Paul Biya n'a jamais nommé son fils aîné à un poste officiel, mais sa présence dans les sphères du pouvoir ne cesse de croître. La visite du Prince Albert II de Monaco, le 30 octobre 2026, a relancé une question que tout le Cameroun se pose : quel rôle joue, et jouera, Franck Emmanuel Biya, le fils aîné du chef de l'État ?
C'est une visite d'État qui a mis en lumière un homme sans mandat officiel. Le 30 octobre 2026, le Prince souverain Albert II de Monaco était reçu par le président Paul Biya au Palais de l'Unité. C'était son premier séjour au Cameroun depuis 2003. Le communiqué officiel de la Présidence évoque la coopération humanitaire et environnementale, ainsi que la visite du Centre Edimar Princesse Grace aux côtés de la Première Dame, Chantal Biya.
Un dîner privé qui fait parler
Mais c'est un autre détail qui a retenu l'attention. Selon plusieurs médias, le programme du Protocole d'État prévoyait, ce soir-là à 20 heures, un dîner privé en l'honneur du Prince à la résidence de Franck Emmanuel Biya. Certains médias évoquent même sa présence au Palais pour accueillir le souverain.
À ce jour, aucun communiqué officiel ne mentionne ce dîner, et aucune image n'en a été publiée. Un opposant du SDF affirme sur une télévision privée que le Trésor public en aurait payé la facture : c'est une accusation, sans document pour l'appuyer à ce stade.
Né le 21 août 1971 à Yaoundé, Franck Biya est le fils aîné de Paul Biya et de sa première épouse, Jeanne-Irène Biya, décédée en 1992. Diplômé en sciences politiques et en économie de l'University of Southern California, il a été stagiaire à la BEAC avant de devenir homme d'affaires, dans l'exploitation forestière puis l'investissement avec Venture Capital, créée en 2004.
Il n'a jamais été élu, ni nommé ministre. Discret, il ne prend presque jamais la parole en public. Ses mouvements de soutien, les « franckistes », sont pourtant actifs depuis plusieurs années.
La vice-présidence change la donne
Depuis la révision constitutionnelle du 4 avril 2026, le Cameroun a de nouveau un poste de vice-président, supprimé depuis 1972. Le vice-président n'est pas élu : il est nommé par le Président, qui peut aussi mettre fin à ses fonctions. En cas de vacance du pouvoir, c'est lui qui terminerait le mandat, au lieu d'une élection organisée sous l'intérim du président du Sénat. Le mandat en cours court jusqu'en 2032.
Sept mois plus tard, le poste est toujours vacant. Plusieurs faux décrets nommant Franck Biya ont circulé, en avril puis en juin, et ont été démentis. Une enquête judiciaire a même été ouverte après une tentative de faire diffuser l'un d'eux par la CRTV.
Pour plusieurs analystes, Franck Biya occupe déjà une place à part dans la représentation du pouvoir. Il est présent lors de visites de chefs d'État, et selon Jeune Afrique, il s'est déplacé en marge du G7 d'Évian en juin. Ses critiques parlent de « diplomatie parallèle », exercée sans mandat officiel.
Ses partisans voient en lui un gage de stabilité et de continuité de l'État. Ils mettent en avant un profil d'économiste et d'homme d'affaires, une génération plus jeune et une forte connaissance des milieux internationaux. Pour eux, il pourrait assurer une transition sans rupture, dans un pays confronté à la crise anglophone et à de lourds défis économiques.
Ses opposants refusent un passage « de père en fils » sans élection. Ils citent les exemples du Togo, du Gabon ou du Tchad. Le Barreau du Cameroun a lui aussi critiqué le remplacement de l'élection par une nomination. Certains juristes relèvent une incohérence : le serment présidentiel repose sur une légitimité issue des urnes, qu'un vice-président nommé n'aurait pas.
D'après une enquête de L'Obs publiée en 2022, Franck Biya possède depuis 2004 une villa au Cap-Martin. Ce domaine se trouve en France, à la frontière de Monaco, et non dans la Principauté. Certains médias rappellent aussi une ancienne affaire de titres du Trésor liés à la dette de CAMTEL (les « OTZ »), dont il aurait tiré une forte plus-value. Une plainte avait été déposée en 2012 ; aucune poursuite n'a suivi, et ses défenseurs parlent d'opérations légales.
Franck Biya ne s'est jamais exprimé publiquement sur ces affaires. Aucune décision de justice ne l'a mis en cause.
Le Président nommera-t-il un vice-président ? Si oui, qui, et quand ? Tant que le décret ne paraît pas, Franck Biya reste ce qu'il est officiellement : un citoyen sans fonction publique, mais au cœur de toutes les conversations.