Étoudi : Paul Biya ‘coupé des réalités’

Ombre Paulbiya Le pouvoir se condamne lui-même à l’isolement et à la perte de sa légitimité

Sat, 20 Jun 2026 Source: www.camerounweb.com

S’appuyant sur une analyse d’Henri Bandolo concernant la fin du règne d’Ahmadou Ahidjo, Daniel Essissima établit un parallèle avec la situation politique actuelle au Cameroun. Il estime que l’isolement du pouvoir, entouré de courtisans et de flatteurs, éloigne les dirigeants des réalités du terrain et des préoccupations des citoyens. Cette déconnexion entretient une illusion de popularité et fragilise la gouvernance en favorisant l’incompréhension, la frustration et l’instabilité.

« Coupé des réalités »

Essentiellement entouré de pleureuses, de courtisans, et de couards, l'ancien chef de l’État était manifestement depuis longtemps coupé des réalités. Il n'avait plus autour de lui d'amis assez désintéressés – en eut-il jamais ? – pour l'informer objectivement de l'évolution de l'opinion et le conseiller utilement. Il fut alors berné, bercé de l'illusion d'une popularité qu'il avait depuis longtemps perdue, par une poignée d'hommes qui avaient intérêt à voir se perpétuer la confusion.

Ces mots, signés du regretté Henri Bandolo dans son ouvrage « La flamme et la fumée » (1985), décrivant la fin de règne d’Ahmadou Ahidjo, résonnent étrangement aujourd’hui lorsqu’on observe la situation politique actuelle sous Paul Biya. Loin d’être un simple constat historique, cette analyse souligne un schéma récurrent où le pouvoir s’entoure d’une cour aveugle, davantage préoccupée de flatterie que de vérité, condamnant ainsi le chef à vivre déconnecté des aspirations profondes de son peuple.

Cette déconnexion nourrit l’illusion trompeuse d’un soutien solide tandis que le pays se fissure sous le poids des frustrations accumulées. Dès lors, l’absence de regards critiques et de conseils sincères fragilise durablement la gouvernance, ouvrant la voie à la confusion et à l’instabilité. Comprendre cette dynamique est essentiel pour espérer un sursaut politique réel, fondé sur une écoute véritable et un dialogue transparent avec la société.

Ainsi, décloisonner le cercle restreint du pouvoir, accueillir la pluralité des voix et restaurer la confiance apparaissent comme les défis majeurs pour toute direction aspirant à incarner légitimement le bien commun. Le rappel historique de Bandolo, loin d’être un simple regard nostalgique, doit servir de mise en garde intemporelle : sans contact vivant avec la réalité, le pouvoir se condamne lui-même à l’isolement et à la perte de sa légitimité.

Daniel Essissima

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