Au-delà des deux grandes tables de Bastos, Jeune Afrique dresse la cartographie sociale des puissants de Yaoundé, de la messe au dîner.
Du Mont Febe à Chez Wou. Le magazine rappelle que la chapelle du monastère du Mont Febe était fréquentée il y a quelques années par les ambitieux en raison du nombre de ministres qui y assistaient à la messe, certains déjeunant ensuite à l’hôtel Mont-Febe, aujourd’hui délaissé. Ce « conseil des ministres informel », selon un habitant de Bastos, s’est en partie déplacé chez Wou, un restaurant de propriété chinoise aux larges buffets, où se réunissent une partie des décideurs les week-ends, surtout le dimanche midi. Jeune Afrique y cite l’homme d’affaires James Onobiono et l’avocat Charles Tchoungang, qui a aussi son poste au bord de la piscine du Hilton.
Le Socrat et ses magistrats. Le magazine mentionne le Socrat, tenu par un homme d’affaires libanais près du palais des Congrès, qui compterait parmi ses clients de hauts magistrats, dont Yap Abdou, président de la Chambre des comptes de la Cour suprême, présenté par ses proches comme un fin gourmet.
La Salsa, la table de tous ceux qui comptent. Selon Jeune Afrique, le restaurant de Lauris Demetriades, descendant d’une famille grecque influente, réunit depuis un quart de siècle politiques et diplomates étrangers. L’historique majordome affirme au magazine : « Il n’y a que le président Biya qui ne vient pas. Et encore, il envoie ses invités dîner ici. » Le magazine rappelle que le lieu est la réplique de La Plaza, fermé, où Edgar Alain Mebe Ngo’o avait ses habitudes à l’époque de sa toute-puissance. Depuis sa chute et sa détention à Kondengui, La Salsa reste fréquentée par des membres du gouvernement, du Premier ministre Joseph Dion Ngute à Philippe Mbarga Mboa. Jeune Afrique décrit des vins surtout bordelais et une cuisine européenne : « Beaucoup des clients ont étudié ou travaillé en France », explique un habitué.
La précaution du trio. Le magazine rapporte, sans citer de nom, que dignitaires ou députés s’offrent de luxueuses soirées de Saint-Valentin « en bonne compagnie, officielle ou non ». Selon Jeune Afrique, la plupart prennent la précaution de s’afficher en trio, deux hommes pour une femme, afin de couper court aux commérages. « Chacun sait, mais se tait, et les apparences sont préservées », écrit le magazine.
L’incendie du Livs Night-Club. Jeune Afrique rappelle que Lauris Demetriades possédait aussi le Yao Ba’, devenu le Livs Night-Club, détruit en 2022 par un incendie qui a fait plusieurs victimes, dont le patron de la sécurité de l’aéroport international, Clément Patrice Biloa. Le drame a, selon le magazine, provoqué des enquêtes de sécurité et des remous au sein des services de renseignements, et le restaurateur a un temps craint une disgrâce. Sa proximité avec la première dame, Chantal Biya, ne s’est toutefois pas démentie, écrit Jeune Afrique, sans mettre en cause personne.
Un secret vite éventé. Le magazine conclut sur une scène à La Salsa : le professeur Jean Marie Kasia, directeur du centre hospitalier de recherche en chirurgie endoscopique Paul et Chantal Biya et proche de la première dame, vient finaliser un projet avec le propriétaire avant de se rendre à Etoudi. « À Bastos, les secrets ne restent jamais cachés très longtemps. »