Il l’a échappée belle à chaque fois grâce à un proche. Jordan Miel n’est pas aimé par tout le monde. Il y en a qui le qualifie de p*dé. À 16 ans, avoue-t-il, « j’ai pris une tasse de Javel parce que je voulais en finir ».
J’étais parti jouer au football et en rentrant de là, il y a l’autre équipe qui a commencé à m’appeler "la femme, la femme". Je me suis tellement mis mal, je suis rentré à la maison et au lieu que cela cesse, ça a continué. Je voulais juste en finir. Je pensais que je n’avais vraiment pas de place dans ce monde. Vous ne m’auriez même pas connu.
Du coup, je me suis enfermé dans la salle de bain, j’ai pris du Javel et je l’ai englouti. Heureusement que mon petit frère était là, on m’a amené d’urgence à l’hôpital pour me faire un lavage d’estomac. J’ai fait deux jours de coma. Où vous me voyez, tout mon intérieur est pourri. Il y a des choses que je ne peux pas manger, que je ne peux pas faire. Je vais même à la salle malgré moi.
L’année passée encore, j’ai voulu faire la même chose. Vous savez ce qui m’a retenu, c’est parce qu’aujourd’hui je suis père. Si je me donne ça (la mort, ndlr), qui va s’occuper de ma fille ? Je sais que son grand-père est là, mais qui va s’occuper d’elle ?
Ça a toujours été comme ça depuis l’enfance : « Allez, vas-y, redresse-toi, tu fais comme une femme ». À un moment donné, ça fait vraiment mal. On essaie juste de se faire une place dans ce monde qui est déjà assez petit. C’est-à-dire que les personnes efféminées sont détestées depuis des lustres. Si on vous dit en quoi une personne efféminée vous gêne dans votre vie, qu’allez-vous répondre ?
Vu que je suis efféminé, je vous gêne en quoi ? Est-ce que vous pouvez me répondre ? Il y a des blessures que vous infligez aux gens, mais que vous ne pensez pas que c’est fort. Ce n’est pas parce qu’on ne veut pas exposer nos vies sur les réseaux sociaux que ça veut forcément dire qu’on n’en souffre pas. À un moment donné, on est des êtres humains, on craque aussi.