Le Conseil constitutionnel dit qui a gagné, il ne montre pas comment
Un an après l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 au Cameroun, certains camerounais dénoncent l’absence de publication par le RDPC des procès-verbaux de ses représentants dans les bureaux de vote, malgré les consignes données le soir du scrutin pour leur transmission. Ils s’interrogent sur ce silence alors que le Conseil constitutionnel a proclamé Paul Biya vainqueur et qu’Issa Tchiroma revendique également la victoire, en s’appuyant sur des procès-verbaux qu’il affirme avoir collectés dans plusieurs départements.
UN AN APRÈS LE 12 OCTOBRE, LE RDPC RESTE TOUJOURS SILENCIEUX : OÙ SONT VOS PROCÈS-VERBAUX (R.D.P.C) ?
Douze mois de silence. Douze mois à exiger une confiance aveugle pour une victoire que personne n'a jamais vue en chiffres.
Le soir du 12 octobre de l'année 2025, les bureaux de vote ferment. Dans la foulée, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) donne une consigne à ses représentants : transmettre immédiatement les procès-verbaux sous heure. Le parti au pouvoir savait ce que valent ces documents. Il savait qu'un procès-verbal signé au bureau de vote est la seule preuve qui résiste à tout.
Cela fait un an. Ces procès-verbaux, personne ne les a vus.
Le parti qui réclame ses preuves, puis les enterre
Reprenons les faits dans l'ordre. Le RDPC demande à ses propres délégués de lui remonter les résultats, bureau par bureau pourtant tout les QG avaient l'information et les superviseurs de la supervision avaient l'info.... les disposait donc, ou devait disposer, de la compilation la plus précise qui soit. Depuis 12 mois :
-- Pas une publication,
-- pas un tableau,
-- pas un seul chiffre bureau par bureau.
Tout l'argumentaire de ses responsables tient en une phrase : le Conseil constitutionnel a déclaré Paul Biya vainqueur. Ce n'est pas une preuve, c'est une décision.
Le Conseil dit qui a gagné, il ne montre pas comment. Quand un parti convaincu de sa victoire a dans ses tiroirs de quoi écraser toute contestation, il ouvre les tiroirs. Le RDPC ne les ouvre pas.
En face, des pièces. Au pouvoir, un mur.
Pendant ce temps, Issa Tchiroma affirme avoir remporté l'élection. Il ne s'est pas contenté de l'affirmer : il a présenté des procès-verbaux provenant de 18 départements, représentant plus de 80 % des électeurs. Cette revendication a été corroborée par des organisations indépendantes qui ont suivi le scrutin et mené leurs propres compilations parallèles.
Voilà les deux camps. D'un côté, des documents et des recoupements indépendants, que chacun peut examiner et contester. De l'autre, une proclamation sans détail, et un parti qui n'a jamais rendu publics les résultats de ses propres bureaux.
On peut débattre de la valeur de chaque pièce, c'est le jeu normal d'une contestation. Mais on ne peut pas débattre contre quelqu'un qui refuse de poser ses pièces sur la table.
La question que le RDPC ne peut plus esquiver
Si le RDPC est réellement convaincu que Paul Biya a remporté l'élection, pourquoi ne rend-il pas publics ses propres résultats issus des bureaux de vote ?
Il n'y a que deux réponses possibles :
- Les procès-verbaux confirment la victoire, et alors le silence est une faute politique incompréhensible, car rien n'aurait été plus simple que de clore le débat en un communiqué.
- Les procès-verbaux ne disent pas ce que le parti voudrait qu'ils disent, et alors ce silence en dit plus que n'importe quel discours.
Un an de mutisme n'est pas de la négligence, c'est une stratégie. Elle n'a pas de réponse à offrir, alors elle compte sur l'usure.
L'image de la soirée de la déculottée
Regardez les photos de cette soirée, publiées. Une salle sans éclat, une table recouverte d'un pagne bleu et blanc, des téléphones, des cahiers ouverts, une affiche de campagne au mur. Autour de la table, des visages graves et fermés, des regards qui fuient l'objectif.
Cette soirée aurait dû être celle de la certitude tranquille. Elle ressemble à celle d'un état-major qui compte, recompte, et cherche une façon de sauver la face. Il fallait agir vite, mettre quelque chose en avant, tenir. Autour de cette table, tout reposait déjà sur une seule chose : les mains du Conseil constitutionnel.
L'histoire n'oublie pas les silences
Un an après, les Camerounais attendent toujours ce que tout scrutin crédible produit : des résultats vérifiables, bureau par bureau, que chaque citoyen peut consulter et recouper. La transparence est la condition minimale pour qu'une victoire soit acceptée, au-delà de la simple annonce.
Le RDPC a choisi le silence. Il en porte la responsabilité, et chaque jour qui passe sans publication confirme que ce silence est un choix, pas un oubli.
La suite appartient à l'histoire. Mais l'histoire, elle, finit toujours par demander des comptes.
Par
Charles Armel Mbatchou