Convention : Le MRC active un « bouclier judiciaire » face aux plans de Willy Mengue

Tiriane Balbine Noah MRC NGAOUNDERE Le contentieux ne se joue plus seulement dans l'arène politique

Thu, 8 Oct 2026 Source: www.camerounweb.com

Le MRC a saisi le tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou pour demander un engagement préventif de Willy Mengue, exclu du parti en juin.

À dix jours de sa convention nationale extraordinaire, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) porte la bataille sur le terrain judiciaire. Il a saisi le président du tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou d'une requête aux fins d'engagement préventif contre Willy Mengue. Le parti veut sécuriser son rendez-vous du 17 octobre et désamorcer l'argument du risque pour l'ordre public, avant toute décision du sous-préfet.

Une procédure fondée sur le Code pénal

La requête est datée du 6 octobre 2026 et a été enregistrée le 7. Les avocats du Collectif Sylvain Souop l'ont déposée au nom de la présidente nationale par intérim, Tiriane Balbine Nadège Noah. Elle s'appuie sur les articles 46 et 47 du Code pénal.

L'article 46 permet au président du tribunal d'imposer un engagement à toute personne dont la conduite révèle l'intention non équivoque de commettre une infraction susceptible de troubler la paix publique.

Le MRC demande que Willy Mengue, exclu du parti le 29 juin 2026, soit entendu en urgence. Il demande ensuite qu'il s'engage, pour un an, à payer cinq millions de francs CFA s'il commet une infraction de cette nature, avec deux garants solvables.

Pour le parti, ses sorties publiques, ses démarches administratives et ses interventions télévisées forment une « succession d'initiatives ». Toutes visent, selon la requête, à installer l'idée d'une menace qu'aucun élément objectif ne corrobore.

Du serment à la caution judiciaire

La requête prend Willy Mengue au mot. Dans sa réplique d'huissier, il s'était engagé à ne jamais recourir à la violence, aux voies de fait ni à aucun acte matériel de perturbation de la convention.

Me Hippolyte Meli l'écrit sans détour : la procédure vise à obtenir un engagement « judiciairement constaté » qui renforce celui que Willy Mengue a lui-même pris. Le MRC dit redouter une volte-face. Il demande donc au juge de transformer une promesse unilatérale en obligation garantie.

La démarche a sa logique. Devant le sous-préfet, l'engagement de non-violence a retiré à Willy Mengue l'argument du risque. Devant le juge, le MRC demande que cet engagement ait un prix.

La requête rappelle aussi l'issue du premier round judiciaire. Selon le MRC, la procédure engagée par Willy Mengue devant le juge des référés de Yaoundé-Ekounou s'est soldée par une incompétence ratione materiae, un renvoi à mieux se pourvoir et une condamnation aux dépens.

Une nouvelle lettre au sous-préfet

Le 7 octobre, au lendemain de la requête, le sous-préfet de Yaoundé IV a reçu une nouvelle lettre. Elle est signée Cyrille Edou, qui se présente comme militant de la fédération communale du MRC à Sangmélima. Elle conteste la tenue de la convention pour « défaut de qualité » des organisateurs et « fortes tensions internes ».

Son argumentation reprend celle des courriers de Willy Mengue des 29 septembre et 1er octobre : l'article 17 des statuts, l'article 68 du règlement intérieur, la démission de Maurice Kamto au 25 juin 2025 et la caducité des instances.

Pour le MRC, Cyrille Edou serait instrumentalisé par Willy Mengue. Cette affirmation reste à ce stade la position du parti. Elle devra être étayée pour produire ses effets devant une juridiction.

Une stratégie d'anticipation

En saisissant le juge avant toute décision du sous-préfet, le MRC cherche à démontrer que les risques allégués ne viennent pas de la convention elle-même. Ils viendraient, selon lui, d'initiatives extérieures, identifiées et soumises à la justice.

La démarche répond aussi à une objection prévisible. Le MRC a longtemps dénoncé l'usage de l'ordre public pour restreindre les libertés. Il invoque aujourd'hui un mécanisme préventif contre une personne. La différence tient à l'autorité saisie. Ici, c'est un juge qui statue, après avoir entendu l'intéressé, et non une autorité administrative qui interdit. Le parti informe, l'administration enregistre, le juge tranche.

La justice au cœur du rapport de force

Si le tribunal estime que les conditions des articles 46 et 47 sont réunies, la position du MRC s'en trouvera renforcée à quelques jours de la convention. Un rejet laisserait en revanche ouverte la question des risques invoqués autour de l'événement.

À dix jours du 17 octobre, le levier administratif change de signature, et le MRC change de juge. Le contentieux ne se joue plus seulement dans l'arène politique. Il se joue désormais dans les prétoires, où se décidera en partie la capacité du parti à tenir sa convention dans un climat juridiquement sécurisé.

John Lawson

Source: www.camerounweb.com