Crise au MRC : Exclu du parti, Laure Noutchang exige des dédommagements

LAURE NOUTCHANG MRC Elle multiplie les publications sur la situation interne du MRC

Thu, 1 Oct 2026 Source: www.camerounweb.com

L’ex militante du MRC, Laure Noutchang présente les militants exclus comme victimes tout en passant sous silence les procédures internes et judiciaires engagées. Elle continue à intervenir dans les affaires du parti malgré son exclusion, de défendre des dédommagements pour d’anciens militants et d’adopter un discours jugé davantage tourné vers la confrontation que vers la réconciliation. À l’approche de la convention du 17 octobre, le principal enjeu soulevé par cette situation est celui de la cohérence entre les positions affichées et les actes posés.

Depuis plusieurs semaines, Laure Noutchang multiplie les publications sur la situation interne du MRC. Exclusions, démocratie interne, audits, futures élections du parti : aucun sujet n'échappe à ses commentaires. À la lecture de ses messages, une question simple s'impose. Parle-t-elle comme une ancienne militante, comme une opposante au MRC ou comme une dirigeante en attente de retour ?

La question devient pressante à l'approche de la convention du 17 octobre à Odza. Car le cœur de son argumentation repose sur une contradiction de plus en plus difficile à masquer.

Des victimes qui ont refusé les recours

Dans sa dernière « mise au point », elle présente les exclus comme des victimes d'injustice. Elle appelle au dialogue et exhorte les dirigeants à négocier. Elle va jusqu'à évoquer des dédommagements pour ceux qui auraient consacré une partie de leur vie au parti.

Cette présentation omet un élément essentiel. Les statuts du MRC prévoient des voies de recours internes. Ceux qui dénoncent aujourd'hui leur exclusion ne les ont pas privilégiées. Ils ont choisi l'affrontement judiciaire. Après une première décision défavorable, ils ont poursuivi le bras de fer en appel.

Si l'objectif était la réintégration, pourquoi avoir contourné les procédures prévues par l'organisation ?

Le silence sur la cause réelle

Plus troublant encore est le silence observé sur l'origine du conflit. Lors de la dernière présidentielle, le MRC n'a pas donné de consigne de vote. Maurice Kamto a demandé à chacun de voter en âme et conscience. Le parti a aussi demandé de ne pas utiliser ses emblèmes.

Cette liberté n'autorisait personne à transformer un choix personnel en campagne active pour un autre candidat. Certains responsables sont pourtant allés bien au-delà. Ils sont devenus, aux yeux de nombreux militants, les principaux porte-voix d'Issa Tchiroma Bakary. Au point de donner le sentiment de militer pour deux projets à la fois.

Dans tous les partis du monde, le pluralisme a des limites. On peut contester une orientation. On peut critiquer une décision. Mais on ne défend pas durablement la ligne d'un parti en faisant campagne pour un concurrent. C'est là que l'argument de l'injustice rencontre ses limites.

Un texte qui se contredit lui-même

Laure Noutchang reproche à ceux qui traitent les plaignants d'infiltrés de calomnier sans preuve. Quelques lignes plus loin, elle affirme que les partis seraient « les propriétés de certains individus » et que des militants auraient été exploités. Pas un nom. Pas une date. Pas un document. C'est exactement le procédé qu'elle condamne.

Elle reproche aux uns d'insulter les plaignants. Dans le même texte, elle décrit les sympathisants comme des gens qui se couchent chez eux et vivent dans le « messianisme politique ». L'indignation ne vaut que pour un camp.

Elle écrit enfin qu'elle n'aurait pas porté plainte. Cette neutralité dure une phrase. La suite plaide la cause des plaignants jusqu'à la réparation financière.

Weber à contresens

Pour justifier ces dédommagements, elle convoque Max Weber et sa conférence de 1919 sur la politique comme métier. Elle rappelle elle-même que le problème commence quand vivre de la politique l'emporte sur vivre pour la politique. Or elle réclame une compensation précisément pour ceux qui auraient fait de la politique un métier. Elle cite l'auteur qui décrit la dérive pour justifier la dérive.

Weber exige aussi du responsable le sens de la mesure et une éthique de la responsabilité. Poursuivre son parti en justice à la veille d'une convention n'en relève guère.

Même glissement avec l'analogie du travail : « Quand tu es victime d'injustice au travail, tu laisses tout et pars ? » Un parti n'est pas un employeur. On y adhère librement, on y paie une cotisation, on n'y touche pas de salaire. Transformer l'engagement en créance change la nature même du militantisme. Le sacrifice consenti devient une dette à recouvrer.

Le vocabulaire du combat

Autre contradiction, le ton. D'un côté, l'appel au dialogue. De l'autre, des formules comme « Vous n'êtes même pas prêts », « Nous sommes en zone de turbulences » ou « La victoire est proche ». Et dans sa dernière sortie, cet avertissement adressé aux dirigeants, qui « devront un jour assumer les conséquences de leurs comportements ».

Ce vocabulaire n'appartient pas au registre de la réconciliation. Il appartient à celui du combat. Quand on souhaite encore cheminer avec une organisation, certaines lignes ne se franchissent pas : les accusations permanentes, les menaces voilées, la judiciarisation systématique.

À quel titre ?

Plus étonnant encore, alors qu'elle affirme avoir été exclue, Laure Noutchang continue d'intervenir dans la vie interne du parti. Elle conseille les candidats, propose des réformes, recommande des audits, parle du renouvellement de la direction. Elle s'exprime comme si elle participait encore à la vie organique du mouvement.

Une personne qui se considère hors d'une organisation construit généralement un autre projet. Une personne qui s'en considère toujours membre privilégie les mécanismes internes. Entre les deux, l'ambiguïté nourrit l'incompréhension.

Pourquoi maintenant

Le 28 septembre, le sous-préfet de Yaoundé IV a délivré le récépissé de la convention du 17 octobre. C'est le même qui avait interdit celle de novembre 2025, après des signalements venus de frondeurs internes.

Notre hypothèse, présentée comme telle : un discours qui légitime les plaignants et somme la direction de négocier, à ce moment précis, offre des munitions à quiconque voudrait contester la convention. Nous ne parlons pas de coordination. Nous constatons la date.

La cohérence, pas l'injustice

La question des garanties dans les procédures d'exclusion est réelle, dans tous les partis camerounais. Une contribution utile aurait cité un cas, un article des statuts, une étape bafouée. Rien de tel ici.

Au fond, le problème n'est pas celui de l'injustice. Il est celui de la cohérence. On ne peut pas à la fois poursuivre le MRC devant les tribunaux, dénoncer sa direction et parler comme si l'on participait encore à la définition de son avenir.

Le dialogue est toujours souhaitable. Mais comment convaincre de sa volonté de réconciliation quand tous les actes posés depuis des mois dessinent une stratégie de confrontation permanente ?

John Lawson

Source: www.camerounweb.com