’une grève totale et illimitée est annoncée dans les universités publiques, le ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, a convoqué plusieurs organisations et représentants universitaires à une réunion consacrée au « climat social dans les campus », prévue vendredi 11 septembre 2026 à 11 heures à Yaoundé. Mais le Bureau exécutif national du SYNES a annoncé qu’il ne participerait pas à cette rencontre dans les conditions fixées par le ministère.
Dans une correspondance datée du 10 septembre 2026, adressée au ministre d’État, le syndicat explique notamment que la convocation lui est parvenue trop tard pour permettre un déplacement matériel réaliste de ses responsables vers Yaoundé.
Le Synes conteste aussi la composition de la réunion
Le message-porté signé le 9 septembre par Jacques Famé Ndongo convoque une liste particulièrement large : la secrétaire générale du SYNES, des responsables du FOREC, du SESUP, du COREC et du SYPRES, mais également le secrétaire général adjoint du SYNES ainsi que les coordinateurs SYNES des universités d’État de Bamenda, Bertoua, Buea, Douala, Dschang, Ebolowa, Garoua, Maroua, Ngaoundéré et Yaoundé I, auxquels s’ajoute un enseignant de l’Université de Yaoundé II désigné dans le document.
Le SYNES estime que cette formulation crée une « confusion » concernant les destinataires de l’invitation. Le syndicat rappelle que, s’il est invité à une négociation, la composition de sa délégation relève, selon lui, exclusivement de son exécutif.
Deuxième point de désaccord : le délai. La convocation concerne une réunion prévue le lendemain, 11 septembre. Pour le Bureau exécutif national, cette échéance est « trop rapprochée » pour permettre un déploiement matériel réaliste de responsables venant notamment de plusieurs villes universitaires du pays.
Une grève « totale et illimitée »
Le troisième point soulevé par le SYNES concerne directement le mouvement social en cours. Le syndicat demande que les différents points faisant l’objet de la crise soient explicitement mentionnés dans le projet d’ordre du jour de toute négociation. Il rappelle surtout que le contexte universitaire est désormais marqué par un mot d’ordre de grève totale et illimitée.
Un autre document daté du 8 septembre 2026, adressé au recteur de l’Université de Yaoundé II par la coordination SYNES de cet établissement, confirme l’entrée dans le mouvement. « Cette grève, somme toute illimitée, a pris effet le 03 septembre 2026 », indique la correspondance signée par le professeur Jean Calvin Aba’a Oyono.
Le mouvement ne relève donc plus seulement d’une menace de grève : au moins la coordination SYNES de Yaoundé II affirme officiellement avoir rejoint le mot d’ordre lancé par le Bureau exécutif national.
Des demandes d’audience « depuis novembre 2025 »
Dans sa réponse à Jacques Famé Ndongo, le SYNES replace également la crise dans un contexte beaucoup plus ancien. Le syndicat affirme avoir introduit depuis novembre 2025 plusieurs demandes d’audience restées jusqu’ici sans effet, avec l’objectif, selon lui, de rechercher des « solutions pérennes » aux problèmes affectant le corps des enseignants du supérieur.
Le SYNES ne ferme cependant pas la porte au dialogue avec le gouvernement. Au contraire, son Bureau exécutif national propose formellement que la réunion avec le ministère soit reportée et organisée entre le 15 et le 18 septembre 2026, selon les disponibilités des différentes parties.
Le syndicat explique donc son absence annoncée à la réunion du 11 septembre non comme un refus de négocier sur le fond, mais comme une impossibilité de participer à une rencontre organisée dans un délai qu’il considère insuffisant.
Le dialogue social à l’épreuve
Les trois documents mettent ainsi en évidence une tentative de reprise du dialogue, mais également les profondes divergences qui subsistent sur ses modalités.
D’un côté, Jacques Famé Ndongo convoque les acteurs syndicaux pour discuter du « climat social dans les campus ». De l’autre, le SYNES réclame une négociation formalisée, avec un ordre du jour intégrant explicitement les revendications à l’origine du mouvement et une délégation dont il entend déterminer lui-même la composition.
Le prochain enjeu est désormais clair : le ministère acceptera-t-il de reporter la rencontre et d’ouvrir des négociations entre le 15 et le 18 septembre comme le demande le SYNES ?
En attendant, le mot d’ordre de grève totale et illimitée lancé depuis le 3 septembre demeure, selon les documents syndicaux transmis, au cœur de la crise qui secoue les universités publiques camerounaises.