Mbanya : pourquoi les villageois refusent le sacre de Louis Din Dika

Dr Louis Din Dika Une chefferie traditionnelle

Wed, 30 Sep 2026 Source: www.camerounweb.com

Le sacre royal du Dr Louis Din Dika est contesté. Les habitants du village Mbanya disent qu’ils ne céderont pas. Résumé de la situation fait par le lanceur d’alerte et activiste Boris Bertolt.

Le quartier-village de Mbanya est sous haute tension. Mercredi matin, le déploiement massif de plus d’une centaine d’agents de la police municipale a fait l’effet d'une étincelle sur une poudrière. Face aux boucliers et aux forces de l’ordre, les habitants et notables locaux refusent de fléchir et crient à la provocation.

Sur place, l’atmosphère est électrique. Massés le long de la voie et sur les rebords des murets, des dizaines de riverains et de jeunes du village font face aux forces de sécurité et aux agents municipaux. Entre coups de sifflet, gestes véhéments et cris de protestation, les habitants manifestent leur colère pour défendre la sacralité de leur sol.

L’image est frappante, des jeunes hommes à genoux supplient les forces armées, tandis que d’autres vocifèrent leur refus catégorique de voir ce site utilisé pour la cérémonie. Pour les résidents de Mbanya, la venue des forces de l’ordre pour sécuriser l’accès au site ressemble à une tentative d’imposer par la force ce qu’ils qualifient de « sacre de la honte ».

Au cœur de cette opposition farouche se trouve le statut même de la localité. Pour ses habitants et ses notables, Mbanya n’a jamais été un simple bloc dépendant du village Bonamuang, mais constitue un village à part entière. Leur position s’appuie sur deux piliers : l’acte administratif (le village a été créé par arrêté signé par Benjamin Mboutou, alors préfet du Wouri) et la reconnaissance coutumière (il a été formellement reconnu par le défunt chef supérieur, Sa Majesté Louis Charles Din Dika Akwa III).

Bien que le tribunal administratif du Littoral ait rendu en mai 2026 un jugement sollicitant l’annulation de l’arrêté de création, la chefferie de Mbanya a interjeté appel. Sur le plan juridique, l’affaire est donc toujours pendante. Pour les représentants locaux, vouloir programmer une intronisation sur ces lieux relève d’une politique du « fait accompli » visant à s’approprier le titre de chef supérieur du Canton Akwa.

Face à cela, le Dr Louis Din Dika a été officiellement déclaré persona non grata à Mbanya. La colère des habitants s’alimente également d’une contestation profonde de la légitimité du candidat au trône. Le 16 août 2026, dix chefs de familles sur onze de Boneleke (la famille régnante du canton Akwa) ont tenu à apaiser le climat de tension tout en apportant leur allégeance au village Mbanya. À cette occasion, la désignation du Prince Jean Pascal Ngando Ebongue Akwa comme chef supérieur du canton Akwa a été réaffirmée.

Les opposants mettent en avant des chiffres sans équivoque : désaveu de la famille régnante : 5 foyers sur 7 de la famille régnante Bonadika, ainsi que 9 notables sur 11 du village royal, soutiennent le prince Jean Pascal Ngando Ebongue Akwa. Et irrégularités administratives dénoncées : l’arrêté du Premier ministre désignant le Dr Louis Din Dika est vivement contesté, jugé « flou », non régulièrement publié et basé sur un procès-verbal de notabilité jugé inexistant. Absence d’homologation : aucun dossier officiel de succession n’existerait à la préfecture du Wouri ou au ministère de l’Administration territoriale (Minat) et aucune lettre d’homologation ne lui aurait été délivrée.

Alors que les autorités administratives affichent des positions divergentes, le gouverneur du Littoral évoquant la possibilité d'organiser les rites dans le calme, tandis que le Préfet du Wouri émet des réserves, la notabilité locale réitère ses mises en garde.

À travers un appel solennel adressé au « peuple de Bonambela », les notables rappellent fermement que le Dr Louis Din Dika n’est « ni le chef du village royal Boneleke, ni le chef supérieur du canton Akwa ».

Ils appellent la population à ne pas se laisser tromper, martelant que « ce n’est pas par la ruse et le faux qu’on devient chef supérieur ». À moins de dix jours de l’échéance du 10 octobre, Mbanya demeure une poudrière sous haute surveillance policière. Mais sur le terrain, le mot d’ordre des habitants reste inébranlable : « Pour la vérité, la justice et la dignité : Non à l’injustice, oui à la tradition ».

Source: www.camerounweb.com