Crise au MRC : La bataille n’est donc pas terminée, elle change simplement de terrain

Okala Ebode FINANCE Pour l’instant, aucun de ces scénarios n’est écrit

Thu, 17 Sep 2026 Source: www.camerounweb.com

Après la décision du Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou, le conflit interne au MRC n’est pas définitivement tranché. Le prochain enjeu pourrait être la régularité de la succession à la tête du parti, notamment à travers la convention extraordinaire annoncée pour octobre 2026. Les contestations pourraient ainsi se poursuivre sur le terrain judiciaire ou se déplacer vers les investitures et la capacité des différents responsables à engager légalement le MRC dans les prochaines échéances électorales.

Après Ekounou, que reste-t-il à faire aux dissidents ?

Beaucoup d’entre vous m’ont envoyé des messages pour s’enquérir des suites concrètes de la décision rendue aujourd’hui par le Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou. Que signifie-t-elle concrètement pour l’avenir immédiat du MRC ? Quelles conséquences peut-elle avoir pour Maurice Kamto ? Et surtout, que peuvent encore faire ceux qui contestent la direction du parti ?

En lieu et place de répondre individuellement à chacun, je préfère apporter ici quelques éléments de réponse, à l’intention du plus grand nombre.

Le Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou vient de fermer une porte. Mais toutes les portes ne sont pas fermées. La décision du 17 septembre 2026 ne tranche pas le fond de la crise qui secoue le MRC. Elle dit autre chose, et c’est déjà beaucoup : le juge saisi en référé ne se reconnaît pas compétent pour intervenir de cette manière dans le fonctionnement interne du parti.

Les trois requérants — Willy Mengue, Laure Noutchang et Sébastien Mbala Wouria II — sont renvoyés à « mieux se pourvoir » et condamnés aux dépens. Ils demandaient notamment la désignation d’un mandataire judiciaire ad hoc chargé de « normaliser » le fonctionnement du MRC.

La question est désormais simple : que peuvent-ils encore faire ? Et surtout, jusqu’où peuvent-ils aller sans entraver le fonctionnement du parti ?

Le tribunal n’a pas donné raison au MRC sur tout. Il faut d’abord éviter une confusion.

Le tribunal n’a pas dit que le MRC avait définitivement raison sur l’ensemble des contestations soulevées par les requérants. Il n’a pas non plus validé, sur le fond, toutes les décisions prises par les organes du parti.

Il a dit qu’il était incompétent ratione materiae pour connaître de la demande qui lui était soumise en référé. C’est une nuance juridique essentielle.

Autrement dit, la question de savoir si certaines décisions internes du MRC ont été prises conformément aux statuts n’est pas nécessairement définitivement tranchée par cette ordonnance. Le tribunal a refusé d’utiliser cette procédure pour installer un mandataire judiciaire au sein du parti.

Mais politiquement, le signal est difficile à ignorer. Le juge n’est pas là pour devenir l’administrateur d’un parti politique. Le MINAT n’est pas le juge des querelles partisanes

C’est également ce que cette affaire permet de rappeler. Le ministère de l’Administration territoriale dispose bien de compétences à l’égard des partis politiques. La loi de 1990 lui confère notamment certaines prérogatives concernant leur fonctionnement administratif ainsi que les mesures de suspension ou de dissolution prévues par la loi.

Mais cela ne signifie pas que le MINAT peut devenir l’arbitre permanent des conflits internes d’un parti. La régulation administrative n’est donc pas la même chose que la direction politique d’un parti.

Et c’est précisément ce qui donne à la décision d’Ekounou une portée particulière dans le bras de fer qui oppose depuis plusieurs mois le MRC à son environnement administratif.

Quelle porte reste ouverte aux contestataires ?

Elle existe. Le tribunal les a renvoyés à « mieux se pourvoir ». Cela signifie qu’une autre voie de droit peut être recherchée, à condition évidemment qu’elle corresponde à la nature du litige et aux règles de compétence.

Mais il serait prématuré d’affirmer quelle juridiction ils doivent désormais saisir sans examiner précisément les motifs de la décision et l’acte qu’ils voudraient contester.

S’ils attaquent une décision administrative du MINAT, la question relève potentiellement du contentieux administratif.

S’ils cherchent à faire reconnaître la violation de droits ou de règles statutaires internes au parti, une autre voie judiciaire pourrait être envisagée, sous réserve des règles de compétence et de leur qualité à agir.

La bataille n’est donc pas nécessairement terminée. Elle change simplement de terrain.

Peuvent-ils encore bloquer le MRC ? C’est probablement la question la plus importante à l’approche des prochaines législatives et municipales.

Une nouvelle procédure judiciaire ne suffit pas, à elle seule, à paralyser un parti. Pour empêcher concrètement le MRC de fonctionner, il faudrait qu’une juridiction compétente prononce une mesure produisant cet effet.

En revanche, un contentieux portant sur la légitimité des organes dirigeants pourrait devenir beaucoup plus sensible au moment des investitures.

Pourquoi ? Parce qu’un parti politique ne participe pas à une élection uniquement avec son nom. Il doit produire des actes et des documents permettant d’établir qu’il agit régulièrement et que les personnes qui signent en son nom ont qualité pour le faire.

C’est là que le prochain épisode pourrait devenir particulièrement intéressant : qui aura qualité pour engager le MRC, investir ses candidats et signer les documents électoraux ?

L’exclusion des contestataires peut-elle changer la donne ?

Oui, potentiellement. Mais là encore, il faut distinguer deux choses.

Être exclu d’un parti ne signifie pas automatiquement perdre le droit de saisir un juge.

Un ancien membre peut, selon les circonstances, contester sa propre exclusion ou faire valoir un droit personnel.

En revanche, prétendre parler au nom du parti, demander au juge de réorganiser ses instances ou agir comme représentant légitime du MRC soulève nécessairement une question différente : celle de la qualité et de l’intérêt à agir.

Si les personnes qui contestent la direction du MRC ne sont plus membres du parti au moment où elles demandent au juge d’en réorganiser le fonctionnement, leur position juridique peut devenir beaucoup plus difficile à soutenir.

Mais cela devra être apprécié par la juridiction saisie au regard des actes d’exclusion, des statuts du MRC et de la nature exacte de la demande.

L’exclusion n’éteint donc pas automatiquement leur droit d’ester en justice ; elle peut en revanche peser lorsqu’ils prétendent agir au nom du MRC.

Et Maurice Kamto dans tout cela ?

C’est ici qu’il faut également distinguer la personne de l’institution.

La décision d’Ekounou ne prononce aucune sanction contre Maurice Kamto et ne remet pas, par elle-même, en cause son avenir politique.

Sa démission de la présidence du MRC a créé une nouvelle situation institutionnelle. La question est désormais celle de la succession et de la capacité du parti à organiser régulièrement sa nouvelle direction.

C’est donc moins le destin personnel de Kamto qui est directement en jeu devant Ekounou que la capacité du MRC à démontrer la régularité de ses propres mécanismes internes.

Et c’est précisément pourquoi la prochaine étape sera déterminante.

Et maintenant, la convention

Après la démission de Maurice Kamto et celle de Mamadou Mota, le MRC doit organiser sa succession. Une convention extraordinaire est annoncée pour le 10 octobre 2026. Cette convention pourrait avoir une importance considérable. Si une nouvelle direction est régulièrement désignée conformément aux statuts applicables, le parti pourra présenter une situation beaucoup plus lisible : une direction, des organes, des mandats et des représentants clairement identifiés. Les contestataires pourront toujours contester cette régularité.

Mais ils devront alors apporter la démonstration juridique de leurs griefs.

Trois scénarios sont désormais possibles

Premier scénario : l’apaisement interne.

La nouvelle direction est installée, les contestations judiciaires s’essoufflent et le MRC se prépare aux prochaines échéances électorales.

Deuxième scénario : le déplacement du contentieux.

Les contestataires saisissent une autre juridiction ou attaquent certains actes précis. Le conflit se poursuit, mais sur un terrain juridique différent.

Troisième scénario : le contentieux électoral.

La bataille se déplace vers les investitures, les listes de candidats et la qualité des personnes habilitées à engager le parti. C’est probablement le scénario qui pourrait avoir les conséquences pratiques les plus immédiates.

Pour l’instant, aucun de ces scénarios n’est écrit. Une chose paraît cependant acquise, la décision d’Ekounou ne consacre pas la victoire définitive d’un camp sur l’autre. Elle dit quelque chose de plus précis : la procédure choisie par les contestataires pour obtenir la désignation d’un mandataire judiciaire n’a pas prospéré devant cette juridiction.

Et cela remet chaque acteur devant ses responsabilités.

Au MRC, désormais, de mettre sa succession et ses actes internes à l’abri de toute contestation sérieuse.

Aux dissidents, s’ils veulent poursuivre leur combat, de trouver la voie juridique appropriée et de démontrer leur qualité à agir.

Au MINAT, enfin, de rester dans le périmètre des compétences que la loi lui reconnaît. Car au bout du compte, la véritable question n’est plus seulement de savoir qui dirige le MRC.

Elle est de savoir qui a juridiquement qualité pour dire qu’il le dirige, qui peut le démontrer et qui peut engager le parti devant l’administration, devant les tribunaux et demain devant les électeurs. C’est probablement là que se jouera le prochain chapitre.

JPD

Source: www.camerounweb.com