Ce mardi 8 septembre 2026, Maurice Kamto et Mamadou Mota n'ont pas capitulé : ils ont opéré
Les démissions simultanées de Maurice Kamto et Mamadou Mota du MRC, le 8 septembre 2026, sont une manœuvre stratégique plutôt qu’un aveu de faiblesse. Ils ont choisi d’anticiper une éventuelle décision judiciaire ou administrative et de préserver le parti, tout en restant membres du mouvement.
Il existe, en politique comme en médecine, des gestes qui ressemblent à une défaite et qui sont en réalité l'acte le plus lucide qu'un praticien puisse poser.
Ce mardi 8 septembre 2026, Maurice Kamto et Mamadou Mota n'ont pas capitulé : ils ont opéré.
Deux lettres, deux retraits presque simultanés, un même protocole. Loin du simple récit de la crise, il faut ici ausculter la manœuvre elle-même pour comprendre pourquoi deux hommes politiques aguerris ont choisi, en pleine tourmente, de s'auto-extraire du corps qu'ils dirigeaient, et ce que cette chirurgie à froid dit de leur maîtrise du rapport de force.
I. LE DIAGNOSTIC QU'ILS ONT POSÉ AVANT TOUT LE MONDE
Un bon clinicien ne traite jamais le symptôme sans identifier le foyer. Depuis des mois, Maurice Kamto observait le même mal frapper à la porte du MRC :
- chaque recours judiciaire déposé par des militants dissidents,
- chaque lettre du ministère de l'Administration territoriale,
- chaque contestation de la Convention du 21 décembre 2025 visait un point unique de l'organisme sa propre personne, sa légitimité de président.
Le pouvoir n'attaquait pas le parti dans sa totalité ; il concentrait l'infection sur un seul organe pour paralyser l'ensemble du corps.
Kamto et Mota ont posé ce diagnostic avant leurs propres militants : tant que la cible personnelle restait en place, la pathologie administrative disposait d'un point d'ancrage inépuisable. On ne referme pas une plaie en continuant d'y verser de l'acide. On retire l'acide, ou l'on retire la plaie de sa portée.
II. L'ABLATION PROGRAMMÉE : PRIVER L'ADVERSAIRE DE SON SCALPEL
Le geste du 08 septembre relève de ce que la chirurgie appelle une exérèse préventive : on retire un organe non pas parce qu'il est malade, mais parce qu'il est devenu, par sa seule position, la voie d'entrée de la maladie.
En démissionnant, Maurice Kamto ne s'avoue pas vaincu par la pathologie administrative ; il retire au bistouri du MINAT l'organe même qu'il visait depuis le 19 août.
Sans président à disqualifier, l'argument juridique de l'irrégularité de la convention perd instantanément sa cible clinique. C'est une manœuvre d'anesthésie inversée : ce n'est plus le patient qu'on endort, c'est l'instrument de l'agresseur qu'on désactive.
Mamadou Mota applique le même protocole, avec une précision de chirurgien de second rideau. Il ne se contente pas de démissionner ; il refuse explicitement d'assurer l'intérim qu'il aurait pu occuper. Dans son propre langage, il le dit sans détour : il ne veut pas que sa « personne » serve de « prétexte » pour « fragiliser » l'organisme collectif. C'est le geste du chirurgien qui, comprenant que rester sur le champ opératoire prolongerait l'exposition du patient, choisit de s'écarter lui-même de la table plutôt que d'attendre d'y être amené de force.
III. LA MÉDECINE DE PRÉCISION PLUTÔT QUE LA MÉDECINE DE DÉFENSE
Ce qui distingue une tactique subie d'une tactique choisie, c'est le tempo. Or ici, le tempo appartient aux deux hommes. Ils n'ont pas attendu une décision de justice, une mise sous tutelle prononcée, une invalidation prononcée par une autorité extérieure.
Ils ont anticipé le geste que le pouvoir aurait fini par leur imposer, et l'ont posé eux-mêmes, dans les termes qu'ils ont choisis, au moment qu'ils ont choisi. C'est la différence entre subir une amputation d'urgence sous contrainte et pratiquer, en pleine conscience, une exérèse programmée avant que la nécrose ne gagne l'ensemble du tissu.
Cette maîtrise du calendrier a une deuxième vertu clinique : elle prive l'adversaire du récit qu'il cherchait à imposer. Un parti « mis sous tutelle » par décision administrative aurait nourri, pendant des mois, la thèse d'une opposition disqualifiée par les textes. Un parti dont les deux dirigeants démissionnent de leur propre initiative, en invoquant l'intérêt supérieur du mouvement, raconte une tout autre histoire : celle d'une direction qui protège l'organisme au prix de son propre sacrifice. Le pouvoir voulait amputer de force ; il se retrouve à commenter une intervention qu'il n'a pas pratiquée lui-même.
IV. UNE CONVALESCENCE SOUS SURVEILLANCE, PAS UNE EXTINCTION
Il serait naïf de lire ce retrait comme une sortie de scène définitive. En médecine, l'ablation d'un organe exposé ne signe pas la fin du patient ; elle ouvre une phase de convalescence pendant laquelle l'organisme doit démontrer sa capacité à fonctionner autrement. Kamto et Mota restent, selon leurs propres mots, membres du mouvement. Ils n'ont pas quitté le corps ; ils ont quitté la fonction que le pouvoir avait choisi d'attaquer. La distinction est tactique, pas sentimentale : elle leur permet de revenir, sous une forme et à un moment qu'ils maîtriseront, si le protocole qu'ils ont engagé produit les effets recherchés.
V. CE QUE CETTE MANŒUVRE RÉVÈLE DE LEUR LECTURE DU RAPPORT DE FORCE
Au fond, ce que Kamto et Mota viennent de démontrer, c'est une maîtrise rare de la médecine du pouvoir : savoir qu'on ne gagne pas toujours en tenant la position, mais parfois en désarmant l'instrument de l'adversaire par le seul déplacement de la cible. Ils n'ont pas cédé de terrain sur le fond ; ils ont retiré le terrain lui-même sous les pieds de ceux qui croyaient l'occuper. C'est une tactique de temporisation active, où le repli n'est pas une fuite mais une reconfiguration du champ de bataille aux conditions du praticien, et non de l'agresseur.
Charles Armel Mbatchou