300 ministres en 44 ans, un seul maître : L'imposture des gouvernements Biya

CONSEIL MINISTRES DION NGUTE 'Les 305 ministres sont la preuve d'un système où personne ne gouverne vraiment'

Fri, 6 Nov 2026 Source: www.camerounweb.com

Dans une tribune Charles Armel Mbatchou critique les 44 années de gouvernance de Paul Biya, caractérisées, selon lui, par une succession de remaniements ministériels sans véritable renouvellement politique. S’appuyant sur un décompte d’environ 300 personnalités ayant occupé des fonctions gouvernementales, il dénonce la longévité de certaines équipes, l’absence de culture de résultats et la concentration des décisions autour du chef de l’État.

Quarante-quatre ans de remaniements pour un bilan qui tient en un mot : immobilisme.

Le chiffre qui accuse

299 cadres ont servi dans les gouvernements de Biya en 33 ans, comme :

- premier ministre

- vice-Premier ministre,

- ministre d'État,

- ministre,

- ministre délégué

- secrétaire d'État.

Selon le décompte, on parle de 32 équipes dont 13 pour les seules années 1980.

Trois cents ministres, des dizaines d'équipes, et un pays qui n'avance pas. Si le remède avait été le bon, une seule équipe aurait suffi. Ce qu'on change sans cesse, c'est le casting, jamais la politique.

Le remaniement comme méthode de survie

Le remaniement n'est pas un outil de gouvernement, c'est un outil de pouvoir.

- Chaque décret réduit à néant la carrière d'un ministre devenu trop populaire ou trop ambitieux.

- Les ministres ne sont jamais évalués sur des résultats, mais maintenus ou balayés selon leur loyauté. Le pouvoir entretient, selon ses détracteurs, une cour de courtisans et d'obligés.

- Le chef de l'État n'a pas toujours eu la main heureuse dans ses choix, relève une enquête de presse.

Des dizaines de ministères passent entre des centaines de mains. Mais le véritable centre de décision reste unique, et il est vieux.

Chronologie d'un système

- 6 novembre 1982. Premier gouvernement de Biya : 34 membres dont 2 femmes.

- Années 1980. Treize équipes en dix ans, dans le sillage des tentatives de putsch de 1983 et 1984. Biya supprime le poste de Premier ministre en 1984.

- 1991. Sous la pression des « villes mortes », il rétablit la primature et forme un gouvernement de 31 membres, dont une seule femme. L'ouverture démocratique n'a pas changé le fond.

- 1992-2009. Les Premiers ministres se succèdent : Achidi Achu, Mafany Musonge, puis Inoni, nommé le 8 décembre 2004, puis Philémon Yang, nommé le 30 juin 2009.

- 2015. Après les élections, Biya reste de marbre et fait mentir ceux qui croyaient à la règle d'un nouveau gouvernement après chaque scrutin.

- Avril 2016. Publication de l'enquête sur les 299 ministres : 66 ministres du Renouveau étaient déjà décédés au 14 avril 2016.

- 4 janvier 2019. Dion Ngute devient Premier ministre, plus de deux mois après la présidentielle d'octobre 2018.

- 16 janvier 2019. Dernier conseil ministériel convoqué par le chef de l'État. Aucun n'a eu lieu depuis.

- 31 décembre 2025. Biya annonce lui-même un « nouveau gouvernement » dans « les prochains jours ». C'est la première fois qu'il annonce un remaniement lui-même, lui qui en a pratiqué plus de trente en 43 ans.

- Août 2026. Neuf mois plus tard, l'équipe de Joseph Dion Ngute est toujours en poste, avec une longévité exceptionnelle de sept ans. L'annonce est attendue chaque jour à 17 heures devant la radio.

Le gouvernement fantôme

Le comble de l'absurde est atteint aujourd'hui. Le gouvernement est en place depuis sept ans sans nouvelle nomination, malgré des décès et des démissions de ministres, dont celles de Bello Bouba Maïgari et d'Issa Tchiroma Bakary.

Quatre membres du gouvernement Dion Ngute sont morts en fonction sans être remplacés.

Un État qui n'enterre pas ses ministres décédés n'est plus gouverné, il est administré par inertie.

Voilà ce que ces 305 noms n'ont pas produit

Trois cents ministres, et pourtant :

- Aucune alternance : les mêmes cercles se recyclent d'un gouvernement à l'autre.

- Aucune culture du résultat : on ne démissionne pas, on est « remercié » par décret.

- Une jeunesse qui n'a vu que des visages usés, quand l'âge du chef de l'État a lui-même dépassé 93 ans.

- Des institutions qui ne fonctionnent plus sans lui : il suffit qu'il s'absente soixante-quatorze jours pour que le pays retienne son souffle.

Le bilan

Les 305 ministres sont la preuve d'un système où personne ne gouverne vraiment, puisque chacun sait que la décision appartient à un seul homme.

Le jour où le Cameroun sera enfin gouverné, ce sera par une équipe qui répond de ses résultats devant les citoyens, et non devant un décret lu à la radio.

Par

Charles Armel Mbatchou

Source: www.camerounweb.com