Élections législatives et locales : La chefferie n’est pas une succursale électorale du RDPC

Paul Biya Financement Sectes 'La République n’est pas le RDPC, et la chefferie n’est pas sa caisse de résonance'

Tue, 18 Aug 2026 Source: www.camerounweb.com

La convocation de chefs traditionnels et d’autorités locales par la section RDPC de la Lékié-Est à un séminaire consacré à la préparation des élections législatives et municipales constitue une instrumentalisation politique de la chefferie traditionnelle, dont la neutralité et le rôle de garant de la cohésion sociale devraient être préservés.

Le 15 août 2026, la section RDPC de la Lekie-Est a publié un communiqué invitant en réalité convoquant le Président National des Chefs Traditionnels, des conseillers régionaux, des maires et des chefs traditionnels à un « séminaire stratégique » de préparation des élections législatives et municipales. L’objet est explicite : intensifier la préparation électorale. La mention « Votre présence personnelle est indispensable » ne laisse aucun doute : il ne s’agit pas d’une invitation courtoise, mais d’une injonction politique.

Nous posons donc la question qui s’impose : de quel droit ?

1. UN PARTI POLITIQUE NE CONVOQUE PAS LES AUTORITÉS COUTUMIÈRES

Le RDPC est un parti politique, une organisation de droit privé. Il a le droit de réunir ses militants, d’organiser ses séminaires, de préparer ses stratégies électorales. Mais il n’a aucun pouvoir de convocation sur les institutions de la République, et encore moins sur les autorités coutumières.

Un chef traditionnel n’est pas un cadre du RDPC. Il n’est pas un agent électoral. Il est le garant des us et coutumes de sa communauté, le gardien de la cohésion sociale, l’héritier d’une autorité morale qui transcende les partis. En l’invitant à un séminaire de préparation électorale, on lui demande d’abandonner cette neutralité pour devenir un acteur partisan. C’est une instrumentalisation.

Aucun texte de loi ne fait obligation à un chef traditionnel de participer à une réunion interne d’un parti politique. S’il en existe un, qu’on le produise. S’il n’en existe pas, cette convocation n’est qu’un abus d’influence, une pression déguisée en courtoisie.

2. LA NEUTRALITÉ DE LA CHEFFERIE N'EST PAS NÉGOCIABLE

La chefferie traditionnelle représente des communautés entières, composées de citoyens de toutes sensibilités politiques. Sa force repose sur sa capacité à être au-dessus des querelles partisanes, à incarner l’unité locale, à apaiser les tensions. Dès lors qu’un chef s’affiche aux côtés d’un parti fût-ce par une simple présence il perd la confiance d’une partie de ses administrés. Il devient suspect. Il divise au lieu de rassembler.

En conviant le Président National des Chefs Traditionnels et les chefs de la Lekie-Est à un séminaire stratégique du RDPC, on les met en danger. On les expose à la lecture politique de leur présence. On les transforme, qu’ils le veuillent ou non, en soutiens du parti au pouvoir. C’est une violence symbolique contre l’institution coutumière.

3. CE QUE CELA RÉVÈLE

Lorsqu’un parti au pouvoir convoque les chefs traditionnels à un séminaire électoral, la frontière entre l’État et le parti s’effondre. On ne sait plus si l’on est face à une autorité coutumière ou à un comité de campagne.

Cela révèle une réalité : le RDPC ne se contente plus de mobiliser ses militants. Il cherche à enrôler les symboles de la nation, à capter l’autorité morale des chefs pour compenser sa perte d’ancrage populaire. C’est l’aveu d’une panique stratégique.

Mais la République n’est pas le RDPC. Et le RDPC n’est pas la République.

4. CE QUE NOUS EXIGEONS

Nous exigeons que la frontière entre le parti et l’État, entre le parti et la chefferie, soit respectée.

Nous demandons au Président National des Chefs Traditionnels et à tous les chefs de la Lekie-Est de refuser cette instrumentalisation. Refuser, ce n’est pas faire de la politique. C’est défendre l’institution coutumière. Accepter, c’est renoncer à la neutralité sans laquelle la chefferie perd sa raison d’être.

Nous demandons aux autorités compétentes de rappeler que les chefs traditionnels ne sont pas des agents électoraux du RDPC.

Nous demandons que les réunions internes d’un parti restent ce qu’elles sont : des réunions internes, entre militants.

Le RDPC a le droit de tenir ses séminaires. La section de la Lekie-Est a le droit de réunir ses camarades. Mais personne n’a le droit de travestir la chefferie en succursale électorale.

Nos chefs ne sont pas les supplétifs du pouvoir. Ils sont les gardiens d’une mémoire, d’une paix et d’une cohésion qui ne doivent rien aux calculs partisans.

Nous le disons solennellement : la République n’est pas le RDPC, et la chefferie n’est pas sa caisse de résonance.

Jean Pierre Noah Ngah

Source: www.camerounweb.com