Hécatombe au PCRN : 128 militants démissionnent et accusent Cabral Libii d’être un opposant de façade

Cabral Libii Meeting2 Is annoncent leur départ du PCRN pour poursuivre leur engagement politique ailleurs

Wed, 4 Nov 2026 Source: www.camerounweb.com

C’est l’hécatombe au Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN). Après Nourane Fotsing et plusieurs militants de Wouri-Est, c’est au tour de 128 militants du parti d’annoncer leur démission dans une lettre adressée à Cabral Libii, datée du 3 novembre 2026 à Garoua.

Dans une lettre datée du 3 novembre 2026 à Garoua, des militants se réclamant des comités de base du PCRN de Garoua I, II et III, ainsi que des communes de Ngong et de Lagdo, annoncent leur volonté de quitter le parti. Ils reprochent à Cabral Libii un éloignement des engagements fondateurs du mouvement « 11 millions de citoyens » et son positionnement face aux autres forces de l’opposition.

Une nouvelle contestation s’exprime au sein du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN). Dans un courrier adressé à son président national, Cabral Libii, des militants du Nord déclarent vouloir poursuivre leur engagement politique ailleurs. La lettre est accompagnée de quatre pages de listes portant des noms et des signatures. Ces documents présentent une démarche collective.

Les auteurs mettent en avant l’ancienneté de leur engagement. Ils expliquent avoir rejoint Cabral Libii dès l’initiative « 11 millions de citoyens », séduit par une démarche destinée à renforcer la participation des jeunes à la vie politique. Ils rappellent avoir soutenu sa candidature à la présidentielle de 2018, puis renouvelé cet appui lors de la présidentielle suivante, dans l’espoir de contribuer à une alternance.

Leur lettre exprime désormais une rupture de confiance. Ils estiment que la direction s’est éloignée de cet objectif et lui reprochent de ne pas avoir suffisamment collaboré avec les autres forces de l’opposition lors du dernier scrutin présidentiel.

« Nous préférons continuer notre chemin politique ailleurs », écrivent-ils, sans annoncer leur adhésion collective à une autre formation.

Au centre de leurs griefs figure la stratégie d’alliance. Les auteurs affirment avoir espéré une coalition capable de porter le changement. Ils qualifient désormais le positionnement du PCRN d’« opposition de façade ».

Ils contestent également une prise de position qu’ils attribuent à Cabral Libii concernant l’élection d’un vice-président. Selon leur lecture, cette proposition contribuerait au maintien du statu quo.

Autre point soulevé : les déclarations de Faisal Hamadou Demaisala, présenté comme un ancien conseiller spécial de Cabral Libii, à propos de la possession de 21 000 procès-verbaux électoraux. Les auteurs invoquent cette controverse comme un motif supplémentaire de défiance.

Cette contestation renvoie à une question centrale dans l’histoire récente du PCRN : comment transformer l’espoir suscité par l’émergence de Cabral Libii en une organisation durable et en résultats politiques ?

En 2018, Cabral Libii s’était présenté à la présidentielle sous la bannière du parti Univers, et non du PCRN. Il avait terminé troisième avec 6,28 % des suffrages, derrière Paul Biya et Maurice Kamto. Cette percée avait installé sur la scène nationale une personnalité portée notamment par la mobilisation citoyenne et une forte visibilité médiatique.

Son arrivée à la tête du PCRN, en 2019, avait donné une traduction partisane à cette dynamique. Lors du double scrutin municipal et législatif de 2020, la formation avait remporté cinq sièges de députés et sept mairies. Ces résultats constituent un repère historique de son implantation, sans préjuger de la composition actuelle de ses rangs.

La consolidation du parti a néanmoins été contrariée par des conflits internes. Le différend entre Cabral Libii et Robert Kona, cofondateur et ancien président du PCRN, a notamment débouché sur une bataille judiciaire autour du contrôle de la formation. La contestation exprimée dans la lettre de Garoua porte, elle, essentiellement sur la ligne politique et la fidélité aux attentes initiales des militants.

Le calendrier de cette lettre mérite aussi attention. Deux jours auparavant, le 1er novembre 2026, Cabral Libii participait à des assises de mobilisation à Douala III. Il y invitait ses militants à tirer les enseignements de la présidentielle de 2025 et à préparer les échéances législatives et municipales de 2027. Il mettait en avant de nouvelles adhésions et relativisait la portée des départs médiatisés.

Les documents transmis mettent néanmoins en évidence une divergence politique précise : là où Cabral Libii défend la poursuite de la construction de son parti, les auteurs du courrier jugent insuffisante sa contribution au rassemblement de l’opposition.

Boris Bertolt

Ci-dessous, l’intégralité de la lettre

« Garoua, 3 novembre2026

À Monsieur Cabral Libii président national du PCRN,

Nous, militants du PCRN, vous ayant rejoints dès l'initiative du mouvement 11 millions de citoyens dont l'objectif reposait sur l'implication de la jeunesse aux enjeux politiques en vue du changement, ayant dès lors soutenu votre candidature à l'élection présidentielle de 2018 puis ré-habitant ce soutien à la dernière élection présidentielle tout en espérant faire partie de la coalition afin d'apporter un changement à ce pays, déclarons:

-Au regard de votre éloignement sur l'objectif du mouvement 11 millions de citoyens,

-Au regard de votre refus de collaborer avec les forces vives de l'opposition lors de la dernière élection présidentielle en vue d'apporter le changement

-Au regard de l'ancien adage « Sans nous tu n'es rien » adressé à votre égard par un ministre.

-Au regard de votre dernière sortie sur la présidentielle afin d'élire un vice-président pour maintenir le statu quo au lieu du changement,

-Au regard de la dernière sortie de votre ancien conseiller spécial Faisal Hamadou Demaisala pour démentir votre possession des 21000 procès-verbaux, estimons qu'il en est désormais de trop de continuer à militer dans votre parti sous le couvert d'une opposition de façade au lieu d'une alliance assumée avec l'appareil étatique comme l'ANDP, le RP, l'ACC ou véritable parti d'opposition comme le FSNC, MRC et préférons continuer notre chemin politique ailleurs.

Veuillez agréer, président, l'expression de nos profonds regrets. »

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