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Election 2018: comment Paul Biya s'est servi de la jeunesse camerounaise

RDPC Yaoundé Campagne Paul Biya l’a si bien compris, qu’il s’est mis à les caresser dans le sens du poil

Wed, 24 Oct 2018 Source: Sylvain Papoul Mbiama Efoudou

C’était un discours populiste dans lequel il a salué le rôle social de ces débrouillards en demandant : «N’est-on pas heureux de la possibilité offerte d’atteindre rapidement et à moindre coût des destinations difficiles d’accès». Le 1er mars 2013, les conducteurs de motos-taxis ont organisés un défilé motorisé de soutien au président de la République. Eux, réputés frondeurs, ont succombé au charme et à la séduction du Prince. Ce qui n’avait pas échappé à la vigilance de l’opposition. Jean Takougang, du Sdf, avait alors qualifié l’intérêt du président de la République pour les conducteurs de motos-taxis de tentative de récupération politicienne. Plus qu’une tentative, cette manœuvre a eu le mérite de faire apparaitre le président de la République comme le bouclier des «bendskineurs» et leur rempart face aux menaces constantes et incessantes des délégués du Gouvernement auprès des Communautés urbaines de Yaoundé et de Douala. Incontestablement c’est ce bas peuple composé de toutes les ethnies du pays qui a élu Paul Biya. Contrairement à ce qu’on croit, il n’y a pas que les ruraux qui constituent la majorité de son électorat.

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La grande majorité de ceux qui évoluent dans l’informel dans les grandes villes sont des inconditionnels de l’Homme-lion. Ce sont des débrouillards qui fuient leurs différents villages en quête d’une vie meilleure. On y trouve, pêle-mêle, les vendeurs à la sauvette, les fripiers, les bayam-sellam, les motos-taxis, les dealers, les rabatteurs, les chapardeurs, les arnaqueurs, les prostituées et autres mendiants. Des hors la loi qui dictent leur loi au reste du pays avec la complicité et la complaisance du sommet de l’Etat. Un vrai capharnaüm que les délégués du Gouvernement ont du mal à réguler, les gros bras, les «Awaras» de la police municipale, exécutent un travail de Sisyphe sans réussir à discipliner ni à canaliser cette marrée humaine. Tsimi Evouna, le délégué du Gouvernement de Yaoundé, par exemple, s’est souvent fait remonter les bretelles pour excès de zèle dans la répression des délinquants urbains. Conséquences de la pression qu’exercent les différents regroupements et associations des sauveteurs, bayam-sellam,mototaxis ainsi que les Ong de défense de leurs intérêts auprès des autorités administratives.

Retour de l’ascenseur

On comprend donc pourquoi, lors des échéances électorales, ils sont si mobilisés. Il leur faut renvoyer l’ascenseur. Ce bétail électoral est ainsi instrumentalisé, exploité et spolié comme cela s’est manifesté lors de la campagne électorale. Ce sont les mototaxis qui escortaient les caravanes de campagne du candidat-président, affublés de t-shirts, casquettes et fanions aux couleurs et effigies du président sortant. Cependant que les bayamsellam assuraient le relais de la propagande du parti au pouvoir arborant fièrement le tissu pagne, les foulards, les parapluies, les montres et autres crayons à bille à thème du candidat-président. Tout le monde a vu et a vécu cet engouement à s’afficher avec les effigies de Paul Biya. On a noté la même effervescence chez les vendeurs à la sauvette qui ont semblé très réceptifs à la campagne de proximité initiée par le Rdpc. Cela s’est-il traduit dans les urnes ? Une chose est sûre, chacune de ces catégories de citoyens voulait assurer ses bases, à savoir exercer son activité sans la peur de se faire expulser de son comptoir installé sur le trottoir ou à même la chaussée, ni de se voir confisquer sa marchandise. Un bendskineur, couché sur sa moto dans une station-service de Douala, a eu les mots justes pour l’expliquer : «Je vais voter pour lui. Le patcho nous laisse nous débrouiller. Je fais mon clando ici dehors, personne ne me dérange.» Tel est le sens du marchandage entre l’Administration et ces catégories de personnes. De petits arrangements tacites, non écrits, des sortes de gentlemen agreement qui peuvent faire basculer les votes.

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Les autres messagers de Paul Biya, ce sont les églises dites «réveillées», qui essaiment dans le pays. Ce sont aussi de grands réservoirs de suffrages pour le soi-disant détenteur de la «force de l’expérience». Dans leurs prêches, les pasteurs de ces églises, dont les cultes sont bien courus, ne cessent d’affirmer que tout pouvoir vient de Dieu et qu’il faut respecter les institutions de la République et ceux qui les incarnent, car, ils sont des élus de Dieu. Amen. Cet endoctrinement leur vaut la protection des autorités. À preuve, la libéralisation à outrance de ce secteur lucratif.

Tout cela a fait dire à un observateur que «Les opposants ont des moyens, le Rdpc a des méthodes». Le secrétaire général adjoint dudit parti, Grégoire Owona ne s’est-il pas prévalu de la majorité des mairies détenues par son pays devant le Conseil constitutionnel ? Étaitce une simple fanfaronnade ? Comme quoi, les citoyens à l’instar des peuples, n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. «Ma’a calcul, ma’a plan» indique une réclame publicitaire.

Auteur: Sylvain Papoul Mbiama Efoudou
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