Le dossier judiciaire se referme donc à Ekounou
Le Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou s’est déclaré, le 17 septembre 2026, incompétent pour statuer sur le contentieux opposant le MRC à Willy Mengue, Laure Noutchang et Sébastien Mbala Wouria II, renvoyant les requérants à mieux se pourvoir et les condamnant aux dépens. Cette décision confirme que le MINAT a un rôle de régulation administrative des partis et non celui de régler leurs conflits internes.
Le Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou a rendu, ce jeudi 17 septembre 2026, sa décision dans l’affaire qui opposait le MRC à Willy Mengue, Laure Noutchang et Sébastien Mbala Wouria II. La juridiction s’est déclarée incompétente ratione materiae et a renvoyé les requérants à mieux se pourvoir. Ils ont en outre été condamnés aux dépens.
Au fond, le tribunal vient confirmer ce que beaucoup savaient et disaient déjà, peu ou prou : le rôle du MINAT est celui de la régulation administrative des partis politiques, et non celui de s’immiscer dans leurs querelles internes ou de trancher leurs contentieux.
Pour reprendre une métaphore populaire et prosaïque, le MINAT est un peu comme le maire qui célèbre et enregistre le mariage de deux personnes. Mais lorsque le couple se déchire et arrive au divorce, le maire ne tranche pas le conflit : il passe la patate chaude à la justice.
Dans cette affaire, les requérants demandaient notamment la désignation d’un mandataire judiciaire ad hoc chargé de « normaliser » le fonctionnement du MRC. Or, avant même la décision, le ministère public avait conclu à l’incompétence du juge des référés, tandis que la défense du MRC développait le même argument.
La décision du tribunal met donc les dissidents du MRC dans une position particulièrement délicate. Ils avaient choisi la voie judiciaire pour tenter d'obtenir une intervention dans le fonctionnement interne du parti. Le juge leur répond aujourd’hui qu’ils ne s’adressaient pas à la bonne juridiction.
Et c’est ici que la démission anticipée de Maurice Kamto prend tout son sens politique.
En quittant la présidence du MRC en juin 2025 pour tenter d’obtenir l’investiture du Manidem, puis en reprenant la direction du parti en décembre après le rejet de sa candidature, Kamto avait pris une décision qui pouvait sembler, à première vue, risquée. Ses adversaires internes s’en sont saisis pour contester son retour.
Mais cette démission avait aussi une autre portée : elle a coupé le sifflet et fermé le clapet à Paul Atanga Nji et à ceux qui espéraient faire du ministère de l’Administration territoriale l’arbitre des querelles internes du MRC.
C’est précisément en cela que cette démission apparaît, rétrospectivement, comme un acte de stratégie politique.
Kamto avait pris les devants. Il avait créé une situation juridique et politique dans laquelle le débat ne pouvait plus être simplement réduit à une décision administrative du MINAT.
Aujourd’hui, le tribunal ne donne pas raison sur le fond à l’un ou à l’autre camp : il dit qu’il n’a pas compétence pour trancher cette affaire dans le cadre qui lui était soumis. Les requérants restent donc libres, en principe, de se tourner vers la voie de droit qu’ils estiment appropriée.
Mais politiquement, le message est clair : on ne peut pas demander au juge de devenir l’administrateur d’un parti politique.
Le dossier judiciaire se referme donc à Ekounou. Le bras de fer politique, lui, n’est peut-être pas terminé.
JPD