Michel Ndoki évite de justesse des pièges tendus par des proches de Tchiroma

Me Ndoki Conseil Constitutionnel 'Et pendant ce temps, Biya est à Genève'

Sun, 21 Jun 2026 Source: www.camerounweb.com

L’avocate et femme politique Michèle Ndoki était invitée dans une émission TikTok sur un panel présenté comme favorable à Issa Tchiroma. L’objectif implicite était de l’amener à critiquer Maurice Kamto et à conforter la position de Tchiroma comme principale figure de l’opposition. Cependant, Michèle Ndoki a évité les pièges en adoptant un discours centré sur l’avenir, les institutions et la réconciliation, sans attaquer directement Kamto ni soutenir ouvertement Tchiroma.

QUAND UNE OPÉRATION DE COMMUNICATION TOURNE COURT : ME NDOKI DÉJOUE LE PIÈGE DU PANEL

La stratégie est documentée. Chris Manengs, directeur de campagne de Tchiroma, l'a lui-même écrite dans son livre : pour repositionner Tchiroma comme seul challenger crédible du RDPC, il fallait réduire l'influence de Maurice Kamto dans l'espace médiatique de l'opposition. Depuis des semaines, Michel Ngatchou exécute cette stratégie avec méthode. Un panel TikTok par jour. Un invité par émission. Toujours le même profil : ancien du MRC, transfuge, détracteur de Kamto. Le Dr Bonny. Willy Mengue. Et hier soir, Maître Michèle Ndoki.

Le problème est que Ndoki n'a pas joué le rôle qu'on lui avait préparé.

La maîtrise du terrain

Ngatchou lui tend la main plusieurs fois sur les résultats du 12 octobre. Elle répond que ce qui est fait est fait. Il lui demande si elle reconnaît la victoire de Tchiroma. Elle dit que les élections sont derrière elle. Il insiste sur le mandat supplémentaire de Biya. Elle répond que le président en exercice s'appelle Paul Biya, ce qui est un fait, pas une validation. Il lui parle de la plainte déposée à Paris. Elle répond techniquement, en juriste, sans prendre parti.

À chaque question piégée, Ndoki fait la même chose : elle accepte la prémisse factuelle, déplace le terrain vers l'avenir, et reprend la main sur le cadre de la conversation. Ce n'est pas de l'esquive maladroite. C'est de la rhétorique maîtrisée. Elle ne refuse jamais de répondre. Elle répond à autre chose, avec une précision qui rend l'écart difficile à saisir en direct.

Ngatchou ne réussit à aucun moment à la faire sortir de son propre récit.

L'usage de la hauteur morale

Ndoki neutralise les questions les plus agressives par une technique constante : elle remonte d'un niveau. Quand on lui reproche de dire que les élections sont derrière elle, elle ne défend pas la position. Elle dit que rester fixée sur la douleur ne l'intéresse pas, que les Camerounais méritent des leaders qui regardent vers l'avenir, que la rancœur paralyse. Elle se place ainsi sur un plan moral où toute contestation de sa position apparaît comme de la petitesse.

Quand un intervenant lui dit qu'on ne peut pas construire avec un tyran, elle répond qu'elle comprend, qu'elle n'a pas dit le contraire, et qu'elle aussi veut le changement, simplement autrement. Elle absorbe le reproche sans le nier, et en sort plus haute qu'elle n'y est entrée.

Ce procédé a un nom : l'élévation rhétorique. Il est très difficile à contrer en direct, parce qu'attaquer quelqu'un qui parle de construction collective, d'amour du pays et d'espoir fait immédiatement passer l'attaquant pour un homme de ressentiment.

Le cadrage institutionnel comme bouclier

Ndoki ne cite pas Kamto. Elle ne l'attaque pas. Elle ne valide pas Tchiroma. Elle parle d'institutions, de messianisme politique à dépasser, de l'ANC qui a survécu à Mandela parce que la structure était plus forte que l'homme, de leaders qui ne doivent pas être plus grands que les textes qu'ils demandent aux autres de respecter.

Ce cadrage institutionnel est redoutable dans ce contexte précis, parce qu'il s'applique à tous les camps sans en nommer aucun. Le public pro-Tchiroma l'entend comme une critique du MRC. Le public pro-Kamto peut l'entendre comme une critique de Tchiroma. Ndoki parle à tout le monde et ne s'engage envers personne.

C'est exactement la posture d'une femme politique qui prépare un retour au Cameroun sans se fermer de portes.

Un débrief qui dit tout

Le débrief qui suit l'émission le confirme sans ambiguïté. Finance Durable la dit incohérente. KSP Yann voit dans sa prudence un calcul pour accompagner le gouvernement d'union nationale. Haute Voix parle de belles paroles trop politiciennes. Odile Yogo la presse directement sur les données du projet Dissot qu'elle avait annoncées favorables à Tchiroma et qu'elle ne peut plus produire. Ndoki répond que la plateforme a été attaquée. Elle n'en dit pas plus.

Un camp qui attendait une validation et reçoit une esquive est un camp qui a raté son opération.

La fragilité de la stratégie Manengs

C'est là que réside la limite structurelle du dispositif. La stratégie Manengs repose sur un postulat : que les figures de l'opposition camerounaise viendront sur les panels pro-Tchiroma pour attaquer Kamto, offrant ainsi à Tchiroma une légitimité construite par ses adversaires eux-mêmes.

Ce postulat suppose que les invités sont des soldats. Il ne tient pas face à des acteurs politiques autonomes qui ont leurs propres agendas. Ndoki avait un seul objectif hier soir : exister à nouveau dans l'espace public sans se compromettre. Elle l'a fait avec une précision chirurgicale.

Plus profondément, une stratégie de communication qui consiste à faire parler les autres à votre place dépend entièrement de la volonté des autres de jouer le jeu. Dès qu'un invité refuse de tenir le rôle prévu, le dispositif se retourne. Hier soir, le panel n'a pas servi Tchiroma. Il a servi Ndoki.

Et pendant ce temps, Biya est à Genève.

John Lawson

Source: www.camerounweb.com