L’émouvant hommage d’un ancien prisonnier au Pr Alain Fogue

2345 XAlain Fogue171015650.pagespeed.ic.bkhLktuUkN 'Je ne vous oublierai jamais'

Fri, 6 Nov 2026 Source: www.camerounweb.com

Jules Sop, Conseiller départemental Yaoundé 4 et ancien prisonnier politique, qui affirme avoir partagé cinq années de détention avec le professeur Alain Fogué, lui rend un vibrant hommage pour son engagement auprès des détenus. Selon son témoignage, malgré sa condamnation à sept ans de prison, Fogué a multiplié les démarches pour défendre les droits des prisonniers, obtenir le réexamen de centaines de dossiers, favoriser des libérations et faciliter la prise en charge sanitaire des détenus. À travers ce témoignage personnel, Jules Sop salue un homme dont la solidarité et le sens du service seraient restés intacts malgré l’enfermement.

PROFESSEUR ALAIN FOGUÉ : UN HOMME QUI, MÊME DERRIÈRE LES BARREAUX, N'A JAMAIS CESSÉ DE SERVIR LES AUTRES.

Il est des hommes dont la grandeur ne se mesure ni aux fonctions qu'ils occupent, ni aux titres qu'ils portent, encore moins aux circonstances qu'ils traversent. Elle se révèle dans leur capacité à rester utile aux autres, même lorsque la vie les place dans les situations les plus difficiles. Le professeur Alain Fogué est de ces hommes.

Condamné arbitrairement à sept années d'emprisonnement ferme, le professeur Alain Fogué aurait pu se contenter de subir sa détention, de se replier sur lui-même et d'attendre simplement que le temps passe. Mais il a choisi une autre voie : celle du service, de la solidarité et de l'humanisme.

Alors que la prison lui a retiré sa liberté, elle ne lui a jamais retiré sa volonté d'être utile à ses semblables.

La prison n'a pas emprisonné son engagement. Elle lui a simplement offert un autre terrain pour servir les hommes.

Son engagement a largement dépassé le cercle de ses compagnons politiques. Il s'est investi dans la défense des droits de tous les détenus, sans distinction entre prisonniers politiques, détenus de droit commun ou personnes poursuivies pour des infractions liées à la gestion des fonds publics.

En collaboration avec le régisseur de la prison, Monsieur Mamadou Madi, il a multiplié les démarches auprès du ministère de la Justice afin d'obtenir des descentes de magistrats pour examiner les situations judiciaires des détenus. Certains ne connaissaient même plus l'état d'avancement de leurs procédures. D'autres étaient maintenus en détention alors que leurs peines étaient arrivées à expiration. Certains dossiers étaient introuvables.

Par ses écrits, ses démarches et sa persévérance, le professeur Alain Fogué a contribué à faire examiner des centaines de situations carcérales et à obtenir la libération de plusieurs personnes qui n'avaient plus vocation à rester derrière les barreaux.

Et tout cela, sans jamais réclamer le moindre kopeck. Sans calcul, sans intérêt personnel. Simplement parce qu'il estimait que la dignité humaine ne devait pas s'arrêter aux portes d'une prison.

Sur le plan sanitaire également, il a été un véritable soutien pour les détenus. Qu'il s'agisse de saisir l'administration, de solliciter une prise en charge urgente ou d'obtenir l'évacuation d'un malade vers une structure sanitaire appropriée, il était toujours parmi les premiers à se mobiliser.

Il y a également un geste qui révèle particulièrement sa grandeur et sa simplicité. Pendant son incarcération, alors qu'il occupait les fonctions de trésorier national de notre parti, c'est lui-même qui a écrit au président national pour demander à être déchargé de cette responsabilité, estimant que sa situation carcérale ne lui permettait plus de l'exercer convenablement.

Mesurons la portée d'un tel geste ! Là où certains se seraient accrochés à leur titre, il a préféré faire passer l'intérêt de l'institution avant sa position personnelle. Il n'a pas attendu qu'on lui retire sa fonction : il a lui-même choisi d'y renoncer par sens des responsabilités.

Voilà un homme qui ne confond pas servir une cause et conserver un titre.

Mais il y a une autre dimension de l'homme Alain Fogué que je voudrais particulièrement souligner : son extraordinaire capacité à rassembler, à dialoguer et à négocier.

Dans l'univers carcéral, il est devenu un véritable interlocuteur entre l'administration pénitentiaire et les détenus. Qu'il s'agisse des prisonniers de droit commun, des détenus de la crise anglophone ou des prisonniers politiques, il était régulièrement celui vers lequel les regards se tournaient lorsque des incompréhensions, des tensions ou des situations de crise surviennent.

Lors des tentatives de soulèvement ou des mouvements de contestation au sein de la prison, il était très souvent sollicité pour intervenir, dialoguer et faciliter le retour au calme. Il avait cette capacité rare de faire entendre les préoccupations des détenus à l'administration et de favoriser le dialogue là où l'incompréhension risquait de prendre le dessus.

Cette position, il ne la devait à aucun titre. Il l'avait acquise par sa simplicité, son sens de l'écoute et la confiance qu'il avait su inspirer.

Il côtoyait tout le monde et pouvait circuler de manière naturelle dans les différents quartiers de la prison, y compris les plus difficiles et les plus redoutés, notamment le fameux Kosovo. Il s'y rendait sans appréhension particulière, parce qu'il avait su établir des relations humaines avec toutes les catégories de détenus.

Sa sociabilité se manifestait également à travers le sport. Le football et le volley-ball faisaient partie de son quotidien. Il jouait régulièrement avec les autres détenus et comptait parmi les véritables artisans de l'animation sportive en milieu carcéral. À travers ces moments, il contribuait à rapprocher les hommes et à leur faire oublier, ne serait-ce que quelques instants, la dureté de l'enfermement.

Mais permettez-moi maintenant de quitter le terrain des grandes actions collectives pour parler de l'homme que j'ai personnellement connu.

Je témoigne aujourd'hui en qualité d'ancien prisonnier politique ayant partagé cinq années de détention avec le professeur Alain Fogué. J'ai connu cet homme derrière les barreaux. J'ai vécu à ses côtés les difficultés, les privations, les incompréhensions et les longues nuits de notre détention. Aujourd'hui, j'en suis sorti, mais lui y est toujours. Il poursuit sa détention et entre dans sa septième année.

C'est donc depuis ma liberté retrouvée que je prends la parole pour témoigner de celui qui, pendant toutes ces années, a contribué à préserver notre dignité et notre équilibre.

Pour nous, ses compagnons de détention, il était bien plus qu'un responsable politique. Il était un père, un encadreur, un confident et parfois même notre psychologue.

Il était cet homme auprès duquel chacun pouvait venir déposer sa colère, ses frustrations, ses inquiétudes et ses moments de découragement. Il écoutait, conseillait, rassurait et trouvait toujours les mots pour nous remonter le moral.

Lorsque des incompréhensions surviennent avec d'autres détenus, il est souvent le premier à s'interposer pour préserver notre sécurité. Lorsque nous estimons être victimes d'une injustice, il se tenait en première ligne pour plaider notre cause auprès de l'administration pénitentiaire.

Il ne se lassait jamais de défendre les autres. Il ne se lassait jamais de nous galvaniser. Il trouvait toujours la force de soutenir ceux qui, parfois, n'en avaient plus.

Je le dis avec la main sur le cœur : nul ne saurait véritablement mesurer ce que nous aurions vécu durant ces cinq années de détention si le professeur Alain Fogué n'avait pas été à nos côtés.

Aujourd'hui, je suis dehors. J'ai retrouvé ma liberté. Mais lui est encore derrière ces murs. Et si je prends la parole, ce n'est pas seulement pour lui rendre hommage, c'est aussi pour que ceux qui ne connaissent de lui que son parcours politique découvrent l'homme que nous avons côtoyé au quotidien.

Je veux que l'on sache qu'il existe des hommes qui, même privés de leur propre liberté, continuent de se battre pour celle des autres ; des hommes qui, malgré leurs propres souffrances, trouvent encore la force de soulager celles de leurs semblables.

Avec le recul, je mesure davantage la profondeur de ce que j'ai appris auprès de lui. J'ai appris la disponibilité, le sens du sacrifice, la solidarité, l'écoute, la médiation et surtout cette dimension profondément humaine qui consiste à ne jamais détourner le regard devant la souffrance de l'autre.

Professeur Alain Fogué, je voudrais simplement vous dire merci.

Merci pour ce que vous avez été pour nous.

Merci pour ce que vous avez fait pour ceux qui n'avaient parfois plus personne pour défendre leur cause.

Merci pour ces moments où votre présence suffisait de redonner de l'espoir à des hommes qui avaient presque tout perdu.

Vous m'avez profondément marqué. Ce que j'ai appris à vos côtés ne s'effacera pas avec le temps. Vous êtes pour moi un modèle dont je continuerai à m'inspirer, et je sais que les générations futures auront beaucoup à apprendre de votre parcours.

Car les grands hommes ne sont pas seulement ceux qui dirigent les peuples. Ce sont aussi ceux qui, dans les circonstances les plus éprouvantes, continuent de servir les hommes.

On peut enfermer un homme, mais on ne peut emprisonner ses convictions, sa générosité, son humanisme et sa volonté de servir les autres.

Professeur Alain Fogué, votre passage en prison aura laissé des traces bien au-delà des murs de votre cellule. Vous avez marqué des vies, restauré des dignités, rapproché des hommes que tout semblait opposer et donné une autre signification au mot engagement.

Moi, je suis sorti de prison après cinq années. Vous, vous y êtes encore, dans votre septième année. Mais une chose est certaine : les murs que vous n'avez pas encore franchis ne pourront jamais effacer ce que vous avez semé dans le cœur de ceux qui ont eu le privilège de partager votre détention.

Je ne vous oublierai jamais.

Par Jules Sop, Conseiller départemental Yaoundé 4

Double ex prisonnier politique

Source: www.camerounweb.com