Affaire Zogo : Jeune Afrique révèle comment les enregistrements des caméras de la DGRE qui auraient prouvé la réunion fatale ont disparu

Maxime Eko Eko Leopold Dgre Image illustrative

Wed, 18 Mar 2026 Source: www.camerounweb.com

Yaoundé, le 18 mars 2026 — Dans le procès Martinez Zogo qui se poursuit au Tribunal Militaire de Yaoundé, une question hante l'instruction depuis le début et prend, après les audiences des 9 et 10 mars, une dimension encore plus accablante : où sont passées les vidéos de surveillance de la DGRE ? Dans une enquête exclusive publiée ce 18 mars 2026, Jeune Afrique révèle comment les enregistrements qui auraient pu trancher le débat central du procès — Eko Eko a-t-il ordonné l'enlèvement, ou ses subordonnés ont-ils agi seuls ? — se sont évaporés dans les archives de l'agence de renseignement.

Jeune Afrique rappelle le nœud du procès. Justin Danwe, présenté comme l'acteur principal de l'opération d'enlèvement de Martinez Zogo, a toujours soutenu une même version : il a obéi aux ordres d'Eko Eko, reçus lors d'une réunion tenue au siège même de la DGRE, en présence d'autres membres du service. Problème : toutes les personnes que Danwe cite comme témoins de cette réunion ont nié y avoir assisté.

Face à cette impasse, les enquêteurs s'étaient tournés vers une solution objective : les images des caméras de surveillance placées à l'entrée de la salle de réunion. Si la réunion a eu lieu, les caméras l'auront enregistrée. Mais selon Jeune Afrique, les enquêteurs « n'ont jamais pu mettre la main sur les bandes ». L'explication fournie par les responsables de la DGRE lors de l'instruction : des « défaillances techniques » et un budget insuffisant n'auraient pas permis de réparer les systèmes de surveillance.

C'est là que l'enquête de Jeune Afrique prend une tournure explosive. L'avocat de la DGRE, Claude Assira, a produit lors de l'audience une deuxième pièce à conviction : la photocopie d'un procès-verbal d'audition d'Alain Thomas Dina Bodo — l'informaticien du cabinet d'Eko Eko — rédigé dans le cadre d'une autre procédure judiciaire. Dans ce document, Dina Bodo évoque lui-même la suppression par ses soins de fichiers audio et vidéo de surveillance.

Un aveu potentiellement décisif. Mais la pièce a aussitôt été contestée par les avocats d'Eko Eko et par le commissaire du gouvernement : « On ne peut pas verser au dossier un document produit en photocopie, qui plus est issu d'une autre procédure », a plaidé Me Seri Zokou. L'audience a été renvoyée aux 30 et 31 mars pour la présentation de l'original.

Si les fichiers ont été effacés — par Dina Bodo ou sur instruction de sa hiérarchie —, la chaîne de commandement qui mène de cet effacement à Eko Eko devient l'enjeu central du procès. Jeune Afrique souligne que le courrier produit comme première pièce à conviction révèle que Dina Bodo agissait « conformément aux instructions reçues de sa hiérarchie » — et que les fichiers lui avaient été envoyés par le lieutenant Boukar Bichara, ancien chef de la sécurité d'Eko Eko. Deux degrés de hiérarchie qui remontent inexorablement vers l'ex-patron de la DGRE.

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